Maroc / Exposition / Peinture / Omar MahfoudiL’INDECISION DE L’EAU

Certains films commencent de cette façon. Les personnages émergent de l’eau, ou de la brume qui est posée sur l’eau. Ils progressent dans ce silence lacustre. Parfois, ce sont des histoires de guerre. Et le réalisateur montre en même temps des enfants qui jouent avec le soldat. La scène est un état d’esprit. Dans ce paroxysme de la violence, un instant de paix absolu, originel, d’innocence partagée, et de l’eau qui baigne cette humanité.

Discuté avec Omar Mahfoudi de ce rapport à l’eau dans le cinéma. Il explique son amour du film, capable d’intégrer des langages tellement différents, d’être le théâtre et la peinture aussi dans la façon de composer la couleur, la photographie, et la partition musicale qui pose dans les branches le chant d’un oiseau. Omar Mahfoudi peint ces instants, qui ne sont pas des lieux, qui sont des états de l’âme.

Mémoire de l’eau, du limon, réminiscence de ce que l’on a été, de rêve et d’innocence.

« El Dorado », exposé en ce moment à la galerie Afikaris (Paris), s’incrit dans cette longue chronique. Une fois encore l’eau revient au fil des toiles, parce qu’elle demeure pour le peintre le liquide nourricier dans lequel la toile grandit, avant que le pinceau n’en écrive l’histoire formelle. « Je commence toujours par renverser de l’eau et la faire se déplacer, en soulevant un bord, et puis un autre, de voir ce qu’elle va dire, en se mélangeant avec l’encre, la couleur. Je n’ai pas vraiment d’idée sur ce qui peut arriver. » L’eau dépose son limon, elle laisse son mouvement s’inscrire dans le sable rétinien. Nous sommes entre les bras de cette rivière, baignée de pigments et de lueurs. Nous sommes à la surface de ce miroir, posés dans cette indécision de l’eau et de la question que nous nous posons. Le temps est à l’image de cette couleur mouvante et de l’or qu’elle charrie. Illusion de la lumière ou matière en suspension… Les deux à la fois sans doute.

L’eau qui coule et au-travers nos rêves qui s’attardent un instant. Peut-être que c’est une réflexion sur nos illusions. De quoi sont-elles faites ? » Omar Mahfoudi

Le cinéma. La « Nostalgia » russe qu’Omar Mahfoufi mentionne parfois ou de ces scènes immenses que Werner Herzog est allé chercher sur le fleuve amazonien. L’eau silencieuse, ponctuée par des cris d’oiseaux, et ce monologue de la vie. A l’image de cette barque qui glisse et sur laquelle le guerrier fou parle de son rêve d’El Dorado. « Je voulais utiliser l’or, parce qu’il brille de la même façon que la lumière. Il pose des paillettes scintillantes au fond. C’est à la fois très fragile et très beau. J’ai pensé à ça. L’eau qui coule et au-travers nos rêves qui s’attardent un instant. Peut-être que c’est une réflexion sur nos illusions. De quoi sont-elles faites ? »

Les mots d’Omar Mahfoudi deviennent de plus en plus précis, parce que ce sont des peintures qui les nourrissent et non pas l’inverse. Il n’y a d’autre discours que cette scène vécue, de cette innocence que l’on retrouve dans des instants révélateurs et réparateurs. La rivière en est un. La toile de même, posée sur le sol, dans la lumière qui commence. Cette baignade dans la brume du matin. Est-ce bien le matin ?

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El Dorado, Omar Mahfoudi, du 11 décembre 2021 au 11 janvier 2022, galerie Afikaris (Paris)
EL DORADO (afikaris.com)

RC (ZOmag’)
Photos : by courtesy Afikaris

Principales expositions :
2019 :
Performance de peinture en direct, ouverture de  » Femmes du Monde Arabe » « , Paris, Musée du quai Branly Jacques Chirac, Paris (France).
     « LES EGARES », Briare, Centre d’Art du château de Trousse-Barrières
      Foire d’art Africa Now, Zurich (Suisse).
     « TANJAWI » & « LES EGARES »Galerie Conil, Tanger (Maroc).
2018 : Performance de peinture en direct,  » Exotique ? « Paris, Musée du quai Branly Jacques Chirac, Paris
« TANJAWI »Le Point Ephémère, Paris
2017 : Dyptique, Printemps du Dessin Contemporain, Casablanca (Maroc).
     AKAA Art Fair, Paris.
2016 : « NAVEGANTES », 11 min (2008), Festival Zones Portuaires, Saint-Nazaire (France).
     « EXPECTATIVA Y MEMORIA »Cerculo de Bellas Artes (exposition collective), Madrid (Espagne).
2015 : « SALON MAROCAIN », Foundacao de Serralves (exposition collective), Porto (Portugal).
     « TANGER, 1981″, Galerie Formato Comodo, Madrid.
     Arco art fair, IFEMA, Paris
     « DESORDRE Institut Français de Tanger (exposition collective)
2014: « MAROC CONTEMPORAIN  » Institut du Monde Arabe, Paris.
     « TANGER TANGER« Gaîté Lyrique (spectacle de groupe), Paris

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