USA / Plasticienne / Akiko Suzuki / A L’ORIGINE DE CETTE RENCONTRE…

Sur les parois, des mains ont été posées. L’empreinte est vieille de 27 000 ans. Celle ou celui qui la réalise utilise du pigment projeté à l’aide d’un tube. Ou bien la main est trempée dans un liquide de couleur, puis appliquée sur la roche. Quant à savoir le pourquoi, le mystère demeure entier. Nous ignorons tout de cette pensée qui précède le geste. Spéculations pures sur un acte premier, essentiel, et dont l’écho perdure.

« Obsession », encre sumi sur tissus blanc et points de machine à coudre, 2, 30 × 1 m (nov. 2021)

Est-ce qu’Akiko Suzuki, dans ces tissages composites, remonte à cet instant ? Sans doute, et plus encore à la question première, qui n’est pas une explication raisonnée. Réalisée en novembre 2021, le tissu « Obsession » associe les encres, le tissage et la broderie. Cette composition de plus deux mètres projette dans la forme un mystère vieux comme l’humanité. Le corps projeté, la conscience d’être, puis la confrontation à ce qui est autour, au groupe, sont de très vieilles interrogations… et elles n’ont jamais été aussi contemporaines. C’est toute notre histoire sociale et émotionnelle, nos recherches d’identité, nos appartenances, nos rassemblements, qui sont dans l’œuvre. Des mains à la surface de la pierre, vieille de trente mille ans.

Si elle a choisi le tissu pour l’exprimer, l’explication tient à des raisons similaires. Le tissage est une expression universelle, qui tient autant du sacré, du quotidien, de l’artisanat que de la création. Tout est intimement lié, comme le fil de chaîne et le fil de trame, qui se croisent à l’infini. Dans les années 90, alors qu’elle traverse une dépression, Akiko Suzuki s’est souvenue des motifs de kimono tels que sa grand-mère les réalisait, et des broderies de sa mère. Elle expliquera plus tard que « ce contact du tissu et cette conduite du fil sont depuis connectés à des images de guérison. » Le tissu se reconstitue. De la déchirure, elle rapproche les bords, puis elle recoud et restitue la continuité.

Quand il l’a rencontrée en 2016, Ron Shelton remarque en premier cette capacité peu ordinaire d’associer dans une même œuvre, la matière et l’abstraction comme deux éléments poétiques, générateurs d’images et de sens. Mais il souligne aussi cette volonté de collaboration, et qui est très singulière dans le milieu créatif. Nombre de ses œuvres ont été réalisées avec Carl Heyward. L’œuvre est conduite ensemble, elle se nourrit de la sensibilité de l’autre, tout comme de sa maîtrise technique. Peu importe qui fait quoi et quand, c’est l’acte de faire qui produit cette charge d’émotion. Ce qu’elle appelle « la pratique connectée. »

« …exprimer la nature invisible de la pensée, de la sensation cutanée, de la poésie de l’Amour et d’Eros ou des pressentiments qui se produisent avant la pensée. «  Akiko Suzuki

En 2014, le Global Art Project (GAP) naît ainsi de ce rassemblement d’énergie. Les artistes viennent du monde entier partager un instant de pensée, de création, de collaboration lointaine ou rapprocher. Des ateliers sont mis sur pied. Ce sera le cas de Dakar (Sénégal) où de grandes œuvres prennent racine et envol. « C’est incroyable ce qu’une aiguille est capable de produire de rêve, de liberté, » dit-elle au moment de la réalisation de « Mystère de l’amour, de la colère et de l’illusion », en 2016. Il s’agit alors de la plus grande courtepointe qu’elle ait entreprise (9, 75m x 1, 50). Mais plus que ses dimensions, on remarquera que les membres du GAP ont tous participé à rassembler les matériaux. Ouvrage communautaire en somme, et qui affiche encore une parole sociale, en direction de ceux qui sont opprimés, victimes du racisme et des abus de pouvoir.

Le chant de l’oiseau, à l’image de l’humain, dans la fragilité du son et du lieu qui est le sien.

Rassembler, par la forme et la matière, reconstruire le lien, le fil social et plasticien, associer les volontés, réparer les blessures : dans les œuvres qu’elle construit, Akiko Suzuki entretient cette volonté. Elle le dit ainsi : l’oeuvre « exprime le pouvoir de la voix calme, la voix des femmes et des enfants qui n’ont pas le pouvoir de s’exprimer » et « exprime la nature invisible de la pensée, de la sensation cutanée, de la poésie de l’Amour et d’Eros ou des pressentiments qui se produisent avant la pensée. »

Mon travail exprime la nature invisible de la pensée, de la sensation cutanée, de la poésie de l’Amour et d’Eros ou des pressentiments qui se produisent avant la pensée. Les œuvres intuitives naissent de la vie quotidienne comme les romans. Les mots issus du flot de mon imagerie deviennent de la poésie. Akiko Suzuki

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Roger Calmé (ZO mag’)
Photo A. Suzuki et Carl Heyward
contact: https://www.facebook.com/globalartproject2020
https://www.facebook.com/qusaki

Repères :
Akiko Suzuki est née en 1960 à Osaka (Japon). Elle est diplômée en design visuel au Kyoto Art Junior College (1986), où elle a étudié la vidéo, la photographie et la 3D. A commencé le travail de la courtepointe (textile) en 1990.
En 2014, elle est à l’origine avec Carl Heyward du Global Art Project, qui regroupe 53 membres travaillant dans 12 pays.de nombreux studios ont ainsi été organisé partout dans le monde (Italie, Amérique, Mexique et au Sénégal.

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