Sénégal / peinture / Baye Ndiaga Diouf, un tableau… / COMPLICES DU CRIME

Un couple assis est en train de regarder une scène que des personnages jouent, dans une réalité décalée. Au premier regard, la toile de Baye Ndiaga Diouf s’ouvre de cette manière. Les acteurs sont nus, à déclamer leur texte. Si l’on prête attention, leurs mots sont chargés de colère, de folie et d’espoir. Un épisode de la vie, et certainement pire encore, à en juger la présence d’une arme automatique (fabrication soviétique, chargeur de 30 cartouches).

Mais en même temps, cette représentation apparaît comme artificielle. Elle semble mise en scène pour l’information (ou le plaisir) de ce couple souriant chez lequel elle ne suscite aucune réaction. Sont-ils en train de regarder le journal de 20h, un jeu télévisé, la retransmission d’un opéra chinois ?

« La mort organisée n’est qu’un spectacle anonyme qui confirme leur seul pouvoir. » Baye Ndiaga Diouf

Billie Zangewa, l’artiste du Botswana dit que « l’espace domestique est un lieu très politique. » Cette peinture de l’artiste sénégalais l’illustre bien. Il s’agit d’une toile assez rare dans la production de l’Afrique de l’ouest. Elle peut se rapprocher des tableaux que peint Sadikou Oukpedjo. Des humains, dans la représentation d’un drame (rituel et quotidien), donnent à voir leur inhumanité. Tout est dans le tableau. On parle d’un lieu béant, on évoque dans un raccourci saisissant l’ampleur du désastre. Mais l’impact est quasiment nul. Les deux spectateurs restent insensibles au « spectacle ». D’ailleurs, il n’est que ça. Une figuration dans laquelle ils n’ont aucun besoin de croire.

« Ce 21ème siècle nous mène dans l’obscurité. Aujourd’hui, personne n’est à l’abri de cette inconscience que les intérêts personnels provoquent. » Baye Ndiaga Diouf

Il y a quelques jours, Baye Ndiaga Diouf l’expliquait de cette manière. « Panorama » fonctionne comme « un état d’égoïsme, d’insensibilité chronique que le pouvoir entretient et derrière lequel il se protège. » Politique. « Ce 21ème siècle nous mène dans l’obscurité. Aujourd’hui, personne n’est à l’abri de cette inconscience que les intérêts personnels provoquent. Ces deux personnages sont totalement responsables du drame. » Toute la force du tableau est de suggérer qu’ils sont à la fois les gouvernants et les gouvernés qui refusent de voir. Nous sommes, dans notre indifférence, complices du crime.

Baye Ndiaga Diouf nomme cette mécanique de l’horreur, « le trône jubilatoire ». Ils sont là, repus et satisfaits, tandis que le monde se livre au sacrifice répété. « La mort organisée n’est qu’un spectacle anonyme qui confirme leur seul pouvoir. » Et de nous renvoyer dès lors cette image, que nous sommes en scène à la même place, dans une acceptation muette, décalée et indifférente. Complices du crime… et souriants.

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« Panorama », 5 x 2m. Acrylique, pigments naturels, poudre de café, journal et pastel sur toile (2021)
RC (ZO mag’)
Photo: DR et  Baye Ndiaga Diouf.
Contact: https://www.facebook.com/makhtar.diouf.96

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