Burkina Faso / Abou Traoré / LA LANGUE ET LE FEU

C’est profondément ancré dans la terre. Le métal vient de cette profondeur et le feu descend du ciel. La fusion est à la rencontre du souterrain et de l’immense cosmos. Inutile de parler de ses choses. Elles sont quotidiennes, ordinaires et millénaires. Abou Traoré les a apprises de son père. Il y a au Bénin, comme en Côte d’Ivoire et au Nigeria, des familles de fondeurs, des clans de tisserands, de potiers… Le travail se transmet. Il assure la continuité. C’est la part de l’homme à l’éternité.

Abou Traoré parle peu. François Deneulin travaille depuis des années avec lui. Ensemble, ils ont monté des ateliers, des lieux de création et de rencontre avec les enfants notamment. Il explique donc le cheminement du sculpteur dans sa relation spirituelle au dieu Dô. C’est une recherche d’équilibre, que l’homme perturbe et qu’il faut rétablir, dit-il. Mais le travail de Abou Traoré ne s’arrête pas à ces retrouvailles fusionnelles.

« Par son travail, il cherche à apaiser les tensions et à rappeler les valeurs du vivre ensemble et de la tradition » (François Deneulin).

Quelques œuvres du sculpteur seront exposées, cette fin de mois, chez Olivier Sultan (Art-Z). Le galeriste est l’un des rares à présenter ces sculptures africaines, qui se nourrissent autant de culture que de quête personnelle. A la mort de son père, Abou a repris l’atelier familial. Mais dès 1983, il rompt avec la production qui prévalait. Les formes commencent à évoluer. Échapper à l’habituel joueur de balafon ou la femme pileuse de mil. En 1994 déjà, il est un créateur reconnu, exposé au Centre culturel de Bobo-Dioulasso, puis à Dakar (2002), plusieurs biennales, et dans nombre de galeries européennes.

De tout ça, il ne parle pas. Ses mains montrent plutôt. A l’enfant qui l’observe, verser le bronze liquide, à son aide qui enfouit les moules dans la terre. Au dieu Dô qui regarde la scène. « Par son travail, il cherche à apaiser les tensions et à rappeler les valeurs du vivre ensemble et de la tradition ». Sans doute est-ce dans cette dernière phrase que François Deneulin résume le mieux la relation au feu. Entre la culture africaine et le temps contemporain, la possibilité d’un langage.

Roger Calmé (ZO mag ‘)
Photos : ©A. Traoré
Abou Traoré et Harouna Ouédraogo, du 30 sept. au 24 oct.Galerie Art-Z, 27 rue Keller, 75011 Paris. Infos : 06 63 24 42 22
Agence Deneulin | Holbergsallmenningen 5, 5005 Bergen, NorvègeTél. (fr) : 06 68 10 02 31

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