Iran / Zahra Zeinali / CE QUE LES MARIONNETTES DISENT, CE QUE LES PHOTOGRAPHIES RACONTENT

L’exil est une pièce sombre, au bout d’un couloir, en haut d’un escalier. On sait que c’est là derrière la porte. Il est impossible pour Zahra Zeinali d’ignorer cet endroit. La peinture est cette pièce où s’entreposent les meubles cassés, ce qu’il reste d’une enfance et d’une disparition. Des choses dans la clarté et d’autres qui souffrent de l’absence. Parce que la vie est ainsi faite. « 𝘐𝘭 𝘯’𝘺 𝘢 𝘱𝘢𝘴 𝘥𝘦 𝘱𝘢𝘳𝘢𝘥𝘪𝘴 𝘴𝘶𝘳 𝘵𝘦𝘳𝘳𝘦 », disait-elle à son arrivée en France, après le départ d’Iran. Comment peindre l’Iran que dans cette perte, et ce désordre du sentiment ? La peinture est à cette image, dans la proximité de ce qui est cassé et de ce que l’on peut encore dire et réparer.

Zahra Zeinali ouvre cette porte à répétition et ce n’est pas un monde merveilleux et innocent qu’elle devant ses yeux et sous son crayon. La couleur semble avoir du mal à s’extraire de ce chagrin. Jusqu’au jaune, dont il faut redouter l’éclat. Dans cette clarté (Intime, 2022, technique mixte), des ombres passent au crayon, des griffures de visages. Jamais le cauchemar ne s’éloigne, jusqu’à ce cheval sur lequel monte la petite fille (Rakhsh, acrylique sur toile, 2022), dans ce grenier halluciné. Ou encore ce lit d’enfant malade (Elle fermera ses yeux, acrylique, 2021), au-dessus duquel veillent les sorcières et les bestioles néfastes. Boites noires, photographies de la chute, la peinture de Zahra est dans cette bascule que rien n’arrête, pas même l’oubli.

Cette deuxième exposition de l’artiste iranienne pose donc la question de ce voisinage forcé, entre le tourment et l’innocence. Cette figure récurrente est celle de l’enfance dans ce chaos du sang et du sens. Les monstres sont des créatures quotidiennes, et la ville alentour un espace sorcier.

La peinture de Zahra est une réflexion sur les conséquences de la brutalité. Ces corps auxquels il manque un bras et qui saignent encore, ne sont pas des jouets amputés. Ils appartiennent à des vies qui n’ont pas pu aller à leur terme. Et chaque matin, elle remonte dans ce grenier, et chaque jour elle redit ce drame.

Roger Calmé
Photos : by courtesy Claire Corcia gallery (Paris)
Du 12 janvier au 6 mars 2023, Galerie Claire Corcia (Paris)

Repères :
Zahra Zeinali est née en 1975 à Téhéran (Iran).
Elle a étudié les Beaux-Arts à l’Université d’art et d’architecture de Téhéran (2001 à 2004). En 2007, elle suit une formation de photographie à la Maison de la photographie de Téhéran. En parallèle, elle enseigne les arts plastiques aux enfants.
En 2012, elle s’installe en France. Depuis 2020, elle a entamé une formation en photographie à l’Ecole EFET (Paris).

A lire aussi : https://zoes.fr/…/iran-peintures-zahra-zeinali-le…/

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