USA / peinture / Conrad EgyirNAUFRAGE ET PERSONNAGES EN PLASTIQUE

Tout va tellement vite. Un matin, vous êtes inconnu et dans l’année qui suit, vous vendez un tableau à 40 000 dollars. Il serait injuste de dire qu’il suffit d’un album de Beyoncé (quoique). En tous cas, l’histoire de Conrad Egyir ressemble à une citation de Warhol. « C’est totalement justifié, ma chérie, tellement c’est exact, tellement il est adorable et pertinent. Oui, je le veux absolument à mon prochain vernissage, Conrad Eygir, j’en suis totalement folle ! » La scène se passe à Beverley Hills, les palmiers sont roses et inclinés de la droite vers la gauche.

« Comme c’est beau, les pieds qui apportent le son des bonnes nouvelles », Huile ET acrylique, techniques mixtes sur toile, 233,7 × 487,7 cm (2020)

On revient sur terre ? Cette introduction (parfaitement superficielle) est-elle justifiée ? Conrad Egyir n’est pas n’importe qui. Il est arrivé du Ghana, « et c’est une terre féconde, man. » Puis il a suivi un cursus universitaire dans des facs américaines, avant que son concept se précise. Le monde, tel qu’il le figure, est un lego assez magistral, dépourvu de toute pertinence politique ou philosophique. De son expérience diasporique, il réfléchit les conséquences immédiates et, on le craint, totalement définitives. Son constat n’a vraiment rien de réjouissant… au contraire de ses titres et de ses couleurs.

Dans ce travail, les personnages relèvent de l’hybridation (couleur noire, carbone de synthèse, PBk6) et peuvent s’apparenter à des gestionnaires de l’histoire et des ressources. Leur spatialité est tout à fait conventionnelle. Ils consomment des boissons énergisantes et s’assoient sur des canapés discount. Rien d’excessif, si ce n’est la taille formidable des œuvres. « Comme c’est beau, les pieds qui apportent le son des bonnes nouvelles », réalisé en 2020, atteint quasiment les cinq mètres de long. Conrad appelle cet espace la « Terra Nullius », et il est fort probable que nous en soyons là.

Hybridation, consumérisme féroce, naufrage philosophique, et pour nous convaincre du bien-fondé de cette entreprise, un fond sonore tiré de la parole prédicatrice. Au cours de son travail et de ses déplacements, Egyir envoie quantité de messages. Il utilise pour cela des cartes postales, affranchies au tarif en vigueur. Les peintures nous parlent de ce quotidien sous tranquillisant. Sur l’une de ces toiles, apparaît un couple ordinaire. Dans une des boutiques, le long de la plage, ils ont acquis deux totems yorubas qui ont la forme d’un gode. Vous avez bien lu ! A quoi sommes-nous réduits… Nos dieux, nos rois, nos compagnes spirituelles habitent à présent des toys sexuels. Egyir a raison de le peindre, dans un format considérable : les bonnes nouvelles que nos pas nous amènent, ce monde auquel nous sommes destinés.

Roger Calmé (ZO mag’)
Photos : DR and by courtesy Jessica Silverman.
Conrad Egyir | Œuvres sélectionnées | Galerie Jessica Silverman (jessicasilvermangallery.com)
Personne-ressource — Conrad Egyir

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Repères :
Conrad Egyir est né en 1989 à Accra (Ghana). Il a fait ses études d’art aux Etats Unis. En 2018, il obtient un MFA (Cranbrook Academy of Art, Bloomfield Hills). Il vit et travaille actuellement à Detroit (Michigan).

Expositions individuelles et à deux:
2021 : UTA Artist Space, Beverly Hills, CA (USA).
     Chapters of Light , Institute of Contemporary Art, San José (CA, USA).
     A Chapter of Love , Institute of Contemporary Art, San José.
     Conrad Egyir & Ato Ribeiro: Every Time I Try to Get a Peace of Mind , Anastasia Tinari Projects, Chicago (USA).
2020 : UTA Artist Space, Beverly Hills, CA.
     Terra Nullius, Museum of Contemporary Art Detroit ( MI, USA).
2019 : Conrad Egyir & Patrick Quarm : Anansesem , Albertz Benda, New York (USA).
     Améliorations , Jessica Silverman, San Francisco, CA.
     Successions et réflexion, Library Street Collective, Détroit, MI.

Acquisitions publiques :
Cranbrook Art Museum (USA), The Detroit Institute of Arts, JP Morgan Chase Art Collection, Kalamazoo Institute of Arts, Kaiser Permanente Bernard J. Tyson School of Medicine, Pérez Art Museum Miami, Rennie Collection, Vancouver (Canada).

« Comme c’est beau, les pieds qui apportent le son des bonnes nouvelles », 2020, Peinture, Huile, acrylique, techniques mixtes sur toile, 233,7 × 487,7 cm (2020)

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