USA / Plasticienne multimédias / Martine Syms » / MA SEULE IDOLE EST LA REALITE ! »

Une microseconde, l’idée vous vient qu’elle aurait vivre à Kinshasa dans une maison qui serait comme la lune, parce qu’elle adore les choses qui ont trait à la space dimension, et qu’en même temps cette fille, qui s’appelle Martine Syms est une créature tout à fait réelle. En 2007, alors qu’elle met en vidéo son premier film, elle le dit sans ambiguïté. « Ma seule idole est la réalité ». Pour elle, rien n’est plus réel que la folie de L.A (Los Angeles) et ses larmes, et son corps souffrant, et le vent du désert qui fait grincer les platines du DJ.

Dans son travail la réalité est une chose complexe et permanente qui nécessite de mettre en œuvre des médiums pluriels. Pour rappel, Martine a commencé de travailler dans l’édition papier, compilant les textes et les images de la vibrante cité et de ses populations mutantes. L.A a été depuis le départ son laboratoire où confronter toutes les histoires qui l’habitent. Elles sont nombreuses et couvrent aussi bien la plantation des esclaves que le prochain départ de la navette Challenger, peinte en noir, « parce que je suis de cette couleur et que ça m’intéresse de savoir ce qui se passe avec cette peau. ». Et dans ce dialogue intertemporel autant qu’interculturel, l’image s’est très vite animée. Moteur !

L’une des meilleures décisions que l’on puisse prendre: arrêter de souffrir.

« Je travaille avec des images en mouvement car cela me permet de courber l’espace-temps. La(les) traite(s) négrière(s) transatlantique(s) et la grande migration influencent encore mon quotidien, » disait-elle dans une interview au Time de Los Angeles, l’an passé. Elle est persuadée que le cinéma est une sorte de disque dur de notre vie d’insectes amnésiques (?). Un philosophe (Gorgio Agamben) le désigne, cite-t-elle, « comme le contenant des mouvements, des gestes que nous avons perdus tout en gagnant en modernité. » C’est de cette matière que Martine démarre, avant de plonger dans la modernité ambiante, de tordre et de déformer la perception, sans que rien ne se perde ou s’effiloche.

Parmi ses réalisations marquantes, le geste d’origine, dont elle a fait son installation emblématique, « Borrowed Lady » (2016), sera visible à New York dans sa dernière expo, « Grio Collège », présentée au Hessel museum of art. Au travers des œuvres, la plasticienne aborde encore ce thème de la mutation. Cette transformation progressive de nos corps et de nos âmes, dans le bombardement de l’expérience et la confrontation permanente à la violence et à la mort (couic !) l’interroge particulièrement.

Ce que le temps arrête, le film le conserve, en mouvement, en mémoire, en instance de réalisation.

« Quoi qu’il advienne, « JPEG » ou « GIF » ont des conséquences sur mon corps. C’est ce qu’on appelle la compression. L’image fait désormais partie de notre chair. », affirme l’artiste. De cet implant, elle fait un usage permanent. Téléphones portables, écrans allumés en continu, enregistrements simultanés, dans une végétale couverture de pixels et de câbles arborescents, elle progresse à grands coups de machette virtuelle, elle sauve sa peau, elle succombe à ses blessures et elle renaît au cœur de la machine, avatar souriant, avec des dreads (blonds ou noirs) super convaincants.

Cette fille aimerait Kinshasa, parce que c’est l’envers de LA, mais que la réflexion est trempée dans un liquide matriciel comparable. A tout instant, des navettes décollent et des filles en combinaisons d’argent surfent sur la bande son, la bande image et le fleuve cosmique, mais tellement réel. Ma seule idole !  

« J’aime le bruit. J’ai besoin de distorsion. Donnez-moi des artefacts. J’aime un bourdonnement bas. En pratique, mon studio ressemble à une boutique eBay avec des caméras, des moniteurs, des scanners, des micros, des échantillonneurs, des pédales et des câbles partout. » Martine Syms (Philip Cheung / le Times)

Martine Syms: Grio College, du 25 juin au 27 nov. 2022, Hessel Museum of Art, New York (USA).
Roger Calmé (ZO mag’)
Photos: DR et Martine Syms

Repères:
Martine Syms est née en 1988. Elle a fait ses études à l’École de l’Institut d’art de Chicago. Elle est détentrice d’une maîtrise en beaux-arts au Bard Collège (2017).
Elle a été conférencière à la Yale University, SXSW, California Institute of the Arts, Université de Chicago, Université Johns-Hopkins, et au MoMA .
Elle vit et travaille à Los Angeles.

Expositions
2011: Golden Age: Reference Work. MCA de Chicago (USA).
2014: The Queen’s English. Armory Center for the Arts, California.
2015: Vertical Elevated Oblique à Bridget Donahue, New York.
2015: Art on the Move. Nite Life. Locust Projects. Miami.
2015: Martine Syms exhibition à White Flag Projects Gallery. Saint Louis, Missouri.
2016: Black Box à Human Ressources Gallery. Los Angeles.
     Autobiography à Index Foundation, Stockholm.
     Fact & Trouble à Institute of Contemporary Arts, Londres (GB).
2016: Com-port-ment. Karma International, Beverly Hills, Californie.
     Hammer’s biennal au Musée Hammer, Los Angeles.
2017: The Easy Demands. Bridget Donahue presents Martine Syms hosted by Sadie Coles HQ. Londres.
2018: Grand Calme au Sadie Coles HQ. Londres.
     Big Surprise. Bridget Donahue, New York.
     Lessons-I- CLXXX. Museu de Arte Contemporânea de Serralves. Porto (Portugal).
     Incense Sweaters & Ice. Graham Foundation, Chicago.
2019: Boon, Secession, Vienne, (Ausriche).
     Shame Space, Institute of Contemporary Art at Virginia Commonwealth University, Richmond VA (USA).
2020: Ugly Plymouths, Sadie Coles HQ off-site, Londres.
     New Media Series, SLAM | Saint Louis Art Museum, St. Louis (USA).
     Ugly Plymouths, Los Angeles CA, USA.
2021: She Mad: Season One, Bergen Kunsthall, Bergen, (Norvège).
     Neural Swamp, Fondazione Sandretto Re Rebaudengo, Turin (Italie).
     Loot Sweets, Bridget Donahue Gallery, New York (USA).
     Aphrodite’s Beasts, Fridericianum, Kassel (Allemagne).
     SHE MAD S1:E4, Tramway, Glasgow (Ecosse).
     HOMEWORK #8, Sadie Coles HQ online.
     SOFT, Sadie Coles HQ, Londres.
2022: SHE MAD S1:E4, MCA Museum of Contemporary Art, Chicago (USA) (itinérante)

Films:
2007: My Only Idol is Reality, Martine Syms.
2014: Small New Films, REDCAT. Los Angeles CA, USA.
     Memory Palace, Martine Syms & Kahlil Joseph. Gene Siskel Film Center, Chicago IL, USA.
2015: From Mouth to Hand, Martine Syms
     A Pilot For A Show About Nowhere
2017: Encense, Sweater. and Ice.
2022: The African Desperate

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