Algérie / jeune photographie / L’HISTOIRE EN IMAGES

Depuis la guerre d’indépendance, l’image joue un rôle important dans le rapport social autant que politique. Que peut-on montrer ? Que doit-on regarder ? Une notion évidente de pouvoir se mêle intimement au cliché limité privé (mariage) et à l’image du studio, ou à l’inverse aux médias et à leur utilisation politique.

Les années 90 et le déchirement que le pays a  traversé ont rendu cette proximité plus ténébreuse encore. C’est dire l’importance que pouvait avoir en 2017, l’exposition algéroise au Musée d’art moderne. Ce vaste bâtiment expose alors une vingtaine de photographes et quelques 200 clichés qui abordent le quotidien. Certains d’entre eux, comme Youcef Krache, Ramzy Bensaadi ou Fethi Sahraoui sont connus. Ces photographes bravent l’interdit, écrivait-on dans le Monde Afrique. « Sortir un appareil, c’est souvent finir interrogé par un policier. Même si ça s’arrange ces derniers temps. Et puis, surtout, quand tu fais de la photo, personne de l’Etat ne va venir t’aider. » Les expositions disposent encore de moyens très limités. Et pourtant l’attente est forte et le besoin de « regarder-témoigner-retrouver » une réelle nécessité.

Directrice du Musée, Nadira Laggoune-Aklouche l’analysait ainsi : « Le rapport à l’image reste quelque peu ambigu, l’image de soi restant tributaire des conventions sociales avec les limites que celles-ci supposent. » Les réactions seront très diverses, déception et enthousiasme mélangés, mais témoigneront surtout de cette complexité du rapport et du besoin. C’était il y a cinq ans, c’était hier et les problématiques se posent toujours. Mais elles se disent et surtout elles produisent de l’image. Le collectif 220 a été créé dans cette optique. Comme l’explique Youssef Krache : « Notre objectif est de raconter des histoires à notre manière, comme nous le souhaitons », explique Youcef Krache. Sans le carcan officiel, mais en s’émancipant aussi du regard européen.  

Sofiane Zouggar, « Sans titre 3 ». « Notre objectif est de raconter des histoires à notre manière, comme nous le souhaitons », explique Youcef Krache.

Les images de Fethi Sahraoui sur la proximité des stades de foot s’inscrit dans cette recherche. Celles que Salhi Sihem a produit sur la prière tiennent d’une même nécessité.  Ou encore le travail assez mystérieux de  Debba Ahmed Badreddine qui met en scène son mystérieux personnage « moul el djellaba », l’homme à la djellaba. Jamais on ne voit son visage. Et pourtant il traverse l’histoire, à l’image de ces millions d’Algériens anonymes, que personne ne jugeait utile de photographier, et qui font le présent récit.

« L’expérience de la photographie ne cesse de se réinventer et elle prend vie, à la fois dans les lieux physiques du territoire, dans ceux des diasporas et dans les imaginaires. Ce qui émerge est une variété iconographique riche et multiple dont l’analyse théorique n’est pas encore suffisamment développée, »  écrit dans son ouvrage Rim Khene (*). « Si la tradition photographique algérienne s’est souvent trouvée au centre d’enjeux politico-historiques, quel rôle la photographie joue-t-elle aujourd’hui pour déplacer les regards ? ». Le regard doit-il être donné, peut-il encore être pris et confisqué ? De quelles libertés nous jouissons au moment de se mettre devant et derrière l’objectif ?

Roger Calmé (ZO mag)
©Images du Musée d’Art Moderne et Contemporain d’Alger
Photographie de Sofiane Zouggar, « Sans titre 3 ».

(*) Photographie algérienne : de la genèse à la représentation.

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