Cameroun / Peinture / Ajarb Bernard Ategwa / JAUNE COMME LA MER

Excessive, tout le monde le dit. Douala ne fait rien dans la demi-mesure. Ses mélanges sont brutaux, le son au maximum et la palette débordante. Les peintres que vous croisez ne peuvent faire autrement que de plonger dans ce bouillonnement. Ajarb Atwega Bernard est de ceux-ci. Et c’est un choix qui ne le déçoit jamais. Vertes et rouges, les scènes ont ici la couleur urbaine, et le bruit aussi, parce qu’il faut mettre la « zique » à fond, le vacarme du marché, les cris des femmes qui vendent le poisson, les manutentionnaires qui poussent la charrette, les taximans, ne les oublions jamais, qui pilotent des carrosseries jaunes, pétantes comme des tournesols, et klaxonnent à longueur de rue. Douala !

Un instant dans l’intimité de la vie. Le salon n’est pas un confessionnal mais un accélérateur de particules sociales.

La peinture de Ajarb Bernard est donc, au premier coup d’oeil, sacrément réjouissante. Le peintre ne s’encombre pas de blabla justificateur. C’est exactement ce qu’il voulait faire gamin. Plonger dans cette lumière et cette vie quotidienne. Toutes ses séries y sont consacrées. Marchandes à l’étal, vendeurs de pièces détachées, de sapes, de soleil, des filles qui n’ont d’autres visages que la joie débordante, des enfants qui jouent au ballon, des mecs qui refont le monde devant la Castel. Le trait est simple, il tient à un fil de couleur. On peut le rapprocher de Boris Nzebo qui peint avec une sensibilité proche ou encore du grand Ivoirien Zié Jean-Laurent Koné, tous peintres de la cité, dans ce qu’elle a de fou, de superbe et d’injuste.

« …En les dépeignant de cette façon, je cherche à les libérer de la contrainte de leur vie quotidienne. » Ajarb Bernard Ategwa

Sa dernière série, présentée en septembre par la galerie Afikaris, pousse cette fois la porte (ou le rideau) du salon. Voilà un lieu, au même titre que la banquette du taxi, ou que le marchand de pagnes, qui dit la ville. Dans cette proximité, elle se lie, se confie, elle tisse les mèches en même temps que le social. Elle se projette aussi, pour un rendez-vous, une cérémonie, une nuit d’amour peut-être, une promesse… Ajarb Bernard n’est pas un baratineur. Il n’accompagne sa peinture d’aucun discours, mais il sait comment il pose cette couleur.

Deux couches sont superposées. Elles parlent évidemment de cette rue technicolor, comme les films d’avant et leurs grands placards publicitaires. Mais elles disent aussi la réalité. « Depuis cinq ans, dit-il, les conflits sévissent dans les régions occidentales. Mes personnages habitent dans cette réalité. Pourtant, en les dépeignant de cette façon, je cherche à les libérer de la contrainte de leur vie quotidienne, rendant plutôt hommage à de petits moments de joie brute et de solidarité. » Et c’est ce qu’il veut voir chaque matin, en route vers le marché de Ndogbassi, où se trouve son atelier.

Donc, ça se passe dans un salon de coiffure. On parle entre voisines du prix du manioc et de la fidélité des hommes. Un type rentre avec un super costume de couleur. Il vend des téléphones portables qui peuvent servir à tout. La coque est bleue « et le bleu évoque la mer et rappelle Douala, Kribi et Limbe. Le jaune figure le soleil et pointe vers le nord du Cameroun. » Il n’en dit pas plus. Et c’est dans son sourire, et dans la couleur aussi que la conscience se lit. Douala ne croit pas aux larmes. Elle est belle comme une sorcière.

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KWATA SALOON, de Ajarb Atwega Bernard. Du 28 août au 28 septembre, galerie Afikaris (Paris)

Roger Calmé (ZO mag’)
Photos: DR et by courtesy galerie Afikaris (Paris)
https://afikaris.com/collections/ajarb-bernard-ategwa?lang=fr
https://www.jackbellgallery.com/artists/69-ajarb-bernard-ategwa/overview/

Repères:
Ajarb Bernard Ategwa est né en 1988, à Kumba (Cameroun). Malgré l’opposition de ses parents, il fait de la peinture très jeune, jusqu’à décider de s’y consacrer en totalité, à la fin de son adolescence.
Son travail tire une grande inspiration de la ville de Douala, dans laquelle il a déménagé en 2001 et où il habite depuis.

Principales expositions
2021: Kwata Saloon, Afikaris, Paris (France)
Ajarb Bernard Ategwa, Œuvres sur papier, Galerie Jack Bell, Londres (GB)
Ajarb Bernard Ategwa, Afro Sister, Galerie Jack Bell, Londres.
2020: Studio Ekwe’s, Projets Peres
Morning Bread & Jazz, Ajarb Bernard Ategwa, Galerie Jack Bell, Londres.
2019: Hotspot, Galerie Jack Bell, Londres.
2018: Kwasa Kwasa Girls, Ajarb Bernard Ategwa, Galerie Jack Bell, Londres.
Le nouveau dialogue, Peres Projects, Berlin (Allemagne)
Dialogue des couleurs, Espace Doual’art, Douala (Cameroun)
2017: Princesses de Nuit, Galerie Jack Bell, Londres.Collectives:

Dernières Foires d’art
2021: Armory Show 2021, Galerie Fredric Snitzer, Galerie Fredric Snitzer.
African Galleries Now 2021, Galerie Kalashnikovv.
1-54 New York 2021, Jack Bell Gallery
2020: Frieze London.
Art Busan & Design 2020 (Corée)
FIAC, Paris.
2019: FIAC PARIS, EXPO, Chicago (USA), Art Los Angeles Contemporain (USA), Biennale du Caire (Egypte)
2018: Frieze Londres et New York, Expo Chicago, 1.54 Londres, Condo Shanghai, Art Basel Hong Kong.


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