Burkina Faso / Sculpture / Moussa Sawadogo / LECONS POUR UN MASSACRE

Le geste est à l’image du sujet. Moussa Sawadogo cherchait une façon de prononcer ce sentiment. Une résonance en somme de ce que le monde offre à voir et à comprendre. Ce matin, comme tous les matins, des bombes explosent, et ce sont les nouvelles lumières de l’aube, des flammes sorties du ventre du ciel, la semence de la mort, pour éclairage quotidien. Est-il besoin de dire le lieu? Le lieu est partout, le son est partout et cette intention de la destruction, commune à tous les hommes. Alors Moussa Sawadogo, sculpteur du Burkina Faso, prend le marteau et assène des coups violents au métal. Il le laisse ainsi, sous ce déluge de violence, dans sa souffrance, dans sa déformation de la matière. Car c’est ainsi que ce fichu monde a décidé d’aller.

Sous ce déluge de violence, dans sa déformation de la matière. Car c’est ainsi que ce fichu monde a décidé d’aller.


La série s’appelle  » Panbin-põnde  » qui veut dire « frapper ou marteler pour tordre ». « C’est une façon d’exprimer ma colère sur la marche du monde , de mon pays, de ma communauté, sur le vivre ensemble. Est-ce que nous avons perdu toute raison, toute intelligence, toute sensibilité ? Elles sont où les choses fondamentales qui permettent d’avencer ? Je me suis mis à taper pour ça. Frapper et marteler les morceaux de tubes, pour donner à voir ces têtes humaines, ces crânes vides, inconscients de tout. » A la fois victimes et bourreaux, dans la même négation de la vie, morceaux sans joie, sans avenir, dépourvus de sens et d’une laideur qui leur sert de certitude.

Cette laideur est la nôtre, du lever du jour jusqu’à son terme, une explosion satisfaite, le désir de la destruction.

Work in progress. Moussa Sawadogo vient d’orienter son travail dans une direction très différente des pièces précédentes. Jusque là, ses gestes étaient en phase avec l’élément (bois et métal). De ses totems, l’histoire pouvait retirer une forme d’apaisement. Ils indiquaient une voie paisible, une réconciliation possible. Ce vocabulaire, rempli de bonnes intentions, ne convenait plus. Prendre le marteau et dénoncer cette violence dans la violence des mots sculptés, dans la même langue, le même cri. Dire que c’est indigne et que cette laideur est la nôtre, du lever du jour jusqu’à son terme, une explosion satisfaite, le désir de la destruction. Des avions sur le ciel rouge, des maisons… Nos bombes, nos enfants, notre fin.

« Elles sont où les choses fondamentales qui permettent d’avencer ? Je me suis mis à taper pour ça. Frapper et marteler les morceaux de tubes, pour donner à voir ces têtes humaines, ces crânes vides, inconscients de tout. » Moussa Sawadogo

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RC (ZO mag’)
Photo : © Moussa Sawadogo
Contact : Tél. : +226 74 66 68 85 (whatsapp)
Email : moussblack22@yahoo.fr

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