Ghana / Plasticienne / Na Chainkua Reindorf / D’UNE SALLE A L’AUTRE

Il y a quelques mois, la Fondation Nubuke mettait en lumière une tradition textile très ancienne au Ghana. Il s’agit de l’asafo, qui est un drapeau peint et cousu, sur lequel des aphorismes sont inscrits. L’asafo flotte ainsi au vent et informe, il éduque, il aide à résoudre. De la même manière, Na Chainkua Reindorf s’attache à comprendre sa place dans une histoire. En référence à sa culture, dans le questionnement politique, de sa condition de femme, de sa liberté d’artiste, elle fait de grandes tapisseries qui sont des asafos contemporains. De la même façon que Patrick Tagoe-Turkson, à l’intersection des époques, entre la tradition et le contemporain, sans cloisonnement inutile.

Na Chainkua Reindorf a donc choisi le textile pour cette raison. Comme partout en Afrique de l’ouest, mais aussi dans les Caraïbes, aux USA (courtepointe), ce médium raconte et relie. Et c’est de cette manière que la plasticienne l’utilise, dans une relecture de son temps. « Dans mon travail, j’examine l’histoire des textiles ouest-africains, en me concentrant sur leur importance pour une région particulière, comment ils ont été construits, à quoi ils servent et quels types de matériaux sont utilisés pour les fabriquer. Je m’intéresse également à démonter les valeurs attribuées à ces textiles, souvent définies par le genre et comme appartenant à la sphère domestique, » explique-t-elle. En somme de « démonter » l’histoire, la fabrication, l’usage, les matériaux, les histoires qui s’y rapportent, pour mieux comprendre ce qu’ils impriment dans les esprits. L’asafo véhicule des messages et la tapisserie de Na Chainkua Reindorf met en lumière l’écho que cette pensée continue de représenter. La tradition et le contemporain se prolongent l’un et l’autre, pour offrir à celle et celui qui les regardent une identité culturelle tangible.

Ce que le tissage traditionnel transmet, le fil de toutes les modernités.

Et la modernité plasticienne dans tout ça ? Il y a quatre ans, au terme de sa maîtrise en beaux-arts (Cornell, NY), elle travaillait déjà sur des associations de matériaux très étrangers au tissage ghanéen. Avec une grande rectitude, dans des couleurs fondamentales, à l’image même des asafos, Na Chainkua Reindorf proposait ainsi des volumes plastiques, des coulures de résine, montés sur des treillis métalliques. De son propre aveu, trois mots importants pouvaient résumer son humeur du moment : « Audacieux, texturé et complexe ». Sa crainte était de céder à la facilité ou de produire des œuvres « inutiles ». En fond musical, elle écoutait de la house et des émissions « déstabilisantes ». Mais sur sa table de travail (nomade, « là où je peux poser une chaise et une table», elle étudiait les coiffures traditionnelles africaines et les techniques de vannerie. Rien n’est cloisonné. L’un répond à l’autre. Les hommes, les époques, les matières. 

« Je plie et moule, plie et enduis, tisse et enveloppe pour transformer des éléments du familier. J’utilise délibérément des matériaux, y compris le jute, le fil, la dentelle plastique et le fil de fer, qui, comme les textiles, ont chargé leur propre histoire culturelle et symbolique. Ceci est particulièrement important pour mon travail car en se produisant entre les espaces culturels intercontinentaux, ces matériaux transformés reçoivent de nouvelles significations (…) qui opèrent à la fois au niveau individuel et collectif. » Na Chainkua Reindorf 

Roger Calmé (ZO mag’)
Photos: DR et Na Chainkua Reindorf 

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Repères:
Na Chainkua Reindorf est née en 1991 au Ghana.
Elle a fait l’essentiel ses études artistiques aux USA et obtient un BA au Studio d’art de Grinnell College (2014), puis un MFA en arts visuels à l’Université de Cornell, Ithaca (2017, NY)
Elle travaille aujourd’hui entre Binghamton, New York et Accra (Ghana).

Lors de la Biennale de Venise, Na Chainkua Reindorf représentera le Ghana, aux côtés d’Afroscope et de Diego Araúja.

Expositions individuelles:
2020: Come, Let Me Spoil Your Things, Specialist Gallery, Seattle WA.
2019: Shrine, Anthony Brunelli Fine Arts, Binghamton NY.
2017: Screen, Experimental Gallery, Cornell University, Ithaca NY.
           Reveal Conceal, Tjaden Gallery, Cornell University, Ithaca NY.
2016. Reveal Conceal, Jill Stuart Gallery, Cornell University, Ithaca NY.
          Weft, JungleScience Gallery, Binghamton NY.
           Don’t Tell Me I’m Pretty, Hairpin Arts Centre, Chicago IL

Collections:
Alara Concept Store, Lagos, Nigeria.
ANO Institute of Art and Knowledge, Accra, Ghana.
Bank of America Corporate Office, Charlotte, NC.
Enterprise Group, Accra, Ghana.
Nubuke Foundation, Accra, Ghana

Website: www.ncreindorf.com

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