Marché de l’art / LE SUD EST SOLAIRE

Météo favorable sur la création contemporaine et africaine. Les expos sont médiatiques, les grands rendez-vous se multiplient et les artistes ont la côte. Un seul point reste encore à améliorer…

Et si les mois de grisaille n’étaient déjà plus qu’un mauvais souvenir ? Comme toutes les dépressions, celle que traverse le marché de l’art est déjà en train de s’éloigner. Bien sûr, personne n’ira le crier… Mais le silence imposé, l’immobilité temporaire ont toujours pour conséquence une reprise dynamique. Les ventes vont reprendre, les rendez-vous se multiplier. Autre raison d’être optimiste, une constante progression du marché depuis dix ans, et une tendance que l’on imagine mal s’infléchir. Sur ce point, ce sont les chiffres qui parlent.

Dans son bilan annuel, l’ « Africa Art Market Report » qualifie la situation comme florissante. Ce n’était pas le cas il y a une décennie. En 2010 encore, Bonhams (Londres) enregistrait 60% d’invendus. La même année, Artcurial Paris atteignait les 74%. Il semble que la situation se soit brusquement inversée. En 2016, l’ouverture de Sotheby’s aux créateurs africains n’a rien eu d’anecdotique. Depuis la première session de mai 2017, la maison londonienne affiche 3, 6 millions de dollars de ventes et à peine 21% d’invendus. Certaines signatures se sont envolées, comme celle de l’Egyptien El Anatsui. Et ce qui est vrai pour les artistes les plus renommés, l’est également pour des créateurs moins réputés. Le cas de Chéri Samba, d’Eddy Ilunga Kamuanga ou Yéanzi.

Les photographies de Sidibé et Keïta ont bénéficié de hausses impressionnantes. La peinture a ensuite suivi.

Les côtes ont donc sensiblement grimpé et les maisons de ventes réservent depuis une place croissante à cette création continentale. Bonhams, l’une des premières à avoir senti le vent, réalise aujourd’hui 16% de son chiffre avec l’Afrique. Même sourire pour Piasa. Le commissaire parisien  enregistrait en mai 2019 un nouveau record de ventes à 1,455 million de dollars. Soit une hausse de 260% par rapport à novembre 2016. Il semble donc que l’essentiel de l’activité se concentre entre Paris et Londres. Les deux capitales ont quasiment quadruplé leur chiffre d’affaires entre 2016 et 2019 (27, 9 millions de dollars). Mais la capitale anglaise demeure très largement en tête, même si Paris reste le tremplin presque obligé pour nombre de jeunes créateurs.

Et New-York ? Les Etats-Unis demeurent en retrait. Les collections privées, les musées et les foires s’intéressent plus à la création des artistes noirs locaux qu’aux plasticiens africains. Bien sûr, il y a des exceptions. En juillet 2019, le collectionneur Jean Pigozzi a fait don de 45 œuvres d’art sub-saharien au prestigieux musée MoMA. La collection permanente s’est ainsi enrichie de plusieurs grands créateurs comme Romuald Hazoumé, Moké, Chéri Samba ou le photographe Seydou Keita. C’est un point très positif et qui peut participer à sensibiliser le public (et les professionnels aussi) aux artistes du continent.

Visibilité maximale. Au travers des trois manifestations 1.54 (New-York, Londres et Marrakech), Touria El Glaoui ouvre l’art africain au sud comme au nord.

A quelques semaines de découvrir le nouveau rapport 2020, il demeure néanmoins une question. Quand il a créé cet outil en 2015, Jean-Philippe Aka, marchand d’art ivoirien, l’expliquait ainsi : « L’art africain moderne et contemporain se trouve aujourd’hui à un tournant crucial : le contexte global est positif, les économies sont en croissance, les artistes produisent des œuvres de qualité, et la poignée de collectionneurs occidentaux se voit rejointe par de nouveaux collectionneurs locaux. » Et cette question tout le monde se la pose, à commencer par les artistes.

La réponse pourrait être dans l’émergence de plusieurs grandes galeries au-travers du continent. Celles ouvertes à Abidjan et Dakar par Touria El Glaoui s’inscrivent dans ce tempo. D’autant que la jeune Marocaine est également à l’origine de la foire 1.54 Contemporary African Art Fair, qui voyage aussi bien au nord qu’au sud. De toute évidence, les acheteurs potentiels existent. Leurs capacités d’achat sont considérables… mais la sensibilité à l’art demande à s’affirmer. Il faut que les artistes africains soient localement appréciés. Commissaire d’exposition de la foire de Douala, Landry Mbassi le dit bien clairement : « 𝐿𝑒 𝑏𝑜𝑜𝑚 𝑑𝑒 𝑙’𝑎𝑟𝑡 𝑎𝑓𝑟𝑖𝑐𝑎𝑖𝑛 𝑛’𝑎 𝑞𝑢𝑒 𝑝𝑒𝑢 𝑑’𝑖𝑛𝑡𝑒́𝑟𝑒̂𝑡 𝑠𝑖 𝑙𝑒𝑠 𝐴𝑓𝑟𝑖𝑐𝑎𝑖𝑛𝑠 𝑒𝑢𝑥-𝑚𝑒̂𝑚𝑒𝑠 𝑛𝑒 𝑙’𝑎𝑐ℎ𝑒̀𝑡𝑒𝑛𝑡 𝑝𝑎𝑠 (…) » Sur cela aussi il faudra pousser l’enquête… et l’enthousiasme.  

Dak’Art démontre l’énergie que déploient les acteurs culturels locaux au travers de l’Afrique. Kampala, Le Cap, Marrakech s’inscrivent dans la même dynamique.

Roger Calmé (ZO mag’)
Photos DR

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