Afrique du sud / peinture / Navel Seakamela /DANS UNE PIECE SOMBRE, SOUS INFLUENCE DE L’ALCOOL.

L’interview par email a cet avantage de relâcher la pression. L’obligation de réponse est différée. On a le temps de revenir, de préciser. Possible même d’aligner quelques longueurs de bassin. En août 2021, Mmutle Arthur Kgokong approche ainsi le peintre sud-africain Navel Seakamela. Celui-ci s’apprête à exposer à la galerie Kalachnikovv (Cape Town), première expo perso dans ce lieu. L’échange de messages qui va suivre n’est pas anodin.

Si la plupart des artistes locaux se situent dans la perspective historique, Navel Seakamela met en lumière un angle différent. L’isolement que le Covid a pu provoquer l’a amené à une sur l’importance de la projection. Il le dit ainsi : « le fait est que nous nous basons sur ce qui devrait être, nous basons notre perspective sur des vues historiques plutôt que sur ce qui est initialement à l’intérieur de nous. » Il ne s’agit pas de minimiser le contexte ou le poids d’un héritage, mais de voir des trajectoires possibles, des engagements capables de défaire le nœud. Il complète ainsi : « À mon avis, vous devez faire ce qui résonne en vous maintenant, demain ce sera peut-être mieux ou pire. »

La suite de l’échange tournera autour de ça. Comment l’artiste et celui qui le découvre peuvent retrouver une liberté du regard, un espace de relative liberté, dans lequel le travail leur parle réellement ? Plusieurs fois, Navel Seakamela évoque les murs que l’on bâtit autour de soi et qui arrête le regard. Que ce soit l’artiste ou le public, le mur participe d’un refus. Ne pas voir, ne pas (se) comprendre, en rester à l’interprétation générale, aussi vide de sens qu’un slogan en vogue. Pour Navel Seakamela, il est temps de revenir un peu à soi, par exigence et pas par nombrilisme. Petit clin d’œil de l’histoire, les sept pièces présentées le sont sous le nom de Nombril Seakamela.

« À mon avis, vous devez faire ce qui résonne en vous maintenant, demain ce sera peut-être mieux ou pire. » Navel Seakamela

Elles sont de couleur sombre, charbonneuse, massive, masculine comme le serait un bloc d’anthracite, avec une brillance éteinte. Les nuques, les visages de face, sans rapport avec la symétrie, le « lieu dit », la concordance, sont barrés d’un épais trait rouge, qui peut être bouche ou mot, ou refus. Le personnage réagit de cette façon, c’est ainsi qu’il sera montré, et il est libre de ça. Ainsi Navel va-t-il chercher cet homme de contradiction, dans ce qu’il dit être une vision féminine qu’il va atténuer dans la couleur sombre.

La couleur noire. A un moment où son regard féminise le corps, de le rendre sombre et masculin.

Nous demeurons dans des doubles, intérieurs et extérieurs, derrière des paravents sociétaux. Nous sommes incertains et pour conclure ce moment d’intelligence, l’artiste avoue à Mmutle Arthur Kgokong : « je trouve que nous sommes émotionnellement analphabètes pour quelque raison que ce soit. » et de dire qu’il s’abstient pour cette raison des interviews. Son interlocuteur a du mal à comprendre. Et l’artiste lui répond que le meilleur éclairage serait de voir le thème, « seul, dans une pièce sombre et en état d’ébriété. » Libre de voir, ou de ne rien voir, de monter le son ou de regarder ses pieds, sans qu’aucun regard extérieur ne pèse sur lui.  

« Je n’aime pas vraiment être sous les projecteurs. Les expositions personnelles mettent les artistes sous les projecteurs, alors qu’avec les expositions collectives auxquelles j’ai participé, il ne s’agissait que d’une conversation commune entre artistes plutôt que d’une sorte de spot-light. » Navel Seakamela

People are Flowers, du 22 janv. au 2 avril 2022, Bonne Espérance Gallery, 3 rue Notre Dame de Bonne Nouvelle, Paris (France).
RC (ZO mag’)
Photos: DR , by courtesy Bonne Espérance Gallery.
Navel Seakamela – Bonne Espérance Gallery (bonne-esperance-gallery.com)

Repères :
Navel Seakamela est né à Soshanguve (Pretoria, Afrique du sud), en 1991 et a grandi à Tembisa (Johannesburg). Il a étudié en premier le graphisme et le design d’ingénierie. A cette époque l’art tient d’un hobby. De 2007 à 2010, il pratique les beaux-arts au centre d’art de Tembisa, avant d’étudier ces matières et les arts appliqués à l’Université de technologie de Tshwane (TUT).

A lire aussi :
Intraparadox, An Interview with Navel Seakamela, Inner-Space Revisited – Intraparadox (mmutleak.com)

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