Haïti-France / plasticienne / Barbara d’Antuono / SE LEVENT TROIS FOURMIS ET DEUX CISEAUX

Le voyage est une nourriture importante. Quand le soleil se couche, ailleurs une lune se lève, qui parle forcément un autre langage. Le voyage est vaudou, il est curieux, il a des mains-pinceaux et des yeux-ouvre-boîtes. Barbara d’Antuono a découvert dans les années 80 cette fonction mobile que le corps doit entretenir, pour survivre aux saisons humaines. Elle arrive en Haïti en 1982, dans la famille des loas, des tambours-serpents et de la pluie rousse. Dans l’atelier du peintre haïtien Ronald Mevs, la jeune femme s’initie à retranscrire cette cartographie de la chair et du songe. Il faut bien que les deux se rencontrent et que l’infraction se fasse. Ça y est, elle est dedans et dehors, et le vent gémit sa cantate dans les fourches de l’arbre.

Les évènements de 1986 (coup d’état) l’ont forcée à regagner la France, mais le dialogue ne s’interrompt pas. Jamais elle n’en perd le fil, au sens le plus exact, dans cette broderie fantasque qui raconte l’invisible. Elle le dit elle-même, « Je ne sais plus si c’est moi qui tire les ficelles ou elles qui mènent la danse. Elles racontent des voyages sans retour, elles parlent de contrées lointaines, de ce qui nous unit et ce qui nous sépare, de nos démons et de nos dieux, de nos peines, et d’autres rivages possibles. »  L’histoire est une rivière, dont elle remonte (ou l’inverse) le fil. Un chemin d’ariane, possible (ou l’inverse) entre l’ici et le peut-être. Parfois l’humain disparaît et l’artiste plonge dans la matière même, le bain originel. Puis il revient, en grand nombre, comme un lexique de tout. C’est beaucoup de choses, et pour cette raison, Barbara d’Antuono ne cesse jamais de coudre.

Qu’il soit minimaliste, qu’il déborde de fièvres innocentes, qu’il relève de la mort, à peine sorti du Linceul, qu’il vienne à la vie, vagissant par-dessus la bassine, ce graphisme est un(e) enfant d’Haïti. Il est un signe qui apparaît, et qui dit cette appartenance. On ne fait pas du dessin dans l’île pour conquérir le monde, ce serait totalement absurde. On dessine pour dire le déplacement, le voyage de la nuit et de la vie, en somme de ne pas oublier l’envers, l’endroit et la possible rencontre. C’est au fond de la terre et au fond du cœur. Et toute sa vie, on ne fait rien d’autre. Barbara d’Antuono fait ce choix.

L’an passé, « les Esprits vagabonds » avaient ouvert une partie du récit. Dans un graphisme minimaliste, à l’image des inventaires dada, elle posait sur le tissu la multitude innombrable, dont le chiffre ne se termine pas. Aujourd’hui, ses « Créatures des terres minées » semblent relater, avec beaucoup d’attention, une mutation, la transformation d’un corps, venu et reparti, chargé d’intentions et de souvenirs, un corps-véhicule qui va entre… Son aiguille referme le silence aussi bien que la couleur, son aiguille achève le mot, dans la profondeur du non-dit !

« L’actualité brutale et cynique est entrée en collision avec mes propres inquiétudes. D’étranges créatures facétieuses et préoccupantes assiègent mon esprit. Elles semblent déterminées. Je les laisse guider mes gestes, mécanique au rythme répétitif, hypnotique, cadencé… » Barbara d’Antuono

 » Créatures des terres minées « , Barbara d’Antuono, du 2 juin au 13 juillet 2022, galerie Claire Corcia, Paris.
https://galerieclairecorcia.com/artistes/barbara-dantuono/
Barbara d’Antuono – Barbara d’Antuono (barbaradantuono.fr)

Roger Calmé (ZO mag’)
photos: by courtesy galerie Claire Corcia.

Repères :
Barbara D’Antuono est née en 1961, à Varese. Dans les années 80, la jeune femme voyage au travers des Antilles. Elle séjourne notamment de 1982 à 1986 en Haïti. Durant ce séjour, se révèlent à la fois le contexte spirituel et la création artistique, auprès de Ronald Mevs.
Rentrée en France, elle développe sa propre technique alliant sculpture, peinture, graphisme, couture, poésie et musique. Expose depuis 1995.

Expositions (sélection)

2022: Créatures des terres minées – œuvres récentes – Galerie Claire Corcia – Paris – en partenariat avec L’œil de la femme à barbe – Semi individuelle
2021: Esprits Vagabonds – Rétrospective pour la sortie du livre – « L’œil de la femme à barbe »,galerie Claire Corcia, Paris
2019: Out Sider Art III, Galerie Claire Corcia , en partenariat avec L’œil de la femme à barbe.
Biennale Internationale d’Arts Textiles – Haacht – BE.
Empreintes textiles – Collectif Fiber Art Fever! – Centre culturel André Malraux – Agen (France).
2017: Les démons au bout du fil – Galerie des Art Ménagés – Paris.
2016: Univers imperceptibles et univers amovibles – Galerie 3F – Paris.
2015: Univers Amovibles – Galerie Monod – Paris.
Arts Textiles – Galerie N°1 – Paris.
2014: Exposition rétrospective Université de Rouen – Rouen (France).
L’œil de la femme à Barbe – Paris.
2013: Festival d’Art Singulier – Art en Seine – Saint Aubin Les Elbeuf (France).
2013: Galerie l’Art de Rien – Paris.
2012: La cité des esprits vagabonds – Galerie Chez Robert Électron Libre– Paris.
2011: Chapelle du Collège de Carpentras – Carpentras (France).
2010: Les Songes funambules – Observatoire au BHV – Commissaire Olivia Ruiz – Paris.
Icônes – Galerie l’Art de Rien – Paris.
2009: La règle du Je – Galerie l’Art de Rien – Paris.
2008: Mémoires de l’avenir – Carnets de voyages – Cité Internationale des Arts – Paris..
2007: Salon Art Pluriel – Rueil-Malmaison (France).
28ème salon d’art contemporain – Viroflay (France)
2006: Doll’s Art – Galerie l’Art de Rien – Paris.
2005: Sculptures, tableaux et objets – Galerie Art’s Factory – Paris.

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