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Tunisie / Animation-numérique /Nada Chahed LA NUIT DERRIÈRE SES YEUX

Tombé par hasard sur un court extrait de « Merveille-topie ». Le titre est énigmatique, mais il parle d’un endroit, un lieu protégé. Quel bonheur à ce moment de suivre dans sa promenade immobile Nada Chahed. Immobile, parce qu’ici, l’image vient à vous. Prenons l’exemple de cette petite fille, qui est à quelques centimètres du mur sur lequel le film est projeté.

Les feuillages se mettent à bouger, des oiseaux passent et des lunes aussi.

Cet écran tout à coup s’anime. Les feuillages se mettent à bouger, des oiseaux passent et des lunes aussi. « Mes grands-parents m’ont toujours raconté des histoires. Nous avons beaucoup de contes, qui recèlent des tas de situations assez étranges. J’ai grandi avec ça, mon imaginaire aussi. » Nada Chahed n’est pas très bavarde, la petite fille devant l’écran non plus. Elle est très concentrée sur ce qu’elle voit, à l’image d’Alice, dans ce dédale du végétal, dans cette possibilité aussi que tout peut arriver.

« Mes grands-parents m’ont toujours raconté des histoires. Nous avons beaucoup de contes, qui recèlent des tas de situations assez étranges. J’ai grandi avec ça, mon imaginaire aussi. » Nada Chahed

Ensuite, il y a la forme que ça prend, la grande simplicité du trait. Un moment, on peut penser à Najah Zarbout qui dessine au scalpel la Mer blanche, la Méditerranée, baignant les îles Kerkennah. De la même façon, Zarbout et Chahed ont fréquenté cette littérature première qui est le rêve. Quelques auteurs les ont retranscrits, et de ces légendes, elles font encore une autre fiction. Celle-ci s’inscrit dans l’extrême blancheur de notre monde. Cette pâleur glacée, mais avec laquelle nous devons bien faire. Pourtant, la petite fille reste devant le tableau qui bouge et c’est vraiment passionnant. Ses rêves aussi, les choses qu’elle voit la nuit derrière ses yeux ont cette couleur, très simple, inéluctable, belle comme un envol de montgolfières. Belle… comme cette mer blanche, qui nourrit les hommes et les fait périr.

Dans ce monde topique et singulier, les portes ouvrent toujours de l’insoupçonnable. Tout se passe en douceur. Et l’on se rend compte, avec la modernité, que ces ballons qui montent dans le ciel, sont des caméras sphériques, des webcams. Cet œil impossible à déchiffrer pose sur les corridors de la vie son regard fixe, ses mouvements fluides, son absence totale de sentiment. Un constat définitif. Alice ne s’endort jamais tout à fait. Le rêve et la réalité sont des voisins de palier.

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