Angola-Portugal / Photographe / Monica de Miranda / LA ROUTE QUI VA DEVANT

Un matin, on arrête de parler de l’art. Ca vient d’un coup. On est devant la toile, ou l’écran, on boit un café, et tout apparait comme une comédie inutile, un bla-bla qui n’a plus aucun sens. Un jour, Monica de Miranda s’aperçoit que ce petit monde relève d’une fichue arnaque. Elle le dit avec des mots qui vont droit sur la cible : « Parfois, quand je vais aux foires d’art, je vois beaucoup d’artistes vivants se promener, mais je vois aussi tellement d’art mort sur les murs parce que l’accent mis par les artistes sur les ventes tue leur art. Je crois que lorsque nous, en tant qu’artistes, nous joignons à un effort collectif pour créer nos propres systèmes artistiques, nous avons de meilleures chances de changer pour le mieux. Être un artiste isolé dans son atelier ne communique pas avec le réel. L’art doit être connecté à une expérience humaine réelle. Faire de l’art seul est une masturbation. Le faire pour le système, c’est l’anéantir. » Ce serait bien de procéder d’une autre façon, non ?

Une salle de cinéma, dans une capitale de l’Est ? Une ancienne salle de cinéma, un monde à reconstruire.

Monica de Miranda a commencé très tôt ce type de déplacement. Il y a dans son travail la possibilité de prendre des positions… et de se rendre utile. Il ne s’agit pas d’une responsabilité politique, mais d’un sens social, d’une connexion à ce monde. Dans les années 90, elle bosse avec des enseignants sur les quartiers les plus déconnectés de Londres. Des coins en plein naufrage, Peckham et Brixton notamment, où les gamins se brisent la tête contre les murs. Elle s’aperçoit que les recettes éducatives habituelles ne donnent plus rien. Mais que l’artiste demeure une voix qu’on écoute. Pourquoi ne pas se servir de ça pour rétablir le voltage ? Elle parle ici d’un art libre, c’est-à-dire audible et crédible, et ne réfléchit pas en termes de fric et d’accrochage capital.

« L’art doit être connecté à une expérience humaine réelle. Faire de l’art seul est une masturbation. Le faire pour le système, c’est l’anéantir. » Monica de Miranda

Elle a bossé quinze ans de cette façon, tout en créant en parallèle ses installations, qui parlent aussi du monde et du déplacement, de la fuite et de la retrouvaille, des gens qui sont au bord des falaises, les jours de grands vent, des villes lointaines où on arrive adolescente, sans trop savoir comment les choses se passent. En 2008, elle déplace une exposition qui s’appelle « Nouvelles géographies ». Entre Londres, Lisbonne et les Pays-Bas, l’installation circule. Des gens viennent et regardent, des gens repartent. « Nouvelles géographies » a les yeux tournés vers demain. Il est bon de regarder derrière soi, mais plus encore de reprendre la route et d’inventer le paysage qui va suivre. C’est de ça que parle sa nouvelle exposition « no longer with the memory… ».

L’esthétique est aussi une forme politique. Elle annonce la reprise du contrôle, la possibilité du rêve.

« no longer with the memory but with its future », du 20 avril au 29 mai 2022, Oratorio di San Ludovico, Venise.
monicademiranda.org/path-to-the-stars/

Roger Calmé (ZO mag’)
Photos: DR et Monica de Miranda
https://monicademiranda.org/

« Je crois que l’artiste ne peut créer et parler d’art qu’à partir de sa position subjective. Avoir une responsabilité politique qui s’étend au-delà du territoire artistique est une charge trop lourde qui pourrait mettre en péril la créativité et la liberté de l’artiste. Dans un tel cas , l’art remplit une fonction, devient un manifeste. L’art ne doit pas remplir une fonction, il doit être libre. » Monica de Miranda (ArtDependence, avec Kisito Assangni, mars 2019)

Repères:
Monica de Miranda est née en 1976 à Porto (Portugal). Elle vit actuellement à Lisbonne, au Portugal. Elle a obtenu son doctorat en arts visuels à l’Université de Middlesex (2014), après avoir obtenu une maîtrise en art et éducation à l’UCL Institute of Education London.

Expositions personnelles (sélection):
2018: Panorama , en association avec Gallery « This Is Not a White Cube » (TINAWC), Banco Económico Gallery, Luanda, Angola.
           Demain est un autre jour , Galerie Carlos Carvalho, Lisbonne, Portugal.
           Transfert , Académie des Beaux-Arts (ABA) Kinshasa, République démocratique du Congo.
2017: Atlantique – Voyage au centre de la terre , Sabrina Amrani, Madrid, Espagne.
           PANORAMA, Tyburn Gallery, Londres (GB).
2016: Arrivées et départs , Palácio D. Manuel, Évora, Portugal.
2015: Hôtel Globe , Musée National d’Art Contemporain du Chiado, Lisbonne.
2014: Archipel , Galerie Carlos Carvalho, Lisbonne.
2013: L’Érosion , Appleton Square, Lisbonne.
2012: Un océan entre nous , Revolver Platform, Lisbonne.
2008: Nouvelles géographies , 198 Gallery, Londres.
           Nouvelles géographies , Revolver Platform, Lisbonne.
           Nouvelles géographies , Image HF, Amsterdam, Pays-Bas.

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