Soudan / Rashid Mahdi / DANS LA LUMIÈRE DE KHARTOUM

Il y a de nombreuses façons de regarder les images de Rashid Madhi. La nostalgie en est une. Dans le Khartoum des années 50, le photographe promène un appareil distancié, chargé d’une esthétique de peintre. Ce n’est pas de l’instantané que leur auteur se satisfait. Il recherche autre chose, une perfection de l’image, une esthétique poussée à son extrême. Pour cela, il a appris à en maîtriser toutes les étapes, de la prise de vue au développement. « Rashid Madhi est un surdoué de la photographie, comme l’explique Claude Iverné, qui en est le spécialiste. Il n’y a pas de hasard dans son art. Ses expériences sont chimiques ou mécaniques, mais le traitement du sujet est intellectuel. » Il tient d’une démonstration sans faille.

A bien des égards, le parcours de Rashid Mahdi reste singulier. Ses enseignants l’ont tout de suite remarqué, et il fait partie des rares élus à conduire des études dans des instituts britanniques. Formé au Gordon collège, il a d’abord suivi une formation dans le travail du bois et devait se destiner au chemin de fer. Il excelle dans ce domaine, mais la photographie le passionne plus encore. A cette époque, il croise un Grec qui lui vend sa première chambre photographique. A cette même époque, invité par le représentant de Kodak, c’est ainsi qu’il part au Caire.

« Je n’ai pas eu l’occasion de le rencontrer de nombreuses fois, poursuit Claude Iverné, mais le courant est passé instantanément. Il y a chez lui une intarissable curiosité. Son maître mot était d’ « apprendre« . La photographie l’a passionné, mais l’imprimerie aussi, le film dont il est l’un des premiers réalisateurs au Soudan. Il écrit également du théâtre, des pièces burlesques, qui critiquent l’occupant. » Cet homme engagé sait le poids que les Britanniques font peser sur le pays. Son travail sera dans une résistance permanente et maîtrisée… à l’image de ses portraits. C’était à Atbara, au lendemain de la guerre, début des années 50.

Métissage d’émotions, entre l’Afrique, le désert et la lointaine Albion.
Sur l’image, un couple vient de se marier, un jeune militaire appelé sous les drapeaux, un commerçant dont la figure épanouie, mais réservée, rappelle celle d’un négociant britannique. C’est toute une bourgeoisie nord-soudanaise qui prend place dans le studio de Rashid Mahdi. Claude Iverné possède ainsi des kilomètres de documentation, de dialogues, d’images classées. Portraits d’une époque et d’un « peintre » qui se consacre à celle-ci. Très peu d’improvisation, mais un protocole photographique, d’une perfection absolue, et qui n’est pas sans rappeler l’exigence des grands photographes américains ; comme Ansel Adams. C’est dire le niveau auquel il se situe.

Mais que l’on ne s’y trompe pas : derrière cette maîtrise, il reste le peintre et ces images remplies d’une poésie sage. Il travaille d’ailleurs son tirage de cette manière, jusqu’à le colorier et d’en effacer toutes les imperfections. Au final, sur la toile photographique, des regards, une mélancolie permanente, un métissage d’émotions, entre l’Afrique, le désert et la lointaine Albion.

Roger Calmé (ZO mag’)
Photos : DR / © Rashid Madhi / Elnour / Eric Dupont
Pour infos : http://www.eric-dupont.com/
et http://www.elnour.org/

Abbas Habiballa, un autre regard, instantané…

Claude Iverné, rencontres soudanaises.
Il y a presque vingt ans de ça, Claude Iverné crée Elnour. En arabe, le mot signifie « lumière ». Tout est question de lumière en photographie, et celle du Soudan en manquait un peu. Enfermée dans des fonds de tiroirs, forcée à l’oubli. De cette façon, il a pu rencontrer ces grands bonhommes que sont Mahdi ou Fouad Hamza Tibin, Abbas Habiballa… La photographie soudanaise est pleine de vraie clarté. Des entretiens, des films tournés, d’inlassables voyages entre Khartoum et Paris, ont rétabli le courant.

Grace à son travail d’historien, le quai Branly a notamment acquis ces dernières années soixante quatre tirages de Rashid Mahdi. La Fondation Cartier-Bresson a également distingué (*) l’auteur de ces recherches. Et Claude Iverné prépare pour les mois à venir la sortie de trois ouvrages consacrés à ces « chambres obscures » … qui sont loin de l’être. Cette introduction à 1.54 Paris était la bienvenue.

http://www.elnour.org/


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