Malala Andrialavidrazana / De cruels guerriers pointaient leurs lances

Pour mieux comprendre l’histoire et traduire les messages, Malala Andrialavidrazana revisite les cartes anciennes et les portraits bancaires. Des paysages oubliés s’y révèlent. Ils disent l’Afrique d’hier et celle d’aujourd’hui.

Les empires s’éteignent, les frontières s’effacent, mais ils restent du passé une abondance d’images. Au fil des siècles, l’Afrique a nourri des multitudes de représentations. Aux grands bâtiments, les fresques figurent des guerriers nobles, des femmes fières comme des déesses, des lances pointées… qui contrastent étrangement avec le manque de considération que le pouvoir accordait aux populations de l’Outre-Sahara. Regardez ces timbres postes, ou ces réclames pour une grande compagnie aérienne, et ces forêts somptueuses… vous aurez alors une (petite) idée du travail que conduit la plasticienne malgache Malala Andrialavidrazana. Elle le disait lors de son exposition « Figures », au Havre (2016) : « Je suis fascinée par les femmes sur les billets malgaches et français, celles qu’on trouve sur les francs CFA ou sur les billets malgaches juste après la sortie de la zone franc. Ces femmes ont la classe, elles sont représentées avec force et dignité, elles sont respectables. » On sent un sourire qui se dessine. Rien n’est gratuit. La femme blanche fait toujours figure centrale. De quelques centimètres, elle domine ses compagnes indigènes. Ce n’est pas d’esthétique qu’il est question, mais de codes. Chaque époque a les siens.

Le progrès. Considérables ouvrages et soleils permanents…
…l’imagerie première réserve à l’Africain une place, en bas de l’affiche.

« Nous devons toujours nous rappeler que la cartographie faisait partie des outils politiques et idéologiques les plus puissants au cours du dix-neuvième siècle. »

Diplômée en architecture, elle entretient depuis ses études une proximité fidèle au plan et au croquis. Ses voyages de jeunesse ne devaient rien au hasard. Tout était bien programmé, les rencontres ciblées « de façon à éviter les clichés touristiques. » Et sa série « Figures », entamée en 2015, fonctionne de cette façon. On y voit de grands tyrans continentaux sur fond de cartes anciennes, qui prolongent ainsi l’occupation coloniale, dans des décors foisonnants de richesses. Politique ? « Cette profusion de végétaux et de fruits, à la façon du jardin d’Eden, pour représenter cette période naïve où tout était à prendre dans le continent africain. » A l’imparfait comme au présent.

Stéréotypes, instruments du pouvoir
On a coutume de dire que l’archéologie, quand elle cherche à comprendre une époque ancienne, fouille ses poubelles. De cette manière, elle comprend mieux la vie quotidienne. Il en est de même pour les époques récentes. A partir de ces bouts de papiers, de ces figures bancaires ou géographiques, l’artiste regarde l’envers du tableau. Une collection de clichés coloniaux, esthétisants et révélateurs, d’une Afrique sculpturale et évidemment immobile. De la même façon, sur nombre de tableaux, les Africains sont spectateurs, tandis que le colon s’affaire aux choses nobles, il mesure, ils arpente, il dirige les travaux. Les uns sont en bas de l’image, passifs. Les autres occupent les gradins supérieurs. Ce sont eux qui dessinent le nouveau monde. « Nous devons toujours nous rappeler que la cartographie faisait partie des outils politiques et idéologiques les plus puissants au cours du dix-neuvième siècle. De la même manière, les billets de banque ont souvent véhiculé des stéréotypes soutenus par les différents régimes et dirigeants successifs. »

Pour la petite histoire, Andrialavidrazana a quitté la Grande Île enfant, pour s’installer à Paris, puis de parcourir le monde. « Petite, j’avais mon propre appareil pour réaliser mes photos lorsque je voyageais avec mon père (…). Quand nous recevions les tirages, il nous incitait à commenter chaque contenu des images. Apprendre à observer faisait partie intégrante de notre éducation, au même titre qu’apprendre à parler, à lire ou à raconter des histoires… » En somme, c’est qu’elle fait aujourd’hui. Des histoires qui jouent avec les messages, le temps, la grande et la petite histoire. Des histoires vraies.

Pour en savoir plus : http://www.andrialavidrazana.com
Roger Calmé (ZO Mag’)
Photos de l’artiste

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