Maroc / Dessin-Peinture / Mohamed Saïd ChaerOBSERVATION MILLIMETRIQUE

Revenir au dessin, parce qu’il est une respiration essentielle, une architecture porteuse de sens qui rassemble l’idée. Ici, aucun subterfuge possible, aucune combine qui permette d’échapper à cette question liée au mouvement, à la position, l’expression dans son plus entier dépouillement. Mohamed Saïd Chaer a ce besoin de revenir au départ : le crayon et la main qui le porte, juste la dureté de la mine pour dire l’infinie précision d’un drapé, la pliure du doigt, la crispation de ce poing. Fixer avec la plus grande précision les ingrédients du drame que la couleur plus tard…

Trois semaines de résidence, près de Marrakech, et des heures entière dans cette observation fondamentale, on pourrait dire énergétique, tant il s’agit d’une prise d’élan, d’une plongée dans l’essence du geste. Mohamed Chaer s’intéresse au corps, dans une interruption momentanée, signifiant absolu de nos volontés, de nos désirs, nos oublis, notre lâcheté quotidienne, notre décrépitude obligée, non consentie mais irréfutable. Et comme d’habitude, le visage est invisible. On résume trop souvent le travail du Marocain à cette absence. Mohamed le cache sous une boîte, un carton anonyme. La vérité n’est pas là, semble-t-il dire, ou pas seulement. Tant nos gestes sont aussi les dépositaires et les révélateurs de notre âme. Notre corps a tellement d’histoires à raconter.

« Notre corps dans l’ennui, c’est plein d’expressions, dans la violence aussi, des petites choses insignifiantes et très révélatrices. La boîte n’est là que pour ça. Elle permet de s’intéresser au reste « . Mohamed Saïd Chaer

« Si j’ai mis une boîte sur ces personnages, c’est pour nous intéresser au corps, l’attitude qu’il prend dans des situations extrêmes qui disent toute notre vie, ce qu’elle est ou ce qu’elle peut devenir. Notre corps dans l’ennui, c’est plein d’expressions, dans la violence aussi, des petites choses insignifiantes et très révélatrices. La boîte n’est là que pour ça. Elle permet de s’intéresser au « reste ». Une main qui agrippe un tissu, ou bien posée sur un bureau, ou l’accélérateur d’un vélomoteur. Rendre visible ce qui ne l’est plus à cause de l’habitude. » Et pour ce faire, il revient donc à l’expression la plus honnête, qui n’a recours à rien d’autre que la pointe d’un crayon, pendant des heures, dans cette observation millimétrique de notre humanité.

(*) en résidence à Jardin rouge (fondation Montresso, Marrakech)

RC (ZO mag’)
Photos : ©RCalmé
contact artiste : (20+) Mohamed Said Chaer | Facebook

A lire aussi: Maroc / Peinture / Mohamed Said Chaer / ANONYME ET IMPLACABLE | ZO mag’ (zoes.fr)

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