RDC / Photographie / Gosette Lubondo /ET TOUT SERA RECOUVERT

Au lendemain de l’Indépendance, Mobutu avait déjà ce projet de construction urbaine. Il voulait en faire une réponse africaine à Versailles. Le luxe et les équipements seraient uniques. Il a choisi pour ça son village natal à l’extrémité de sa province du Nord-Ubangui. Plus de mille kilomètres le séparent de la capitale, Kinshasa, aucune route n’y conduit, aucun aéroport ne le dessert. C’est à peine une bourgade de 1700 habitants, construit de terre, dont il fera sa capitale politique et la démonstration de son pouvoir.

Gosette Lubondo base sur cette chimère (pharaonique), son dernier travail photographique, intitulé « Tango nde Mokonzi ». En lingala, « Terre de lait, terre de miel », est tirée du Lévitique et reprend la promesse de Dieu de donner aux hommes une terre d’abondance. Le président Mobutu voit en cette ville nouvelle une « terre promise ». Un temps, il y réussit. Les palais de Gbadolite accueillent plusieurs chefs d’état, des avions prestigieux y atterrissent. Seulement le pouvoir terrestre est éphémère. A sa chute en 1997, la ville est mise à sac, les palais sont pillés, on démonte la robinetterie et on récupère les tableaux électriques. Par la suite, la forêt finit le travail. Aujourd’hui, seuls les esprits fréquentent ce lieu, et c’est ce fantôme que Gosette Lubondo est venue photographier.

Seuls les esprits fréquentent ce lieu, et c’est ce fantôme que Gosette Lubondo est venue photographier.

L’artiste congolaise poursuit donc ce travail sur le temps, son effacement progressif, ses tableaux passés sous une éponge, ses couleurs éteintes. Comme elle l’a fait pour son « Voyage imaginaire », l’histoire s’écrit ici sur des murs décrépits, sous des verrières submergées. « Tango nde Mokonzi » tient d’un rêve similaire à celui de Fitzcaraldo, au fond de la forêt amazonienne, d’avoir voulu reconstruire la Scala de Milan (opéra). Jusqu’à ce que le rêve s’écroule et que le végétal reprenne possession. C’est ce mot d’ailleurs qui convient le mieux au travail de Gosette et au lieu : possession des esprits, rituels de la puissance, à l’image de ces photos que la photographe construit comme des danses magiques, des incantations, aussi belles qu’inutiles.   

« Placer des images dans des lieux abandonnés évoque la dualité de la mémoire personnelle et collective, ainsi que l’histoire de la RDC : le wagon de train ici date de l’époque de la colonisation. L’idée est d’utiliser un voyage figuratif pour évoquer le passage du temps, dans un sens réel et imaginaire. » Gosette Lubondo.

Dialogues, expo collective organisée par Eddy Kamuanga avec des œuvres d’Alexis Peskine, Eddy Kamuanga, Vitshois Mwilambwe Bondo et Gosette Lubondo, du 5 mai au 4 juin 2022, Zidoun-Bossuyt gallery, Luxembourg.
Roger Calmé (ZO mag’)
Photos: © G. Lubondo, by courtesy galerie Angalia et Zidoun-Bossuyt gallery (Luxembourg).

Le travail de Gosette Lubondo est actuellement visible à Memoria-MuCat: récits d’une autre Histoire, du 7 avril au 21 août, au MuCat d’Abidjan.
Accueil | MuCAT (Musée des Cultures Contemporaines Adama Toungara)

Repères :
Gosette Lubondo est née en 1993 à Kinshasa, où elle vit et travaille.
Elle est diplômée de l’Académie des Beaux-arts de Kinshasa (2014).
Sa première série, déjà consacrée aux lieux abandonnés, à la méoire et à l’héritage, date de 2016 et a connu un succès immédiat.

Expositions :

2022 : Upcoming Power, +Praxis. Paris, France.
     Lubondo : Voyage imaginaire, Fowler Museum, UCLA, Los Angeles CA, (USA)
     Voyage Imaginaire II, Centro Cultural Franco Moçambicano, Maputo (Mozambique)
     Memoria récits d’une autre Histoire. FRAC Nouvelle Aquitane Meca, Bordeaux, France.
2020 : Chronique de Kinshasa, Cité de l’Architecture & du Patrimoine, Paris
     À toi appartient le regard et (…) la liaison infinie entre les choses
. Musée du quai Branly, Jacques Chirac, Paris ; Angalia art Contemporain et espace Texaf Bilembo, Kinshasa (RDC).
2019 : Congo, in Harlem Film Festival 11e édition. New York (USA).
     Future Genealogies, Tales from The Equatorial Line. Biennale de Lubumbashi, 6e édition. 
     Biennale du Congo, Kinshasa, RDC.
2018 : Kinshasa Chronique, Musée international des Arts Modestes, Sète,
     Voyage à la Cité de l’Architecture & du Patrimoine, Paris Congo, Paris.    
     Addis Foto Fest 2018,5ièmeédition, Addis-Abeba (Éthiopie).
2017 : Eblouissements, Biennale de Lubumbashi, Lubumbashi, (RDC)
     Héliotropisme, Collection si particulière, Arles (France).
2016 : Seven Hills, Kampala Art Biennale, Kampala, Ouganda.
2014 : LADY BY LADY ; Kas Project, Kin ART studio, Kinshasa.
2013 : Les lieux, AKDT de Bruxelles et l’Académie des beaux-arts de Kinshasa, pour Wallonie Bruxelles International, Kinshasa.

Collections publiques :
Musée du Quai Branly, Paris, France.
Harn Museum of Art, Gainesville, FL, USA.
Saint Louis Art Museum, MO, USA.
Macaal Museum, Marrakech, Maroc.
Ministère belge des Affaires étrangères, Kinshasa & Belgique.

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