Algérie-France / photographie / Farida Hamak / CERNES DE MURS ET DE CIELS ETEINTS

Il faut effectuer des recherches, remonter des pistes poussiéreuses et au bord desquelles des hommes attendent, le doigt sur des gâchettes. Non, il ne s’agit pas d’une fiction, ou d’une forme de littérature. La Palestine est otage. A chaque carrefour, des meurtriers embusqués. Et entre nous, qu’ils soient frappés de l’étoile bleue ou du drapeau du Fatah, ça change quoi ? La Mort est là et elle mange des pâtisseries dans les rues de Jérusalem, elle va son chemin.

Un jour, les images de Farida Hamak me parviennent. Ce sont des photos du Mur. Je mets une majuscule à ce bloc de ciment, haut de cinq mètres, et qui interdit la mobilité, la circulation des denrées alimentaires, le pain et la connaissance aussi. Une barrière immense que le monarque a décidée et il s’appelle Benjamin Netanyahou.  C’est un mur considérable à l’image du Mexique, ou bien de la Chine. A l’image de notre solitude promise et qui sera sans appel. « La photographie est ce qui me permet de rester connectée à la vie », explique la photographe. Son art n’a d’autre raison que de documenter le monde qui l’entoure. « C’est comme ça que je peux raconter des histoires ». La vallée du Jourdain, le Liban, la Syrie ont tenu une place importante. De même que ses portraits « intérieurs », qui ont d’étranges parfums, presque orientalistes pour certains, marqués des appartenances et tribulations que le paysage porte en lui. Et puis il y a ce mur, d’une froideur assez terrifiante, en verticale, sans appel, un bloc de silence. La série s’intitule l’Impensable (2005)

Vallée du Jourdain, la terre d’entre, le désert le plus ancien, la mémoire nomade. Photos F. Hamak.

« Ces images réalisées à Beyrouth, Bethléem et en Jordanie font partie d’un travail plus vaste sur les traces de guerre au Moyen-Orient, ébauché dans les années 80 au Liban et en Syrie, puis en Irak, durant les années de conflit.
Une vingtaine d’années ont passé depuis mon premier voyage. Pourtant, les traces de guerre – quand ce n’est pas la guerre elle-même – semblent parfois définitivement inscrites dans les lieux. C’est à elles, ces traces, que je me suis attachée.
Même au cœur des conflits, j’ai toujours cherché à montrer à travers mes photographies, non pas la guerre, frontalement, mais son empreinte et les séquelles qu’elle engendre dans le quotidien de ceux qui y sont confrontés,
les cicatrices qu’elle laisse sur son sillage. Une guerre, vue de dos, à l’écart, en quelque sorte. »
Farida Hamak

Farida Hamak a photographié cette balafre verticale sur un ciel bleu. Elle sait que la terre palestinienne aura beaucoup de mal à y survivre en tant que terre plasticienne. C’est à dire, dans une forme remplie de sens, de larme, de colère muette, sur un ciel bleu, devant un béton blanc. Il n’y a plus d’eau en Palestine. C’est difficile de faire pousser des légumes ainsi.

RC (ZO mag’)
Photos :
© Farida Hamak

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Repères
Née en Algérie, Farida Hamak grandit en France où ses parents se sont établis en 1956. Elle retourne en Algérie (avec un boîtier) à la fin des années 70, une époque où elle travaille déjà pour l’agence Viva. A partir de 1982, elle est de nouveau freelance et couvre de multiples terrains au Proche Orient (Liban, Palestine, Syrie…)
Depuis cette époque, sa réflexion est à la fois celle d’une photojournaliste et d’une plasticienne.  

Expositions (Sélection) :
2022 : « Arts de l’islam – Un présent du passé » (collective)Rilleux-la-Pape (France) / Chapelle de la Buissière
2019 : « Border Line, au détour du Jourdain », Lyon / Galerie Regard Sud
2017 : Hicham Benohoud, Farida Hamak & Xenia Nikolskaya, Maison européenne de la photographie / 2e Biennale des photographes du monde arabe contemporain, Paris (France).
2016 : Paris : / AKAA Art Fair / Foire d’art contemporain et de design / Galerie Regard Sud .
            « Sur les traces », Lyon / Galerie Regard Sud, Lyon (France).
2014 /février 2015 :  « Mineurs, ici », Photographies de Farida Hamak, Saint-Étienne / Parc-Musée de la mine / (France).
2010 : « HomeLessHome », Jérusalem / Museum on the Seam, 4 Chel Handasa Street, Jérusalem.
            « Au détour du Jourdain, Centre culturel algérien, Paris.
2009 : « Au détour du Jourdain », Galerie Regard Sud, 1-3, rue des Pierres Plantées, 69001 Lyon.– 15 janvier – 5         « Femmes d’images », Centre Culturel français, Beyrouth (Liban).
2008 :  « Regards des photographes arabes contemporains », Musée national d’art moderne et contemporain d’Alger (Mama), Alger.
            L’Impensable, Centre d’Art Contemporain, M.A.M.A, Alger (Algérie).
            Ma mère, histoire d’Une immigration (vidéo), Galerie Regard Sud, Septembre de la Photographie, Lyon (France).
            Fragments d’Intimité, Centre culturel français, Le Caire, Egypte.
2007 : Au détour du Jourdain, Biennale de la photographie, Musée Quai Branly, Paris.
            Ma mère, histoire d’Une immigration (vidéo),20e Festival du film Saint-Paul-Trois-Châteaux.
            Au détour du Jourdain, Fondation Khalid Shoman, Darat al Funun, Amman, Jordanie.
            Ma mère, histoire d’Une immigration, Festival du Court-Métrage de Clermont Ferrand.
            Fragments d’intimité, Femmes d’Images, Musée Keireddine, Tunis (Tunisie).
2005 : Traces, Photographs from the Arab world – Aperture fondation, N.Y.(USA).
            Traces, Museum Foto Fest, Houston (USA).
            Nazar, IFA Gallery, Stuttgart (Allemagne).
2004 : Traces, Le Pont Gallery, Alep (Syrie).
            Traces, Festival international Noorderlicht (Hollande).

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