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Afrique du sud/ Photographie / Lebohang Kganye / EST-CE QUE CA EXISTE ENCORE ?

On apprend beaucoup dans un album de famille. Ce sont des images essentielles, pas forcément exactes, mais qui nous donnent des repères. Prenez celle-ci par exemple. Votre mère est dans le salon de sa maison de Johannesburg, elle tient le bras de votre frère, elle rit, la tête renversée. C’est un jour de printemps, sa nièce se marie. Mais c’est aussi sa dernière photo, parce qu’un mois plus tard… L’album d’images est posé dans un coin de votre mémoire. Ses personnages continuent de vivre et de vous glisser leurs messages. La disparition de sa mère en 2013 a beaucoup marqué la photographe sud-africaine Lebohang Kganye.

« J’essayais d’être elle, et d’essayer de l’incarner, (…) c’était aussi la retrouver. De trouver un moyen de poursuivre la conversation. » Lebohang Kganye

Cette femme la rattachait à un bloc d’histoire. Elle était une figure essentielle et d’en être privée la laissait orpheline d’un espace, d’une époque, d’une famille, autant que d’une affection. C’est la raison pour laquelle elle ouvre l’album… et se glisse dedans en incarnant désormais sa propre mère. Il y a une phrase en swahili qui dit : Ke Lefa Laka. Ce qui signifie « Son histoire ». Un héritage qu’elle s’approprie. « J’essayais d’être elle, et d’essayer de l’incarner, (…) c’était aussi la retrouver. De trouver un moyen de poursuivre la conversation », expliquait-elle lors de la présentation de ses images à la Fondation Prada de Milan. Considérée comme l’une des photographes majeures en Afrique du sud, son travail sur la mémoire est aujourd’hui une référence.

Parce qu’au final c’est de cela qu’il est question, de se déplacer, souvent contraints, de s’arracher et de reprendre racine.

S’arracher et reprendre racine
Histoire personnelle donc, mais pas seulement. L’Afrique du sud vit elle aussi une mémoire déracinée, en quête d’ancrages. L’apartheid est passé par là. Les familles ont été bousculées, livrées à la violence et l’absence. Les townships sont des cadres coupants. Et ce n’est pas un hasard si les rencontres de Bamako ont pointé le travail de Lebohang Kganye (2015), avant d’intéresser les galeries de Londres et de New-York (Walter collection, 2016). Derrière la silhouette de son grand-père, ce sont aussi les quartiers de Johannesburg et d’autres townships.

Une mémoire reconstruite, pas forcément exacte, mais qui l’aide à être dans ce paysage contemporain, pour partie le sien. « C’est vraiment une histoire à raconter. Ma famille a quitté les terres agricoles pour se retrouver à Johannesburg. Ils se sont retrouvés en ville et coupés les uns des autres. Des histoires comme celle-ci sont nombreuses, partout dans le monde, des histoires de migration. » Parce qu’au final c’est de cela qu’il est question, de se déplacer, souvent contraints, de s’arracher et de reprendre racine.

Actuellement au Musée d’art moderne de Paris, exposition collective  » jusqu’au 30 mai 2021
The Power of My Hands. Afrique(s) : artistes femmes | Musée d’Art Moderne de Paris
Roger Calmé (ZO mag’)
Photos: Lebohang Kganye

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