Algérie-France / Exposition / Lydia Ourahmane et Alex Ayed / UN TEMPS QUI N’ARRÊTE JAMAIS ET SE TERMINE PAR LA LETTRE A

Le temps est un lieu de rencontre formidable. De façon spontanée, s’y croisent des courants d’intensité diverse, souvent fort colorés ou qui le deviennent au contact les uns des autres. Rien n’aurait dû les voir se rencontrer. L’un est oublié depuis longtemps, l’autre n’existe pas encore. Mais le temps leur offre dans son immensité une chambre pour le week-end.

On peut penser que Lydia Ourahmane et Alex Ayed ont pensé à cette potentialité merveilleuse. Le travail qu’ils proposent à Chicago le laisse supposer. Dans cette salle indécise, de couleur grise, noyé d’un sentiment de brume, des objets égarés se rencontrent. Il peut s’agit d’une forme en verre, très fragile, quasiment perdue. Ou bien d’une balance sur laquelle reposent des charges emballées. À moins que ce ne soit un rayon lumineux, de couleur mauve, qui souligne les présences et les absences.

Les deux artistes ont à la fois un sens aigu de la poésie et du conceptuel. L’espace-temps a nourri quantité de leurs conversations, et par la même des questions qu’ils se posent sur la communication (ou sa perte). « Laws of confusion » est leur seconde collaboration, après « Risquons tout » (2021, Bruxelles).

Cette introduction au sujet peut donc laisser peser qu’il s’agira d’une création désincarnée, faite d’idées pures et de tristesses subliminales. Erreur. À la base du travail, Lydia Ourahmane et Alex Ayed s’installent pour commencer aux environs du Caire (Égypte). La ville, plus qu’aucune autre, croise des trajectoires infinies. Et cette richesse doit aussi se retrouver dans le substrat contemporain dont la réalité est faite. Les deux créateurs ont donc rassemblé différents matériaux, comme l’argile, les herbes sèches qui poussent sur les berges du Nil, des valises remplis de choses minuscules et symptomatique du lieu.

Un rayon lumineux qui souligne, qui délimite et rappelle ce que fut et que sera.

L’exposition de Chicago agit comme un instant du lieu d’origine. En bordure d’une route, d’un fleuve immense, dans l’ombre triangulaire d’un grand édifice, et que l’on ne voit jamais, ce que nous sommes, à l’échelle de notre vie. La réflexion ne doit pas donner le vertige, mais à comprendre ce que la temporalité rétablit d’équilibre, d’apaisement et d’infinitude.

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Laws of confusion, University of Chicago, Chicago (USA), du 11 déc. 2021 au 30 janv. 2022.
RC (ZO mag’)
Photos: DR , Courtesy of the artists.

Repères:
Lydia Ourahmane (née en 1992, Saïda, Algérie) vit à Barcelone. Alex Ayed (né en 1989, France) vit et travaille entre Paris et Tunis. Leur première collaboration, Risquons-Tout, a eu lieu au WIELS, Bruxelles (2020-21). Il s’agit de leur première grande exposition ensemble aux États-Unis.

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