Hollande-Saint-Martin/ Photographie / Lisandro Suriel / DES HOMMES ET DES FEMMES QUI MARCHENT LA NUIT

L’océan est d’une couleur variable, selon le point de la côte où l’on se trouve. Le ciel n’est pas de la même matière et les vagues ne présentent jamais le même aspect. Forcément, les histoires changent. Dans cette recherche du document qui établirait la nature océane, Lisandro Suriel s’est vite rendu compte de la difficulté de trouver. Les pièces ont disparu, les éléments ont été jetés par-dessus bord. Aux enfants de la traversée, il ne reste rien ou presque que des esprits, des fantômes, des voix sorties de la brume. De ces récits, il faut se contenter. Ils disent les siècles, ils racontent la terre lointaine et restituent la parole des jumbee.

Ce sont des hommes, des femmes, qui vont à une plantation. La lune, les oiseaux, le bruissement de l’eau, passent dans les regards. On s’écarte. Certains se saluent d’un mouvement de la tête.

En langue caribéenne, le jumbee est une créature de l’Ailleurs. C’est une âme en peine, un esprit voyageur, remplie de chagrin et de joie. Il vit dans les forêts, à proximité des rivières, il s’assoit sur les falaises. Le jumbee a le visage sombre et son vocabulaire est comptable de la mort comme de la vie. Précisément, c’est lui que Lisandro Suriel est venu consulter dans sa photographie. Le jumbee sait. Dans sa langue multiple, africaine et asiatique, hollandaise autant qu’anglicane, il relate ce que les îles sont et qu’aucun livre ne confesse. Suriel a donc mis toute son attention. Et l’océan noir est venu jusqu’à l’image reconstruire partie de cette mémoire.

Dans son écoute de l’histoire, le photographe donne à la magie la part qui lui revient. Ce sont des clichés sombres. La brume y est poussière, les visages à demi effacés. Ils vont au-dedans d’eux-mêmes dans une sorte d’oubli et d’attente. Ils posent question à celles et ceux qui survivent. Suriel s’attache à redonner la sonorité triste d’un pas qui se traîne sur un chemin. Ils sont nombreux sur l’île de saint Martin dont on ne sait vraiment, dans cette amnésie, s’ils appartiennent à la terre réelle ou à l’océan fantôme (Ghost Ocean). Ils avancent le long des routes, ils regardent l’automobile qui passe. Ce sont des hommes, des femmes, qui vont à une plantation. La lune, les oiseaux, le bruissement de l’eau, passent dans les regards. On s’écarte. Certains se saluent d’un mouvement de la tête. Les images de Suriel travaillent à cette reconnaissance.

« Qui suis-je ? D’où viens-je ? Où commence mon histoire ? Je me retrouve bloqué sur une île en état d’amnésie. Ce que je me souviens, c’est que je suis noir ». Lisandro Suriel

« the jumbee sea », de Lisandro Suriel, du 19 fév. au 23 avril 2022, Foreign Agent, Lausanne (Suisse).
RC (ZO mag’)
Photos : © Lisandro Suriel and by courtesy Foreign Agent
The Jumbee Sea | 19 Feb – 23 Apr 2022 | Foreign Agent

Repères:
Lisandro Suriel est né en 1990 à Saint-Martin (Caraïbes). Il obtient un baccalauréat en photographie à la Royal Academy of Art de La Haye, avant de poursuivre une maîtrise en art en recherche artistique à l’Université d’Amsterdam. Son mémoire porte sur les illustrations du début du XXe siècle de la mythologie antillaise et l’aphasie culturelle.
Son projet, « Ghost Island (l’Île fantôme) s’inscrit dans cette continuité.

Dernières expositions:
2022: The Jumbee Sea, Foreign Agent, Lausanne (Suisse).
2021: PHOTO VOGUE Festival 2021: Recadrer l’histoire – VOGUE Italia (Milan, Italie).
           Ghost Island (exposition personnelle), Chrysalid Gallery (Rotterdam, Pays-Bas).
           Photo Basel (exposition personnelle), Chrysalid Gallery (Bâle, Suisse).
           UNSEEN Photo Fair Amsterdam, Chrysalid Gallery (Amsterdam, Pays-Bas).
           Exposition numérique FOAM Talent – FOAM Museum (Amsterdam, Pays-Bas).
           Echappées belles– Exposition en plein air organisée par Lise Bruyneel (Bruxelles, Belgique).
           Exposition sur l’esclavage , Rijksmuseum via HUMAN RIGHTS WATCH. Evènement privé de collecte de fonds (Amsterdam).
           Atlantic World Art Fair – Artsy via Sour Grass (Barbade)
2020: Photo Basel, Édition virtuelle , Chrysalid Gallery / Raw Streetphoto Gallery, Bâle (Groupe).
           Île fantôme : Memoria , Stella Jones Gallery, La Nouvelle-Orléans, LA (USA)
           Perspectives & Concepts , Mondriaan Fund, Foire internationale d’art de Rotterdam, Pays-Bas (Groupe).
2019: Interrompre la tradition – Perceptions, notions et convictions , Galerie NOKO, Port Elizabeth, Afrique du Sud (Groupe).
           Île fantôme : Memoria , Casa de Castro Alves, Salvador (Brésil).

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