Côte d’Ivoire / Peinture / Armand Boua / DANS L’EPAISSEUR DE CES MURS

La description d’une réalité prend des apparences diverses. On peut constater, déformer, soustraire, retoucher. Décrire, c’est hésiter aussi. Rien ne vient du premier jet. Décrire et peindre ont en cela bien des points communs. Peut-on dire pour autant qu’Armand Boua décrit une réalité ? Disons plutôt qu’il la traduit dans la matière, dans le monochrome, dans une émotion qui est la matière.

Une critique d’art, Mimi Errol, écrit:  » Il n’est pas sociologue, mais il a su se concentrer sur les attitudes plastiques (des gens dans la rue) pour partager un aspect de la vie humaine. Il montre des aspects de notre humanité, des choses qui ne fonctionnent pas bien en Afrique. » Car c’est de ça que la peinture parle. De la rue, de la misère et de sa transcription dans l’épaisseur de la toile.

Dans cette dissolution progressive des formes, un propos qui traite au plus près de la réalité.

« Yopougon, Adjamé, Liberté », l’exposition montée en 2019 chez Cécile Fakhoury (Abidjan) concentrait tous ces ingrédients de misère et d’empathie. Un an plus tard, il poursuivait ce travail, hors la ville d’Abidjan, avant de rejoindre la fondation Montresso (Marrakech) et de s’immerger, un peu plus loin, dans sa réflexion de peintre. Le sujet est là, il en connaît l’urgence. La peinture lui paraît la plus à même de livrer son message. Pour cela, il cherche. Le geste participe de la rature, du cri, d’une possibilité de lumière. Le geste complexe, successif, interrompu et prolongé. À cet instant (octobre 2021), la toile toucherait presque aux préliminaires de l’abstraction. Et un mot vient alors, que les toiles précédentes esquissaient. Un état.

Chez Armand Boua, le monde est un acte de dissolution, une prédation croissante, qui au fil des tableaux amorcent la disparition. Jamais il n’a été aussi près de la réalité.

Et si Armand Boua peignait la situation de l’intérieur. Un état, c’est tout un ensemble de faits qui peuvent à la fois évoquer le décor, le sentiment de celui qui le vit, la similitude qui se dégage entre l’extérieur et l’intérieur, entre le vêtement et le mur, entre la poussière et la peau. État de misère.

D’autres artistes, à l’image de Bernard Tano ont abordé cette thématique de la rue d’Abidjan. Mais le regard est différent. Tano se soucie d’une dynamique que les tableaux de Boua n’abordent pas. Dans le travail du premier, l’enfant s’exprime. Il participe à l’œuvre, il trouve, momentanément du moins, une issue. Avec Boua, la situation est plus inquiétante. Le mur s’est refermé sur sa victime, le mur est le ciel, à l’angle duquel il faut dormir. La peau a la couleur du carton sur lequel il s’allonge. Et c’est cette abstraction croissante de l’humain qui donne à penser.

De montrer dans le geste et la matière des choses qui ne vont pas bien.

Cette dernière exposition (prolongée jusqu’au 18 février), en restitution de résidence, est à la fois un travail de peinture et de philosophie. La plupart du temps, l’humain réussit cette partition entre ce qui l’entoure et lui-même. Chez Armand Boua, le monde est un acte de dissolution, une prédation croissante, qui au fil des tableaux amorcent la disparition. Jamais il n’a été aussi près de la réalité. C’est infiniment cruel, parce que l’image de l’humain est en train de disparaître, il n’en reste que des tâches mouvantes ou arrêtées, des découpes qui marquent la place qu’ils occupent sur le sol ou sur le ciel, tracée à la craie.

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Roger Calmé (ZO mag’)
Photos : by courtesy Fondation Montresso
https://www.montresso.com/boua-armand/

A lire également: https://zoesfr.wordpress.com/2021/05/25/cote-divoire-peinture-armand-boua-le-vert-et-la-violence-contenue/

Repères:
Armand Boua est né à Abidjan (Côte d’Ivoire) en 1978. Il est diplômé de l’École Nationale des Beaux-Arts de Côte d’Ivoire, du Centre Technique des arts appliqués, de l’Institut de formation Sainte-Marie et du Musée des civilisations. Il vit et travaille à Abidjan.

Expositions (sélection)
2019: Youpougon, Adjamé, Liberté, Galerie Cécile Fakhoury, Abidjan (Côte D’Ivoire)
           In-Discipline, Fondation Montresso, Marrakech (Maroc).
2018: Brobrosseurs, Galerie Cécile Fakhoury, Dakar (Sénégal).
           Mogo  de Poy-City, Jack bell Gallery, Londres (GB)
           Artistic Surgery for Broken Faces, Gallery PIASA, Paris (France).
2017: Children  of Africa Create,  Hub Gallery, Dubai( EAU).
           Clash-moi, Jack Bell Gallery, Londres (GB).
           1:54 Contemporary African Art Fair Londres (GB)

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