Bénin / Sculpture-peinture / Dominique Zinkpè / CINQ TOILES ET UNE PIROGUE

Dans une pièce vivement éclairée, cinq toiles attendent. Leur stade d’avancement laisse supposer qu’elles sont réalisées dans le même temps. Tout comme cette barque, dont les éléments reposent contre les murs. Dominique Zinkpè passe ainsi de l’une aux autres. Le poste de radio diffuse de la musique. Il y a des bouteilles remplies de liquides colorés sur les étagères, des bombes de peintures, des pots d’acrylique, et des milliers de fétiches en bois, dans l’attente de l’embarquement.

Pendant les quatre mois qu’il passe à la fondation Montresso (Marrakech), Dominique Zinkpé croise ainsi les propos. C’est une proposition que lui a fait la fondation, de mettre en chantier simultané des peintures et de « naviguer  » dans la création, de façon « nomade », dans la curiosité que cette interférence peut nourrir. Zinkpé est un artiste qui réfléchit sur la mobilité. Elle se traduit de quantité de manières. La migration en fait partie, la circulation entre les cultures aussi, et c’est bien de cela qu’il est ici question.

Des peintures qui disent le vocabulaire mélangé, nécessaire et parodique.

L’artiste béninois est venu au Maroc avec Marcel Nangbé qui l’aide à assembler ces pirogues singulières. Elles sont de très grande taille et associent au bois de la construction d’innombrables fétiches ramenés du Bénin. La sculpture va naître ici d’autres sculptures, réalisées par des artisans, et qui racontent une histoire ancienne, liée au passage. Interférence et complémentarité. L’œuvre est à la croisée. Elle s’attache à l’origine et elle flotte ainsi sur cet immense fleuve du temps, pour parvenir à une expression contemporaine. « Je ne suis pas sûr qu’il existe une âme africaine. Je raconte plutôt des histoires de l’humanité », disait-il au moment d’une exposition en 2019. L’humanité face au refus du pluriel mais dans lequel il lui faut bien se reconnaître.

Quand il travaille cette barque, Zinkpè rappelle les « paysages » qu’il a pu traverser. « J’ai grandi, dit-il, dans une famille catholique, très croyante, et j’étais même enfant de chœur. Bon, on pouvait faire semblant que le reste n’existait pas, il était pourtant là. Je me souviens que j’ai toujours été intrigué par les tam-tams. On entendait le bruit la nuit, et j’ignorais alors ce que c’était. Après, j’ai voulu comprendre. Mon âme animiste qui venait frapper à ma porte. Et puis tout s’est bien mélangé. Comme je ne pouvais pas prendre des photos des cérémonies, je dessinais pour capter l’invisible. Mes premiers carnets étaient tous consacrés à cette âme. »

C’est une barque très utile pour franchir le fleuve, aller ainsi d’une berge à l’autre et porter la nourriture.

Les carnets ont été perdus, achetés, éparpillés, et c’est bien dommage. Mais Dominique Zinkpè continue à entendre ce tam-tam nocturne, dont il fixe les corps et le son sur la toile. Les cinq peintures parleront de ça, entre autres, au sortir de cette période cruelle, où la mort rode dans les rues et prélève les corps. Sur l’une de ses nouvelles toiles, on le voit très bien. C’est une Piéta squelettique qui tient sur ses genoux un pauvre, un mort, un décharné. Les histoires se croisent, le monde se récrée. Dansent dans le ciel des anges contemporains.

« On entendait le bruit la nuit, et j’ignorais alors ce que c’était. Après, j’ai voulu comprendre. Mon âme animiste qui venait frapper à ma porte. Et puis tout s’est bien mélangé. Comme je ne pouvais pas prendre des photos des cérémonies, je dessinais pour capter l’invisible. Mes premiers carnets étaient tous consacrés à cette âme. » Dominique Zinkpè

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Roger Calmé (ZO mag’)
Photos RC
Contact: zinkpe@yahoo.fr
Dominique ZINKPE – Montresso
https://www.facebook.com/Dzinkpe

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Repères
Dominique Zinkpe est né en 1969 . Couturier de formation, il s’est rapidement orienté vers la peinture. En 1993, il obtient déjà le prix du Jeune Talent Africain à la biennale Grapholies d’Abidjan. Dix ans plus tard (2002), la Biennale de Dakar lui attribue le prestigieux prix UEMOA.
Très impliqué dans le développement artistique au Bénin, il est à l’origine d’une résidence pour jeunes artistes (Unik, Abomey 2012). En 2015, il a pris la direction du Centre Arts et Culture de Lobozunkpa à Cotonou

Expositions (sélection)

2019: « Grow Box Project » – Zeitz Mocca Museum, Cape Town (Afrique du sud).
           « Valse des Esprits » – Galerie Valeurs, Paris (France).
2018: « Divines Mascarades » Fondation Montresso, Casablanca (Maroc).
           « Zinkpé de A à Z » Galerie Awounou, Cotonou (Bénin).
           « Hier, aujourd’hui, demain » Galerie Valeurs, « AAKA », Paris.
2010: Zinkpè (Dessins Secrets) Laboratoria, Bruxelles, Cotonou.
           Focus Zinkpè, Laboratorio, Siège Société Générate, Cotonou /  Historic Museum of Abomey, Abomey (Bénin).
2009: Humeur d’artiste, Laboratorio, Résidence Virchaux, Cotonou.
           « Les Chantiers de la Lune », La Seyne-sur-Mer (France).
           Zinkpè, Galerie Afronova, Johannesburg (Afrique du sud).
2007: Passage d’immigré, Neukoeln, (Allemagne).
           Un monde a part- Résidence Olade, Cotonou.
2006: L’homme est un mystère, Office Office culturel des Cotes d’Armor, Guingamp (France).
2005: Photo-Vo, Bora Iwalewa Haus, Bayreuth (Allemagne).

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