Iran / Photographie / Mahdiyeh Afshar Bakeshloo / L’ECUMOIRE EST-ELLE AUTORISEE PAR LE CORAN ?

Il serait facile de penser que Afshar Bakeshloo, jeune photographe iranienne, traite de la servitude des femmes. Pourtant tout le laisse à croire. Superbes noirs et blancs. Des visages cachés par une écumoire, un regard que dérobent deux cuillères à soupe, des piles d’assiettes dictatoriales: on pense immanquablement l’image de Shadi Ghadirian où la femme disparaissait derrière un fer à repasser. Ces objets familiers qui nous asservissent si bien et ne laissent plus rien de notre identité. Facile. Et quand vous demandez à la photographe iranienne si ce combat est une priorité (en Iran ?), elle vous répondra très poliment que c’est votre façon de voir. Il ne faut pas hésiter à dire ce que l’on ressent. Ce travail est là pour ça.

« Chacun de mes projets explique des sentiments humains tels que la tristesse, la solitude, la confusion. J’essaie de faire en sorte que les spectateurs trouvent leur sentiment caché dans mes photos,  » explique-t-elle sur son site. Si bien que cette première lecture peut s’enrichir de multiples façons. Pourquoi l’objet cache-t-il le visage ? D’une certaine façon, en nous imposant la vue de l’écumoire, cette image laisse à penser que l’ustensile de cuisine serait plus intéressant que le regard de la personne. Et pourquoi donc?

« L’homme contemporain est une de mes préoccupations mentales. Sa vérité intérieure, qui communique avec la vérité extérieure du monde à travers son corps, et place ce qui est dans son corps parmi les objets inanimés,  » dit-elle un peu plus loin. La réponse pourrait être pour partie dans ces lignes. Le mot « contemporain » renvoie à un type de société où l’objet tient une fonction centrale. La femme de Mahdiyeh Afshar Bakeshloo est à l’image des ménagères américaines des années cinquante. Elles sont blondes, elles poussent un aspirateur de marque H. On ne voit que l’aspirateur. Le désir grimpe en flèche. Il ne se porte pas sur la charmante ménagère, mais sur son merveilleux engin électrique.

Vous en déduirez ce que vous voudrez. Les images d’Afsar sont d’une maîtrise totale. Il y a dans celles que proposait l’Oeil de la photographie (*), une pile d’assiettes derrière laquelle disparaît la ménagère brune et voilée. Zut, il n’y a aucune réclame pour un liquide vaisselle, concentré et à base de végétaux. Cela dit, on n’est pas sûr que la personne cachée par les assiettes soit une femme (sourire). Peut-être cet homme que l’on voit ailleurs, sur d’autres images, englouti par les objets cannibales, dont aucun livre pieux ne fait référence.

Roger Calmé (ZO mag’)
Photos: Mahdiyeh Afshar Bakeshloo
http://mahdiyehafshar.com
(*) https://loeildelaphotographie.com/fr/mahdiyeh-afshar-bakeshloo/

Repères:
Mahdiyeh Afshar Bakeshloo (persan : مهدیه افشار بکشلو ) est née en 1995 à Téhéran (Iran). Elle a suivi ses études en Iran et travaille aujourd’hui à Téhéran.

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