Maroc / photographie-cinéma / Ziad Naitaddi / CE QUI ETAIT DANS LA PREMIERE IMAGE

Misère de l’ignorance. Il y a quelques heures encore, le nom de Ziad Naitaddi (m’) était inconnu. Et puis en parcourant comme chaque jour des kilomètres d’écran, de poussières lumineuses et disparates, (m’) apparaît le nom de ce « jeune » photographe marocain. Le bonheur tient parfois à d’infimes articulations. En cet instant d’hiver, l’alphabet me préoccupe. D’où vient l’image première ? Celle qui aide à la construction ? Comment par cet alphabet visuel, on en vient à suivre un fil et une histoire, retrouver un possible scénario ? Est-ce que l’histoire précède le mot ? Est-ce que je retrouverai les lettres initiales, quand j’avais 18 ans, mon Olympus OM1 à la main? Où est cette image et cette brume qui rendait incertaine la coque immense du bateau ?

Il est ici question de Ziad Naitaddi, et lui dire « mon ami » n’est en aucune façon une familiarité. Le Maghreb nous unit, nous fonde et nous confond. Dans une interview qu’il donne à « Afrique in Visu », il en vient justement à l’histoire et à ces subterfuges lumineux que peuvent offrir « les compositions décoratives ». Il évoque avec une grande délicatesse l’importance du brouillard, la nécessité de l’éloignement dans l’amour, il parle de Tarkovski (Russie) et de Ozu (Japon). Et chaque fois, la photographie entre dans ce dialogue par des mots qui sont l’essence même de la littérature. Alphabets identiques, fondus dans des matériaux fraternels. Un récit en mouvement, sur lequel on revient, s’attarder, se réveiller, s’émerveiller, pour être sûr d’avoir bien compris. Comme il le dit lui-même, quand Monica Viti s’éloigne, de sentir que les larmes participent à la clarté de la scène.

A un instant, Ziad rappelle cette petite phrase de Bresson sur le temps et le cinéma. Il y a un  moment où le film se substitue à la valeur de chacune des images constitutives. « Quand on voit un film avec ses 24 images-seconde, ajoute-t-il, qui donnent à la fin, une émotion, un état d’âme, un regard sur l’existence humaine, je pense qu’une photographie doit être pareil, cette déambulation dans plusieurs compositions décoratives, humaines et atmosphériques dans un cadre qui nous fait sortir à la fin avec un état d’âme, une émotion et une vision sur l’existence humaine. Il se peut que des gens pensent que mes photos ressemblent à des plans de films mais non, l’influence du cinéma sur mon travail est plutôt du narratif, de l’invisible, de creuser dans l’âme humaine. Le cinéma s’applique invisiblement à ma pratique photographique. »

L’alphabet, les particules élémentaires, la capacité de sonoriser la couleur, de fluidifier le bronze, la merveilleuse possibilité de revenir à l’élément qui est avant même le commencement.

« En effet ma relation avec le cinéma c’est cette identification humaine à l’autre et cette réflexion sur l’intérieur humain. C’est surtout grâce à Uzak, qui a reflété mes parts sombres, en mon âme, que je pensais être le seul à les sentir, mais en les découvrant chez Ceylan, ça n’est plus que moi ou Ceylan, mais c’est quelque chose d’universel. » Z Naitaddi

Roger Calmé (ZO mag’)
Remerciements à Afrique in Visu.
Ce texte s’adresse aussi avec amitié au peintre Omar Mahfoudi
Photos DR

A lire : Les identités géo-émotionelles, Interview de Ziad Naitaddi – Afrique In Visu

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