Namibie-Angola / Memoria MuCat / Plasticienne / Tuli Mekondjo /QUI DIT LA FEMME, QUI DIT LA TERRE

Un jour les anciens ne racontent plus. Leurs mains cessent de tisser ou de pétrir la terre, leurs pas disparaissent, les chemins s’effacent. De la même façon, l’exil procède. Il accélère cette amnésie chez ceux qui partent, chassés par la guerre, la pauvreté, l’exclusion politique ou encore l’illusion. La Namibie y est confrontée, comme quantité de ses voisins longtemps soumis à l’occupation sud-africaine, et pas seulement. Tuli Mekondjo est une enfant de cette époque. Née dans un camp de réfugiés, en Angola, déplacée de lieu en lieu, loin d’elle-même et de la terre qui l’habite.

Depuis ses premières expositions en 2016, elle travaille à cette recouvrance. Les déplacements forcés depuis son enfance, la poussent à reconstruire et reprendre le fil d’une histoire dont elle a été privée par ce déchirement politique. Son travail revient donc aux couleurs initiales qui sont ceux du tissage, de la poterie, et même l’aliment premier, la graine initiale, le mahangu, qui remplit les assiettes. De ces textures, elle reconstruit une émotion, un réseau social, un abri protecteur sous lequel la femme tient une place respectable et fondamentale.

Dans un entretien au moment de l’exposition du FRAC Aquitaine (2021), Tuli Mekondjo évoque cette époque ancienne, de rites et de conquête identitaire. Elle parle alors de certaines cérémonies, comme l’Ohango, qui marquait le passage des jeunes filles à l’âge adulte. Pour cela, et d’autres recherches liées à l’histoire, elle travaille étroitement avec les archives nationales. Dans ce lieu, dit-elle, beaucoup de choses sont disponibles. « Mais personne n’utilise ces images. Elles sont juste là. Je me demande alors : « Comment (les) prendre et en faire quelque chose, un objet artistique(…). » et de la même manière, elle collecte les informations sur l’époque coloniale qui la fascine, sur cette machine déterminée à effacer. Vêtements, danses, coiffures, sont des traceurs de civilisation et d’indispensables liens à ce qui vous précède, et sans lequel, commence la chute.    

« Sur une toile vierge, dit-elle, j’ai toujours un point de couture quelque part. Qu’il soit horizontal ou vertical, ce point est toujours là. Il représente la colonne vertébrale de la femme. Dès que j’ai terminé ce point, je mets le mahangu. C’est la nourriture de base du peuple Owambo. » Ainsi fonctionnent les grandes toiles fauves, visibles à Abidjan, qui procèdent de la mémoire et du geste. Sur ce tissage, l’histoire est écrite, qui dit la femme, qui dit la terre.

« J’ai une idée, alors je commence à travailler sur des pièces expérimentales pour la tester. Je suis très pratique ; j’aime expérimenter. J’apprends en avançant. Et dans le processus, je fais des erreurs, j’ai des heureux accidents, des révélations, et c’est alors que je découvre des moyens intéressants d’y parvenir. » Tuli Mekondjo

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Le travail de Tuli Mekondjo est actuellement visible à Memoria-MuCat: récits d’une autre Histoire, du 7 avril au 21 août, au MuCat d’Abidjan.
Accueil | MuCAT (Musée des Cultures Contemporaines Adama Toungara)
Roger Calmé (ZO mag’)
Photos : by courtesy MuCat et © Tuli Mekondjo

Repères
Tuli Mekondjo (Namibienne) est née en 1982 en exil en Angola, dans un camp de réfugiés. Au travers des archives photographiques, elle explore cette question de la perte et de l’effacement des pratiques culturelles.  

Expositions (sélection):
2022: Memoria-MuCat, Abidjan (Côte d’Ivoire).
2021: Frac Nouvelle Aquitaine, MÉCA, France.
2020: 1:54 Contemporary African Art Fair, galerie Guns & Rain, Londres (GB).
    “The Borders of Memory” with Helena Uambembe, The Project Room, Namibie.
     ARCO Lisboa, Portugal, Online
     Investec Cape Town Art Fair, with Guns & Rain (Afrique du sud).
2019: Solo Exhibition, The Project Room, Namibie.
     1:54 Contemporary African Art Fair, Guns & Rain, Londres.
     “Suffrage”, Women’s Group Show, Guns & Rain, Johannesburg (Afrique du sud).
     NJE Collective, Investec Cape Town Art Fair, Cape Town (Afrique du sud).
2018: NJE Collective, Group Show, FNB Joburg Art Fair, Johannesburg.
2016: Collective at the Art Market, Group Show,  Budapest (Hongrie).
     “The Bellowing Mind”, Franco-Namibian Cultural Centre,Namibie.

Collections:
Fondation Blachère, (Apt, France).
Ilham Gallery (Malaysie)
University of South Africa (UNISA)
ARAK Collection, Qatar.

A lire: interview avec Elize van Huyssteen (Africa South Art Iniative)
https://asai.co.za/a-conversation-with-tuli-mekondjo/
A écouter : Tous mécènes de Tuli Mekondjo ! – Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA (fracnouvelleaquitaine-meca.fr)

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