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Tunisie / Sculpture / Mourad Zaraï / DES BOUTS DE FICELLES PENDAIENT DE L’ARBRE

La terre est blanche, Et la lumière l’est aussi. Elles sont dans une rencontre l’une de l’autre. Une extrémité de…

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𝗕𝘂𝗿𝗸𝗶𝗻𝗮-𝗙𝗮𝘀𝗼 / 𝗕𝗜𝗦𝗢 𝗼𝗳𝗳 𝗦𝗰𝘂𝗹𝗽𝘁𝘂𝗿𝗲 / 𝗠𝗼𝘂𝘀𝘀𝗮 𝗦𝗮𝘄𝗮𝗱𝗼𝗴𝗼 / 𝗖𝗘 𝗤𝗨𝗘 𝗟’𝗘𝗦𝗣𝗥𝗜𝗧 𝗠𝗨𝗥𝗠𝗨𝗥𝗘 𝗔 𝗧𝗢𝗡 𝗢𝗥𝗘𝗜𝗟𝗟𝗘

Il est toujours utile de se rapprocher des esprits. Au moment du désarroi, ou dans les affres de la jeunesse, ils apportent la cohérence et l’aplomb. Posez alors la sculpture sur le sol et vous verrez qu’elle tient mieux. L’équilibre lui est venu.

Il y a deux ans, au moment de la première édition du Biso, Moussa Sawadogo avait exposé une oeuvre très imprégnée de cette volonté du lien ancestral. Il le disait lui-même, « 𝘮𝘦𝘴 𝘱𝘪𝘦̀𝘤𝘦𝘴 𝘰𝘯𝘵 𝘦́𝘵𝘦́ 𝘧𝘢𝘣𝘳𝘪𝘲𝘶𝘦́𝘦𝘴 𝘢𝘷𝘦𝘤 𝘭𝘦 𝘴𝘰𝘶𝘵𝘪𝘦𝘯 𝘥𝘦𝘴 𝘢𝘯𝘤𝘪𝘦𝘯𝘴. 𝘐𝘭𝘴 𝘴𝘰𝘯𝘵 𝘧𝘰𝘳𝘨𝘦𝘳𝘰𝘯𝘴. 𝘐𝘭𝘴 𝘴𝘰𝘯𝘵 𝘱𝘰𝘳𝘵𝘦𝘶𝘳𝘴 𝘥𝘦 𝘭’𝘩𝘪𝘴𝘵𝘰𝘪𝘳𝘦 𝘔𝘰𝘴𝘴𝘪. 𝘑𝘦 𝘯𝘦 𝘷𝘦𝘶𝘹 𝘱𝘢𝘴 𝘰𝘶𝘣𝘭𝘪𝘦𝘳 𝘲𝘶𝘦 𝘯𝘰𝘶𝘴 𝘴𝘰𝘮𝘮𝘦𝘴 𝘭𝘦𝘴 𝘧𝘪𝘭𝘴 𝘥𝘦 𝘤𝘦𝘶𝘹 𝘲𝘶𝘪 𝘰𝘯𝘵 𝘧𝘢𝘣𝘳𝘪𝘲𝘶𝘦́ 𝘠𝘦𝘯𝘯𝘢𝘨𝘢, 𝘭𝘦𝘴 𝘱𝘰𝘵𝘦𝘢𝘶𝘹 𝘲𝘶𝘪 𝘢𝘧𝘧𝘪𝘳𝘮𝘦𝘯𝘵 𝘭’𝘢𝘶𝘵𝘰𝘳𝘪𝘵𝘦́ 𝘥𝘦𝘴 𝘤𝘩𝘦𝘧𝘴, 𝘭𝘦𝘴 𝘱𝘰𝘶𝘱𝘦́𝘦𝘴 𝘲𝘶𝘪 𝘥𝘰𝘯𝘯𝘦𝘯𝘵 𝘭𝘢 𝘧𝘦́𝘤𝘰𝘯𝘥𝘪𝘵𝘦́. » Et c’est cette inscription première, dans une époque très tourneboulée, qui lui semble la plus porteuse de sens.

En 2018, au contact des vieux fondeurs de Dapoya, il développait déjà des gestes riches, des associations du bois, de l’os et du métal, pleines de promesses. Tout juste, l’ensemble avait encore de la peine à trouver un langage commun. Au milieu de la phrase, se glissaient des mots qui échappaient au vocabulaire.

Cette dernière année, Moussa Sawadogo s’est attaché à rendre l’œuvre homogène. Il ne s’agit plus de rajouter des pièces et de leur donner l’apparence du montage équilibriste, mais de rassembler ses forces. Et ça fonctionne très bien, à l’image du « Poisson sacré », aussi complexe soit-il, animal associé, la tête séparée du corps, mais capable d’affronter le flot sans boire le bouillon. Les esprits ont certainement apprécié, de même que sa « Tête d’animal », qui a la tranquillité de la girafe, dans une savane résonante. Moussa saisit cette quiétude du mangeur d’herbe, l’œil qui s’imprègne du vent et de l’ocre immense.

En parallèle, sa peinture suit des principes de vie assez similaires. Le ciel se dégage, et dans les intervalles que le travail creuse, le sentiment trouve une place, sans avoir à crier!

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Spiritualité africaine et cohésion sociale, avec Hamed Diero et Hamed Ouattara, Espace Hamed Ouattara, jusqu’au 31 octobre, Ouagadougou .https://www.facebook.com/BISO.OffRC (ZO mag’)Photos: Moussa Sawadogo et SHO.

Zimbabwe / peinture / Epheas Maposa / LA DIVINE TRAGEDIE

Qu’une épidémie, la plus terrible, tombe sur une ville et vous trouverez dans les rues des gens qui dansent et qui grimacent. Il ne reste que quelques heures à vivre, mais les orchestres jouent des musiques pleines de couleurs. Peu importe l’issue, on boit, on se bécote, et la Mort passe entre les tables, sa face fendue d’un grand sourire. C’est un peu de cette manière que la dernière exposition d’Epheas Maposa fonctionne. Une burlesque et tragique comédie, un carnaval sinistre et follement coloré, comme le sont les carnavals flamands d’Ensor. Ou les explosions du Vésuve… Dansons sous le volcan: la cité sera bientôt engloutie.

…dans la convulsion des visages et la présence du reptile.

En 2019, alors que le jeune peintre expose à la FNB Joburg art fair, Candice Allison (curatrice) resitue le travail durant cette période assez déprimante que son pays traverse. « (Il) n’a jamais connu qu’un Zimbabwe fatigué, découragé d’attendre la pluie – comme le titre du livre du même nom, écrit en 1975 par Charles Mungoshi. Ces métaphores de la sécheresse et de la faim saisissent le malaise et la paralysie des nombreuses zones de conflits des pays en développement du monde entier – « attendant » les secours et l’abondance future, incrédule face aux promesses d’un changement qui ne viendra peut-être jamais. » La production du peintre est à cette image, dans la déformation, dans la convulsion des visages et la présence du reptile. Ce dernier est sans scrupule et il pénètre les zones les plus interdites.

Infernale bacchanale, balançoire et encensoir. Souriez, jeunes morts!

Cette dernière exposition, que présente la galerie parisienne 31 Project, s’inscrit dans la même veine. Le monde ne connaît aucun apaisement. C’est un festin anthropophage, baigné de lumière beuglante, des roses indécents, des jaunes venimeux. Prêtez l’oreille, et vous entendrez la cloche du train, à l’image de « Railway Phantom (2021), la toile qui sert d’affiche à cet accrochage. Le rire y est permanent, alors même que les mâchoires se referment sur le bras du voyageur, mort-vivant et souriant, comme seule la mort nous fait sourire. De toutes nos dents !

Smiles of clay, Epheas Maposa,du 9 octobre au 13 novembre 2021, 31 PROJECT.
31 PROJECT | Galerie dédiée aux scènes africaines de l’art contemporain – Paris
Roger Calmé (ZO mag’)
Photos: DR et Copyright 31 PROJECT

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Repères :
Epheas Maposa est né en 1994, à Marondera (Zimbabwe). Autodidacte, il a commencé par peindre dans la rue avant de rejoindre le Village Unhu en 2013. Cette structure lui a permis de bénéficier d’un espace, d’un collectif et de faire évoluer sa pratique.
En 2014, il expose à la National gallery of Zimbabwe, ainsi qu’à la Delta Gallery. De 2017 à 2020, il a participé aux différentes éditions de la FNB Joburg art fair.
En 2019, il reçoit le deuxième prix Emerging painting pan African art prize.

Il vit et travaille à Harare

Expositions individuelles

2021 : Smiles of clay, 31 Project, Paris (France).      
1-54, Paris, 31 Project, Paris.
2020: Village Unhu, Investec Cape Town art fair (Afrique du sud).

Dernières expositions collectives :
2021 : Collective amnesia, Montague Contemporary, New York (USA).
2020 : Small, 31 Project, Paris.
    When you master yours and you can get out, Village Unhu, Harare (Zimbabwe).
​2019: We are here Pamasonga, 31 Project, Paris.    
Sanity is expensive, but madness is for free, Village Unhu, Harare.    
We move forward by looking back, Village Unhu, Harare.
2018: Wild Geese Exhibition, Harare.
CTAF Cape Town Art Fair, Cape Town (Afrique du Sud)
     Annual group, Village Unhu, Harare.

USA / Peinture / William Scott / GOD BLESS FRISCO

Une formidable journée commence. Belle comme une publicité pour du dentifrice ou une église évangéliste… ce qui est un peu…

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𝗠𝗮𝗱𝗮𝗴𝗮𝘀𝗰𝗮𝗿 / 𝗽𝗹𝗮𝘀𝘁𝗶𝗰𝗶𝗲𝗻𝗻𝗲-𝗽𝗲𝗶𝗻𝘁𝗿𝗲-𝗽𝗵𝗼𝘁𝗼𝗴𝗿𝗮𝗽𝗵𝗲/ 𝗠𝗲𝗻𝗱𝗿𝗶𝗸𝗮 𝗥𝗮𝘁𝘀𝗶𝗺𝗮, 𝘂𝗻 𝘁𝗮𝗯𝗹𝗲𝗮𝘂… / 𝗟’𝗛𝗢𝗠𝗠𝗘 𝗗𝗘 𝗗𝗢𝗦

Par instant, il y a cette impression qu’elle est là sans y être. Une partie d’elle donne le change et met du rouge sur ses lèvres. Pourtant, la minute d’après, ce n’est plus tout à fait elle. Sans doute, Mendrika Ratsima avait un train à prendre, un autre rendez-vous qui l’éloigne et roule à pleine vitesse dans une nuit hérissée de pylônes.

C’est ainsi que les choses fonctionnent au commencement d’une vie d’artiste. Dans le pluriel et le désordre d’une chambre à coucher, d’une chambre à lire et à manger, pleine de sens et de contraires, un espace plasticien sans gravitation fixe. Et pourtant le sens est là, comme un animal qui regarde, d’une toile à l’autre, dans des références structurantes, à l’image de cet hommage à Edward Hopper. Jeune homme assoupi dans une chambre métallique, couleur de rouille.

Il n’existe d’elle (ou de lui) que cette main. À partir de cet instant, tout est possible.

Un peu plus tard, dans un couloir excessif (saturation extrême de la couleur), elle nous présente (de dos) un homme (une femme) qui… Au premier abord, le tableau est celui d’une rencontre et de la tendresse qui s’en dégage. Deux mains se croisent, s’attendent et se disent. Mais l’un des personnages est dans l’obscurité totale. Il n’existe d’elle (ou de lui) que cette main. À partir de cet instant, tout est possible.

Mendrika Ratsima pose ici une question relative. C’est existentiellement troublant, on peut s’attendre au meilleur comme au pire, mais la peinture est à ce point réussie qu’elle inspire aussi une attente paisible. Qui sont ces deux personnes, et existent-elles dans le même instant? ou bien la seconde n’est-elle qu’une idée, une virtualité, un espoir ? On pose la question à la jeune peintre malgache, mais c’est étrange, elle n’est plus là.

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RC (ZO mag’)
Photos: Mendrika Ratsima
Contact: https://www.facebook.com/mendrika.ratsim


Kenya / Photographie / Polly Irungu
LE SOLEIL SE LEVE AU SUD

Plusieurs fois dans ses années de formation, Polly Irungu s’est fait cette réflexion que la solitude était la pire ennemie d’une photographe noire américaine. Cette réflexion lui revenait sans cesse « de ne pas avoir près d'(elle)d’autres photographes noirs, plus précisément des femmes noires photographes et des photojournalistes vers lesquels je pourrais me tourner« .

La jeune femme d’origine kényane, diplômée de journalisme de l’université de l’Oregon, est aujourd’hui basée dans l’Oklahoma. Mais elle est surtout la fondatrice de Black Women Photographers. Cette plateforme, créée en juillet 2020, met à disposition des femmes de la communauté différents outils de perfectionnement et la possibilité de rencontres. Depuis son ouverture, plus de 600 s’y sont abonnées. Le fait que ce domaine soit largement « contrôlé par des hommes de couleur blanche » n’est pas une fatalité. Il faut prendre les choses différemment. Et la dynamique communautaire en est une.

La crise sanitaire en a donné une bonne illustration. Le fonds pour venir en aide aux photographes a permis de lever 14000 dollars, mais surtout cette action a attiré une attention générale sur cette question de la justice liée à l’appartenance. Des grande firmes comme Adobe l’ont immédiatement soutenue. D’autres conversations sont en cours avec Instagram et Facebook.

Aujourd’hui, @BlkWomenPhoto regroupe aussi bien des membres venus du Kenya, de l’Afrique du sud que d’Australie ou du Japon. Plusieurs grands noms de la photo ( Kennedi Carter (Vogue), JD Barnes (Essence)) contribuent sur le site. Polly Irungu en est persuadée. L’industrie de l’image a tout à gagner dans cette nouvelle venue des talents afro-américains. « Il y a de la place pour tout le monde », sourit-elle. Son usage photographique du tournesol va d’ailleurs dans ce sens.

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https://www.pollyirungu.com/
RC (ZO mag’)
Photos DR

France / Dialogue Quai Branly / « Art de la mémoire et mémoire des arts » QUELS FLEUVES NOUS TRAVERSENT ?

La mémoire est un lieu étrange, intermédiaire et d’une architecture en déplacement permanent. En fait, il faut regarder ses pièces avec une grande attention. Selon l’angle de vue, elles n’ont pas les mêmes dimensions, l’espace est encombré de choses différentes et les gens qui les habitent parlent des langues insoupçonnables. Mais on peut tout de même pénétrer dans cette maison, monter les escaliers, se pencher à une fenêtre. Et l’art participe à cette résolution de l’énigme.

Myriam Mihindou consacre depuis 20 ans son travail à la question de la souffrance. Comment peut-on guérir d’une blessure, si profondément inscrite dans la chair ? La mémoire véhicule ainsi d’innombrables charniers. Nous en hébergeons les victimes, anonymes et éternelles. Elles crient, elles demandent, elles posent leurs mains sur nous, et nous leur répondons. Possession ? On peut le dire de cette façon, même si le terme est aussi ambigu que la mémoire elle-même. Et c’est ici qu’intervient Francis Eustache, chercheur en neuropsychologie et en imagerie cérébrale. Il est un spécialiste de la mémoire et de ses chaos. Tous les deux participent à l’exposition « Memoria : récits d’une autre Histoire », au Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA de Bordeaux.

La question, posée par Nadine Hounkpatin et Céline Seror, trouve dans l’art des débuts de réponse. Elle est d’ailleurs au centre de nombreuses recherches plastiques, à l’image du travail de Myriam Mihindou. « C’est le génie des artistes de nous rendre accessible cette ambivalence du passé qui nous hante, qui nous blesse parfois, tout en nous rassurant, car il nous rapproche de ceux que l’on aime, même s’ils sont disparus. “, écrit dans la plaquette de l’exposition le professeur Eustache.

Ce sera donc le thème de leur entretien, ce soir, au Quai Branly-Jacques Chirac. Un accès libre (et nécessaire) pour mieux comprendre de quoi nous sommes faits, quels fleuves nous traversent et quelles demeures nous habitons.

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Jeudi 21 oct. à 18h30, avec Myriam Mihindou et Francis Eustache. Salon Jacques Kerchache, musée du quai Branly – Jacques Chirac.
RC (ZO mag’)
Photos: DR, © Memoria, récits d’une autre histoire et M. Mihindou

Cap-Vert / Poterie / Jacira da Conceição / LES MAINS DANS LA TERRE

La céramique est une harmonie. Son fonctionnement est au contraire du chaos. Qu’on cède à la violence du feu ou à celle de l’eau, que la main refuse et le pot se casse. Et l’œuvre devient débris. Jacira da Conceição est une femme intimement convaincue par la beauté de ce qui l’entoure. Tout est là. La lumière de son île, la fertilité de l’océan et celle de la terre. L’atelier et la salle d’exposition s’inscrivent dans ce prolongement. Les pots n’encombrent pas l’espace, ils se fondent à la vie, au mouvement quotidien, ils se remplissent et se vident. De la même manière, Jacira commence le récit de son travail : « 𝘑’𝘢𝘪 𝘨𝘳𝘢𝘯𝘥𝘪 𝘢̀ 𝘊𝘩𝘢̃𝘰 𝘉𝘰𝘮, 𝘴𝘶𝘳 𝘭’𝘪̂𝘭𝘦 𝘥𝘦 𝘚𝘢𝘯𝘵𝘪𝘢𝘨𝘰 (𝘊𝘢𝘱-𝘝𝘦𝘳𝘵). 𝘔𝘢 𝘮𝘦̀𝘳𝘦 𝘵𝘳𝘢𝘷𝘢𝘪𝘭𝘭𝘢𝘪𝘵 𝘢̀ 𝘭𝘢 𝘱𝘭𝘢𝘯𝘵𝘢𝘵𝘪𝘰𝘯 𝘦𝘵 𝘮𝘰𝘯 𝘱𝘦̀𝘳𝘦 𝘦́𝘵𝘢𝘪𝘵 𝘱𝘦̂𝘤𝘩𝘦𝘶𝘳. 𝘊’𝘦́𝘵𝘢𝘪𝘵 𝘶𝘯𝘦 𝘦𝘯𝘧𝘢𝘯𝘤𝘦 𝘴𝘪𝘮𝘱𝘭𝘦 𝘦𝘵 𝘩𝘦𝘶𝘳𝘦𝘶𝘴𝘦. »

La communauté est au centre de son travail. Elle accompagne tous les travaux et les projets aussi.

C’est à l’adolescence qu’elle a découvert le travail de potière, au sein de la communauté de Trás di Munti. Au contact d’ Isabel Semedo et de sa fille Mariazinha, Jacira da Conceição apprend à pétrir l’argile et assimiler les techniques traditionnelles, le binde, le moringo et toutes les autres formes. Cette maîtrise semble le meilleur moyen de garder le contact premier à la terre. Elle le répète souvent dans ses interviews, « ce sont des lieux qui me manquent et les époques aussi. Le temps des semailles, la joie de voir la pluie arriver, la beauté de l’île qui redevient toute verte d’un coup. ». Comme une pointe de mélancolie.

L’argile et le feu lui sont nécessaires pour cette raison. Et quand elle part en 2009, pour un voyage en Amérique du sud, le souvenir le plus marquant qu’elle retient est son passage chez les femmes quilombo. Cette communauté de potières entretient une parenté de gestes et d’esprit, le fait que la terre est commune et que son langage ne s’encombre d’autres mots. Retrouvailles en somme.

« Badia » , sa dernière exposition, remet au centre de la scène les femmes.

« Si vous pouvez apprendre, si vous pouvez aussi fabriquer, et les deux ensemble, c’est tout ce dont vous avez besoin pour continuer votre voyage. » Jacira Fernandes da Conceição

En 2020, « Saudade do sal da Terra » l’exposition réalisée avec son compagnon Pedro da Conceição, est un hommage à la beauté de son île. Le Cape Verde Cultural Center (CCCV) de Lisbonne découvre alors ses jarres et ses coupes traditionnelles, sillonnées de traces et de symboles. Le travail est d’une grande rigueur, mais en même temps, il s’en dégage une poésie quasi rituelle. C’est un chant ancien qui monte de cette glaise. Comme une vaisselle retrouvée au fond d’un tombeau, d’une pyramide, dans ce retour à la terre, qui est le commencement et le terme.

Au mois de juin dernier, le musée d’Archéologie et d’ethnographie de Setubal (Portugal) propose une seconde exposition, intitulée « Badia ». La terre est de la même couleur, mais les pièces de plus grande dimension et le motif féminin revient d’une façon assez similaire à celle des pots antiques. Ils évoquent une course ou une danse, la poursuite d’un but, la joie d’une musique. Une critique, Joaquina Smith parle alors de « résilience héroïque » et « d’une vision féminine de l’existence ». Sans doute, mais ce serait un peu le réduire à une formule. En les observant, il semble que ces poteries iront un jour à la sculpture. Qu’elles sont aussi fertiles de cette possibilité.

Déjà, dans un coin de la salle, Jacira assoient des femmes autour d’une tâche, dans un lieu de dialogue. La communauté est toujours au centre du travail de Jacira. Le pot est un lieu qui rassemble, qui passe de main en main. Il est fait de terre, cette même Terre qui nous porte.

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RC (ZO mag’)
Photos: © Jacira da Conceição

Repères:

Jacira da Conceição est née le 23 février 1990 à Chão Bom, sur l’île de Santiago (Cap-Vert).  
Elle vit actuellement à Montemor-o-Novo, au Portugal.


Burkina Faso / Peinture / Kader Boly / LA TERRE, LA TOILE ET LE CIEL

Qu’emporte-t-on dans son bagage au moment de traverser le monde ? Se limiter à l’essentiel sans doute, l’incontournable substance. Kader Boly parle de ces éléments dans la justesse du tableau. La couleur est identique. Elle est ce ciel immense au-dessus la savane peuhle. Rouge, ocre, tracée de lignes noires, de vapeurs bleues, froide et chaude selon l’harmattan: ses traits sont ceux que le berger dessine au devant du troupeau.

Il y a trente mille ans déjà, images du bonheur au crépuscule rouge. Fertile.

Kader Boly avait à peine 20 ans quand il a pris son billet d’avion pour la France. A cette époque déjà, ses toiles ont fixé la latérite rouge prise au sommet des collines. Il l’a mélangée avec la gomme arabique, puis il a cherché dans les feuilles et les racines ces autres pigments que le tisserand utilise. Cendres et poussières, sèves et pollens que les hommes aux origines utilisaient déjà. Car c’est bien de ça qu’il s’agit, l’origine de ce monde, et qu’il ne cesse de peindre. La terre dont on vient et vers laquelle la toile retourne.

« … j’ai la chance de vivre ma vie artistique, mon esprit dans les nuages et mes pieds profondément enracinés dans la sagesse et les expériences que j’ai eues (…) enfant dans la nature. » Kader Boly

Il dit dans son récit que cette grandiose beauté des plaines du nord ne l’a jamais quitté. Mais que cette vie, cette solitude de l’homme dans l’immensité, n’était pas la sienne. Pourtant, c’est elle que ses dessins et ses peintures répètent. Les mêmes troupeaux les traversent. Des oiseaux prennent leur envol. On pense à ces fresques sur les parois des falaises, que d’autres peintres peuhls ont peintes. L’animal est au centre, comme dans les carnets d’Oumar Ball. Mêmes danses des corps, même tendresse pour le troupeau, dont les personnages d’Alassane Konté témoignent vingt ans plus tard. Un enfant serre dans ses bras un chevreau et l’embrasse.

En 2004, Kader Boly a choisi de vivre à Santa Fé (Nouveau-Mexique). C’est un endroit qui respire une immensité identique. Un lieu au cœur du monde. « La nature est ouverte, elle est réelle. Nous pouvons le voir et le respirer. Le ciel est illimité. Aujourd’hui, j’ai la chance de vivre ma vie artistique, mon esprit dans les nuages et mes pieds profondément enracinés dans la sagesse et les expériences que j’ai eues (…) enfant dans la nature. »

La toile est carrée, le nom de son auteur écrit au charbon, à l’envers, comme dans un reflet à la surface de l’eau. Des bœufs paissent tranquillement. Ils ont la même légèreté que les oiseaux. Leur pelage est semblable à la cendre et à l’étoffe qui habille le berger. Le nom est à l’envers, comme le reflet de ce même berger qui peint son troupeau et l’amène à un point d’eau.

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RC (ZO mag’)
Photos: © Kader Boly
Contact: https://www.kaderboly.com/

Burkina Faso / BISO 2021 / Plasticien / Sam Dol, un tableau… / … SERA NOTRE GENRE HUMAIN.

Deux heures avant le vernissage, Sam Dol en était encore à la peinture et au collage. Une dernière inscription, un dernier coup de vitriol. Le titre à lui seul donne le ton. Protéiforme, la plaque métallique engage les questions fondamentales et urticantes.

Elle est en métal, galonnée de verrous répétitifs. Son cadre est hautement improbable, ses soudures apparentes. Des peaux de bêtes pendouillent et des masques caricaturaux. Un(e) ami me murmure dans l’oreille, que la peau de l’Afrique se vend un bon prix. « France- à fric » confirme l’œuvre, sur un mur de briques béton, brut de décoffrage. On pense aux cloisons d’un conteneur, on imagine les corps entassés dans la cale du tanker.

On pense aux cloisons d’un conteneur, on imagine les corps entassés dans la cale du tanker.

Sam Dol confirme ici une forme oubliée de l’engagement politique et frontal. Depuis ses débuts au Goethe Institut de Ouagadougou, ses expos engagent et enragent devant ce désastre que l’on impose pour la normalité. Désastre humain, naufrage culturel, abîme de l’âme et la main, dans lequel nous plongeons au son de la musique étrangère. Loin de la capitale, il habite Dano, une petite ville dans le sud-ouest. Ses expos locales parlent de la réalité. Sam Dol aime les enfants, le kilométrage qui va au point d’eau, l’accès à l’électricité, aux récits dagara et dioula. Pierre Garel, avec lequel il partage le lieu d’exposition, évoque un type carrément indiscipliné, « qui vit dans une maison, aux murs placardés de slogans et de symboles de toutes sortes ». Une sorte de maison-œuvre. On dit qu’il fait des affiches très brutales, et en un seul exemplaire.

Pour en revenir à cette plaque, le jaune est très réussi et les badigeons aussi.

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« France-à-fric, insécure au secours ». Acrylique, bois et cuir sur tôle, 1, 20 x 1, 60m (2021). Exposition « Insecure », jusqu’au 28 octobre, galerie-atelier 11 arbres, Ouagadougou.
RC (ZO mag’)
Photo : Sam Dol

USA / Photographie / Mel D. Cole LIBERTE SANS CONDITION

Jusqu’ici, Med D. Cole était principalement connu pour ses images nocturnes et musicales. Un type très branché RnB qui fait des photos de Keany West, Jay Z ou 50 cent… En 2012, Complex magazine le pointe d’ailleurs N°4 de la photographie US nocturne, et des grandes marques (Heineken, Ethnies…) font appel à lui pour de la promo.

Changement radical d’angle, en 2020, au moment du meurtre de George Floyd. Cet événement majeur agit sur le photographe comme un électrochoc. Tout le restant de l’année, il va suivre les manifestations Black Lives Matter. Cole va ainsi couvrir le mouvement dans les rues de Washington et Richmond. Inspiré par le documentaire noir et blanc des années 1960, il cherche ainsi à produire « une mémoire collective « , comparable à celle du mouvement des droits civiques.

Dans le même esprit que les noir et blanc des années 60, pour la liberté des droits civiques.

« Photographier le mouvement Black Lives Matter a été le travail le plus important de toute ma vie. Cela signifiait pour moi d’informer le monde. Tout ce que je possède, c’est mon œil, c’est ma plateforme pour raconter les histoires »,

dit-il en introduction à ce livre, « American Protest » (Damiani édit.) qui rassemble ces derniers mois de travail. Il constitue un apport majeur, témoin bien au-delà de la seule violence, de ce sentiment de déni dont la communauté la plus fragile continue de souffrir.

Cette fois Mel D. est au plus près de la réalité. Et il réussit pourtant à capter ce que la situation peut provoquer d’ondes positives, de fraternité partagée. Black Lives Matter devient une occasion de retrouvailles, à l’image de cette fontaine nocturne où deux gaillards s’éclaboussent. Comme un air de vacances, de liberté retrouvée !

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Mel D. Cole : American Protest – Photographs 2020 – 2021. Texte, Blair Milbourne.
144 pages, 170 illustrations. Damiani Editore.
RC (ZO mag’) © Mel D. Cole – Courtesy Damiani