Zimbabwe / Plasticienne / Georgina Maxim / LE FIL REFERME LA BLESSURE

La vie est une succession d’accrocs, de manches reprisées, de coutures défaites et refaites. La mort fonctionne de la même façon. Couturière, elle aussi, comme les vivants le sont, qui habillent le corps et le souvenir de celui-ci, d’une étoffe prise au fond d’une armoire, au moment de la disparition. Georgina Maxim a certainement débuté son travail plasticien sur ce constat. Avant de réfléchir au moyen de réparer la souffrance. Il faut pour cela une aiguille et un fil (de couleur). Puis en raccommodant, de restituer l’émotion, l’instant disparu. Le meuble en est rempli. Et le tissu revient à la lumière, échappe à cette obscurité du placard, et se met en bruit, en clarté, en message, en persistance. La mort recule d’un pas et elle s’assoit.

« Memoria », dont le titre dit amplement l’intention, a eu cette idée remarquable de mettre l’intime dans la perspective la plus révélatrice qui soit. ? Ce qui est vrai pour l’individu, à cet instant douloureux de sa vie, l’est aussi pour le groupe.

La couture tient désormais une place centrale dans le travail plasticien, parce qu’elle relie. Et de cette relecture, la mémoire intime et générale a le plus grand besoin. Dans la douleur immense que la mort de sa grand-mère lui a causée, Georgina Maxim étend le propos à une fonction réparatrice nécessaire à chacun(e) d’entre nous. Nos armoires sociétales sont pleines de ces vêtements symboliques, dont on habille des instants d’histoire, et qui disparaissent ensuite, emportés par les vents dominants.

La richesse émotionnelle de ce travail et la maîtrise des techniques ont largement contribué à la reconnaissance de l’artiste. Au point d’ailleurs de représenter le Zimbabwe à la Biennale de Venise (2019). Cette volonté de la réparation, ce regard obstinément tourné vers la vie, le travail de curatrice qu’elle mène en parallèle, l’animation des ateliers et l’accueil des jeunes artistes au village Unhu, viennent éclairer un peu plus encore cette personnalité rare. Georgina Maxim remet constamment la lumière.

Prendre un morceau et le relier, redonner la lumière, la continuité, parler, entendre ce que la matière ancienne tenait à porter.

Dans un texte qu’elle lui consacre, Valérie Behiéry évoque en particulier une œuvre qui s’appelle « Ane mweya wemadzinza ». Si le titre parle d’une possible malédiction, le traitement par la couleur, l’énergie abstraite, cette puissance vive de l’asymétrie, confèrent à cette broderie « un sentiment de plénitude et d’unité qui exprime efficacement l’aspect thérapeutique de l’art pour ses créateurs et les spectateurs. » Il suffit de regarder. Et la mort s’endort, dans un coin de la pièce, plongée dans sa propre absence.

« La perte d’un être cher est la pire chose qui puisse arriver à quiconque. C’est imprévisible, on ne peut s’y préparer et il n’y a pas de manuel pour apprendre à y survivre. Pourtant, nous mobilisons chaque fragment de notre être pour guérir. La guérison pour moi se matérialise par des points de couture, faits de cicatrices et de rires. Point arrière, point de feston, point de bâti, point invisible, ourlet, boutonnière, point dhunge mutunge : c’est une multitude de points de coutures ou de sutures, qui maintiennent les plaies. » Georgina Maxim.

Memoria : récits d’une autre Histoire, du 7 avril au 21 août, au MuCat d’Abidjan.
MuCAT | expositions en cours
RC (ZO mag’)
Photos : by courtesy MuCat, 31 Project et Sulger-Buel gallery.

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Expositions et foires (sélection):
2022: Art Paris Art Fair, 31 PROJECT, Paris (France).
Memoria, MuCat Abidjan (Côte d’Ivoire).
2021: Threads, Duende Art Projects, Anvers (Belgique).
     This place will become a memory, 31 PROJECT, Art Paris Art Fair.
     Memoria : récits d’une autre Histoire, FRAC MÉCA, Bordeaux (France).
     On fait des dessins dans la terre, 31 PROJECT – France.
     Self-Continuity, Galerie AFIKARIS, Paris.
     1:54, 31 PROJECT, Londres (GB).
​2020: Love Etc., Festival International des Textiles Extraordinaires, Musée Bargoin, Clermont-Ferrand (France).
     SMALL, 31 PROJECT, Paris .
​2019: 58ème Biennale de Venise, pavillon du Zimbabwe, Venise (Italie).
     Your parents are soo old, solo show,  31 PROJECT, AKAA Art Fair (France).
     Concert for Birds – Goethe Institute, Salvador de Bahia (Brésil).
     Investec Cape Town Art Fair, Cape Town (Afrique du Sud).
2018: Summer Exhibition, Sulger-Buel Gallery, Londres .
     AKAA art fair, Sulger-Buel Gallery, Paris.
     1.54 London Art Fair, Londres .
     FNB Johannesburg Art Fair (Afrique du Sud).
     Investec Cape Town Art Fair, Cape Town .
2017: FNB Johannesburg Art Fair .
     Investec Cape Town Art Fair, Cape Town.
2016: Artists Book Exhibition, Mojo Gallery, Dubai (Émirats Arabes Unis).
     FNB Johannesburg Art Fair Johannesburg.
     Investec Cape Town Art Fair, Cape Town – Afrique du Sud

Commissariat d’exposition (sélection):
2021: Coin flip serie,  série d’expositions individuelles pour les artistes émergents, Village Unhu, Harare (Zimbabwe).
2019: We move forward by looking back, Village Unhu, Harare.
     Sanity is expensive, but madness is for free, Village Unhu, Harare.
2017: Percy Manyonga, Eye Report, nommée pour le National Arts Merit Award, Village Unhu, Harare.
2013 – 2019: Directrice artistique à Village Unhu . Six expositions annuelles.

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