Algérie / photographie / Liasmine Fodil / CENT IMAGES ET CENT MOTS

Si vous lui demandez la place que tient la photographie dans le paysage algérien, et s’il est difficile d’être une photographe, Liasmine Fodil vous répondra que la photo commence à exister. Par ce terme, elle entend la possibilité d’aborder des thèmes de société, des choses qui ont trait à la ville, à l’éducation, à la possibilité de liberté pour une femme de se déplacer et de prendre un appareil photo. « Les hommes ont sans doute des difficultés très comparables aux nôtres, par exemple de photographier dans la rue sans autorisation, la peur de se faire voler son appareil photo ou la peur qu’ont les gens des appareils photos… Ensuite la difficulté est plus celle liée au fait d’être une femme. » Alors Liasmine Fodil a pris son courage à deux mains, et son boitier aussi. En 2015, elle commence à prendre des images et de conduire une réflexion sur celles-ci.

Pendant longtemps, l’idée photographique se limitait dans l’esprit des gens au portrait d’identité et à la photo de mariage. C’est en train de changer, dit-elle. Et le fait que les photographes s’approprient d’autres lieux et d’autres situations y a beaucoup contribué. Parmi les séries qu’elle a conduites depuis 2015, Liasmine explore ainsi des territoires particuliers, à l’image de ce travail à propos de sa grand-mère. Parmi ces images fortes, celle d’une jeune femme assise sur un canapé. A côté d’elle une robe est soigneusement posée. C’est une belle robe, qu’on imagine pour une fête. Un esprit de lumière, un reflet dansant s’en échappe. Nos vies en ont besoin, semble dire sa petite fille, née dans cette même Kabylie, et qui la photographie en permanence.

Des villes, des chantiers, la mémoire et ce qui se construit sur sa recouvrance.

Si elle prend au départ des images très différentes, pour ainsi dire de ramasser des petits cailloux sur le chemin, le discours s’est ensuite précisé. En autre, le portrait tient une place importante. Parce qu’il suggère cette proximité sociale. La photographie algérienne garde cette volonté d’identification forte. Mais Liasmine semble rechercher la part de l’ombre. Ces figures sont celles de la fin de la journée, au terme de la vie et du travail, dans cette dislocation possible des traits. Ce sont des portraits d’amitié et d’amour en peine, dans la difficulté de dire.

Ce dernier mot revêt une grande importance. A ses yeux, la photographe est tout entière dans l’échange. Entre le sujet et celui qui le photographie, entre elle et ceux qui veulent voir, comprendre ou apprendre: la création de Tilawin (2020), projet de mentorat par des femmes photographes pour des femmes photographes, s’inscrit dans cette volonté. Ça se passe à Tizi Ouzou, et au travers d’ateliers dans toute l’Algérie. Des lieux où l’on échange, où l’on construit des images, dans lesquels les volontés se déchiffrent et se délivrent. Totalement contemporaine et populaire, la photographie a besoin de ce rapport. Liasmine évoque dans un même temps, l’apparition (encore rare) d’espaces d’exposition, où l’on pourra voir ce à quoi l’Algérie, vue par des Algériens, a pu ressembler et rassembler. Les documents existent. Elle parle de la nécessité d’une édition qui ouvre ces tiroirs. Le silence n’est plus obligé. La lumière entre dans la chambre noire.

« Mon premier véritable travail d’auteur est une série qui parle de ma grand-mère, mais aussi de moi-même. Dans ce travail je questionne le bonheur des femmes (et notamment des femmes kabyles). Je suis retournée dans la maison où elle a vécu la majeure partie de sa vie. J’ai cherché des réponses à toutes les questions que je n’ai jamais osé lui poser sur son bonheur et sa condition de femme non instruite qui ne sortait que très rarement. » Liasmine Fodil

Roger Calmé (ZO mag’)
Photos Liasmine Fodil

A lire: https://www.afriqueinvisu.org/tilawin-interview-de-liasmine-fodil/
Son site: https://liasminefodil.wixsite.com/monsite

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Repères:
Liasmine Fodil est née en 1988, à Tizi Ouzou et vit en Algérie.
Elle a suivi des cours de marketing, avant de s’orienter en 2015 vers la photographie. Liasmine Fodil suit alors plusieurs formations (Studio 21) et se partage entre son travail personnel et l’organisation d’ateliers pour les jeunes photographes.

Ateliers et expositions:
2022: Nominée par la Magnum Foundation pour  « counter histories », New York, USA.
2021: Formatrice résidence photo « Regards croisés Bou Saada » organisée par l’Union européenne en Algérie.
     Coordinatrice et mentor à Tilawin project
2021: Formation avec Reza Deghati
2020: Création de Tilawin project.
     ​Animatrice d’ateliers de photographie (en ligne et présentiel) pour débutants.
     Exposition à l’Institut Français d’Oran, « A la recherche d’une âme perdue »
2019: Atelier de photographie Gregory dargent, Alger.
     Participation à la rencontre des femmes reporters, Hiya Tahki, Tunis.
     Participation à la formation Iltizem  à propos des droits culturels et artistiques, Laghouat.
     Exposition collective de Rue à Tizi-Ouzou.
2017: Exposition collective IKBAL/ARRIVEES à Alger, Paris et Marseille 
2016: Exposition  série « Chrysalide », université de Manchester, Angleterre.
2015: Prix spécial du jury Concours du colloque international « Women, empowerment and citizenship » à Mostaganem.
     Série Chrysalide, université de Mostaganem, Algérie.
     3ème Prix du concours Khalf Essoura.
Entre 2011 et 2014, trois expositions collectives avec l’école studio 21 (Algérie, Espagne, Hollande…)
2013: Major de promotion, école Studio 21.

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