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Chine-France / Peinture / Jin Bo / SOLITAIRES ET NAVIGUANTS

Il est difficile de dire l’heure et encore moins la saison. De même, le lieu échappe à toute cartographie. Et pourtant, vous connaissez cet endroit. Des personnes assises au bord d’un lac. La clarté est celle de l’eau et du ciel. Ou du souvenir. Elle est de la même matière. Du même déplacement.

La peinture de Jin Bo nait d’une étendue d’eau, dans des cadres à demi effacés, un ponton mangé de brume. Ne vous étonnez pas d’entendre des voix, au travers de ces monochromes gris et bleutés. Le temps et l’espace sont ainsi faits. Ils attirent l’humain, ils le retiennent. Vivants ou fantômes, c’est sans importance. Les toiles de Jin BO croisent les époques, contemporaines ou abolies. Parfois des enfants jouent dans l’eau, ils rient, ils s’éclaboussent. Petites histoires quotidiennes. Un train passe derrière le rideau d’arbres. Le peintre se souvient. De lui, de nous, du nord de la Chine, et d’autres endroits qui n’ont plus de nom.

« Le personnage saute dans l’eau pour s’échapper, le peintre aussi, il va vers une autre solitude« 

« Je n’ai pas une très bonne mémoire, dit-il. Certaines choses ont commencé à s’effacer. Pour dire la vérité, mes toiles aujourd’hui tiennent aussi d’un album d’images. » Il en est ainsi de la vie, comme des lieux dans lesquels elle s’est déroulée. Les paysages n’échappent pas à cette amnésie progressive. Dans une série qui s’appelle « Métamorphose », il peignait déjà en 2005, la transformation du visage et des gestes, pris de stupeur, tenaillés par le doute, dans un cri, dans une grimace qui se dessine. Les humains sont comme les villes prises par le froid. « J’ai grandi dans le nord de la Chine et plus précisément à Tianjin. Les hivers y sont très froids, la lumière aussi. Pour le reste, tout a vraiment changé. Le passé n’existe plus et la modernité… je ne comprends pas cette modernité. » Au fond, mieux vaut rester dans l’évanouissement de la toile et entretenir la discussion avec ce qui était.

« Je n’ai pas une très bonne mémoire, dit-il. Certaines choses ont commencé à s’effacer. Pour dire la vérité, mes toiles aujourd’hui tiennent aussi d’un album d’images. » Jin Bo

Mélancolie, comme sa dernière série, intitulée « Isolated Island » (2017-2020), et qui parle encore une langue endormie, à demi éteinte. Des mots lumière, des mots pénombre pour dire notre indécision d’humain, nos doutes, nos absences.

À la fin des années 80, Jin Bo avait à peine 11 ans, et il découvrait la peinture occidentale. Ce sont des années de construction, suggère-t-il, où « (je) découvre la Renaissance italienne, et cette étrangeté de la réalité qui (me) semblait sortie d’un rêve. » La Chine populaire ne tenait pas les mêmes repères. L’enfant s’initie, se familiarise à des couleurs différentes, puis il découvre un peu plus tard l’impressionnisme, l’abstraction et le conceptuel. « À ce moment-là, je m’éloigne des livres, et des expositions aussi, parce que je voulais rester avec ma peinture et l’aider à se construire, sans influence. »

Son arrivée en France n’a rien changé. Depuis quinze ans, le travail s’attarde sur cette notion du doute, qu’il soit identitaire, dans le lieu et dans l’âme qui est la sienne. Ce n’est donc pas un hasard si sa dernière série à la galerie Joüy (Paris) prend ce nom solitaire. « Isolated Islands » (voir encadré) fonctionne comme un archipel perdu et retrouvé, ou bien le souvenir de celui-ci. La géographie et le temps ne se mettent-ils pas en place d’une identique façon ? Par glissements progressifs. Par persistance rétinienne.

Roger Calmé (ZO mag’)
photos: by courtesy Jin Bo

« J’ai grandi dans le nord de la Chine et plus précisément à Tianjin. Les hivers y sont très froids, la lumière aussi. Pour le reste, tout a vraiment changé. Le passé n’existe plus et la modernité… je ne comprends pas cette modernité. » Jin BO

Et le corps, comme une architecture sous lequel passe une barque…

L’ENVERS DE L’EAU

Quand il envisage d’aborder sur ces « Îles isolées », Jin Bo a de bonnes raisons à ça. Il le dit lui-même, la première réflexion est celle sur le temps et la solitude que cette immensité entraîne. Les îles sont des repères, nous sommes des îles solitaires perdues dans le cosmos aquatique. Nous sommes à la recherche de nous-mêmes, au cours d’une vie qui est loin d’être cartographiée. La peinture aide à poser des contours à cette navigation. « Isolated Islands » participe donc de ce désir.

Dans les séries qui ont précédé, Jin Bo avance à plusieurs reprises dans ce sens. « Line of color » (2013, déstructure la scène et la traduit en bandelettes colorées, à la façon d’un cutting impressionniste. Plus loin encore, « G.Y » (2017) envisage la toile en monochrome, pâleurs constantes, absoutes du dessin. Mais c’est surtout « S.X » qui donne le ton. Le corps est en train d’être englouti. Il va disparaître de la surface (du tableau), englouti par le flot, le temps et les éclaboussures.

Isolated Islands poursuit donc cette plongée abstraite. Jin Bo associe deux besoins à cela. « Je suis à un moment où la figuration m’impose une limite, et le désir d’aller ailleurs me pousse à l’abstrait pour y trouver une respiration différente. » La présence répétée du plongeur s’explique en partie ainsi. « Le personnage saute dans l’eau pour s’échapper, le peintre aussi, il va vers une autre solitude, parce qu’il n’y a pas d’autre solution, mais c’est un besoin paisible, je dirais même que c’est joyeux.« 

Isolated islands, du 16 décembre 2021 au 18 janvier 2022 , exposition présentée en collaboration avec la Dupré & Dupré Gallery.
Pour des raisons complexes (et sanitaires), l’exposition devrait être prolongée au-delà de ces dates. A vérifier auprès de la galerie Joüy.
Le Joüy, 3 rue Borda 75003 Paris.
http://www.lejouyparis.fr/la-galerie

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Repères:
Jin Bo est né en 1978 à Huhehaote (Mongolie Intérieure, Chine).
Il a obtenu sa maîtrise à l’Institut des Beaux-arts de Tianjin (2001), avant de suivre une formation en Histoire de l’Art, Université Blaise Pascal (2004) et une maîtrise en Arts Plastiques, Université Mirail – Toulouse (France,2006).

Il vit et travaille en France et en Chine.

Infos: Jin Bo, 金波 | artiste contemporain | France-Chine. (jinbo-art.com)

Expositions individuelles (sélection) :
2022 : “Isolated island”, Galerie d’art Le Joûy, Paris (France)
2021 : “Jiang Hu”, Galerie L’imagerie, Toulouse (France)
2018 : Volodia, Montpellier (France)
2017 : “Different Pulses”, Art Factory Gallery, La Réunion.
2016 : “ Jin Bo / peinture 2007 – 2016”, Galerie Artrial, Perpignan (France).
2015 : “Portail”, A2Z Art Gallery, Paris.
2014 : Galerie Artrial, Perpignan.
2013 : A2Z Art Gallery, Paris.
2011 : “Empreinte”, A2Z Art Gallery, Paris.
      Galerie Carré Doré, Monaco.
      Galerie Lefor Openo, Paris.
      JAG Gallery, Paris.
2010 : Galerie Artrial, Perpignan.
2009 : Galerie Austral, La Réunion.
     Galerie Le Cent mètre carré, Clermont-Ferrand (France).
2008 : Galerie Orem, Paris.
     Galerie 5, Toulouse.

Dernières expositions collectives et foires :
2018-2019 :  “35×35 Art project”, Copelouzos Family Art Museum, Athènes (Grèce).
2017 : Art Up, Lille (France).
2015 : Art Beijing, Beijing (Chine).
2012 à 2015 : Art Paris , Paris (France).
2012 : “Histoires de Mémoires” Galerie Sans-Nom, Bruxelles (Belgique).
2011 : Créateurs contemporains en Midi-Pyrénées, Musée Ingres, Montauban (France).
2006 à 2010 : Salon de Mai ( Lauréat Prix Marin 2007), Paris.
2010 : “L’Angélus a 150 ans”, Espace culturel Marc Jacquet, Barbizon (France).
       “Nouveaux Regards sur Antonin Artaud” Espace Antonin Artaud, Rodez (France).
2009 : “The Yangjingbang Culture”, Galerie Dumonteil, Shanghai (Chine).
2009 : Shanghai Art Fair, Shanghai.
2009 : Pavillon of Art & Design London, London (GB).


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