Haïti / peinture / Marie-Hélène Cauvin / EQUARTELE, ÉCARLATE, AUX YEUX BLEUS.

De cette terre dont elle s’éloigne et qui la rapproche d’elle, Marie-Hélène Cauvin parle de cette singulière distance qui est en elle. C’est en quelque de ce creux qu’elle s’imprime, nourrie de sa culture première et de son éloignement qui contribue également à sa modernité. Dualité. Il y a une vingtaine d’années, ses toiles avaient déjà dans le trait cette volonté de concilier le bestiaire originel et l’animal en mutation qui sort par la bouche. Des mains en sang qui disent la plaie et la main qui la porte (Le sorcier aux mains rouges, 1997) ou encore ce squelette, sorti d’un linceul pourpre et que veillent des femmes, des folles et des hommes qui s’embrassent (La nef des fous, 1995) . C’était un temps déraisonnable, comme le chantait Aragon. Le temps qui rend le pouvoir absolu, plus meurtrier que le plus sombre des loas. Mais en tout cas, le trait est là. Il a cette limpidité de la lame.

Ce n’est plus le cauchemar, mais une nuit de lumière complice. Le rapprochement s’opère, l’inévitable voisinage.

À cette époque, Marie-Hélène Cauvin puise dans les contes tout un registre de potentielles images. C’est un vrac assez faramineux de visions éparses, des scènes rapportées au retour de la plantation ou du cauchemar. Son dessin est déjà de la plus grande netteté, incison des découpes et de la couleur. Les années 2000 prolongeront ensuite cette exigence de précision. Le trait donc, comme dans un Matisse, sur une poterie romaine ou un dessin ramené de Port-au-Prince, où deux femmes sont allongées dans le sable du ciel. Avant qu’un corps ne tombe à l’eau (Portrait 12, 2002).

Sans trop s’avancer, peut-être de cet éloignement de l’île, de cette mer immense qui se referme sur les corps (Vers un destin insolite sur les flots bleus de la mer des Antilles, 2002). C’est exactement ce qu’elle écrit plus tard : « (…) le produit d’un passé de violence, d’esclavage, d’une longue histoire d’injustice, de pauvreté, d’instabilité politique … ».

La coupure. Par curiosité, de voir ce qu’elle pose sur son site. Le portfolio est une mine. Mais il s’arrête en 2007. Sous un arbre, une Eve innocente et un Adam (qui a une grosse envie), et une pomme si petite qu’elle pourrait être une cerise. Puis un faune aux yeux bleus vous regarde (Deus ex machina IV, 2007) et le livre se referme. Faux ! Jamais la terre ne se couche, et la lune ou le soleil non plus. En 2017, aux Ateliers Jérôme, Pétion-Ville (Haïti) et au Band cultural center (Toronto, Canada), elle remet au sable des coques bleues, des corps souples et lourds, faits de plomb et de clarté. Sa Sainte Sébastien, et en arrière-plan deux cyniques en pleine rigolade (jaune et rouge) donnent une intro assez lucide sur ce que la vie publique ou privée trame de mensonge. La peintre ne peut y croire.

Croire, c’est encore se mentir. Un instant, un très court instant, régler l’histoire de la distance (ubiquité) et se rassembler. Est-ce possible ? Si proche et si lointaine, sa peinture semble aujourd’hui dans les rencontres possibles. A l’image de cette jeune femme, au bord d’une baignoire, qui voit deux esprits s’approcher. C’est une salle d’eau, comme le serait une rivière, et une seule lune brille dans le ciel.

« Mes thèmes se réfèrent au concept d’identité. D’une part, mon identité d’immigrante, quelqu’un qui vit en dehors de sa terre natale et qui devient étrangère à cette terre. D’un autre coté, l’identité du peuple haïtien dont je fais partie comme étant le produit d’un passé de violence, d’esclavage, d’une longue histoire d’injustice, de pauvreté, d’instabilité politique … » Marie-Hélène Cauvin

Roger Calmé (ZO mag’)
Photos: DR, © M-H Cauvin

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Repères:
Marie-Hélène Cauvin est née à Port-au-Prince (Haïti), et vit à Montréal depuis 1971. Elle a obtenu un baccalauréat en Arts à l`Université Concordia et une maîtrise en gravure à l’Université Temple de Philadelphie en 1995. Peintre et graveur, elle a enseigné la lithographie et les arts imprimés à l’Université Concordia (1999-2000).

Expositions individuelles:
2017: BAND Cultural Center, Toronto, Canada.
2017: Le réquisitoire de MH Cauvin, Les Ateliers Jérôme, Pétion-Ville (Haiti).
2007: Obra sobre papel, Instituto Peruano Norteamericano, Lima (Perou).
2004: Portrait, Les Ateliers Jérôme, Pétion-Ville (Haiti).
2004: Quisqueya, Pounder-Kone Art Space, Los Angeles, Californie (USA).
2003: Harvard University, Crossroads, David Rockefeller Center for Latin American Studies, Cambridge, Massachusetts (USA).
1998: Galerie Monnin, Pétion-Ville (Haïti).
1995: Tyler School of Art, Philadelphia, PA.
1995: Galerie Marassa, Pétion-Ville (Haïti).

Contact: http://mariehelenecauvin.com/contact/
Site: http://mariehelenecauvin.com/

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