Ghana / Photographie / James BarnorLA ROUTE À SUIVRE

Si on devait définir un être humain, on pourrait dire qu’il est à l’image de la société qui le porte. Il connaît les mêmes difficultés, les mêmes envies, il pose des regards similaires. L’histoire se rappellera d’ailleurs ça. Un personnage dans une rue qui regarde passer d’autres personnages, et parfois une voiture dans laquelle est assise une fille en couleurs. Tout le monde faisait ainsi, le soir, dans les cafés d’Accra.

En 1959, deux ans après l’indépendance du Ghana, James Barnor, jeune photographe, quitte son studio d’Accra et contre l’avis de ses proches décide de gagner la Grande-Bretagne. On peut dire, sans risque de se tromper, que cet homme a construit sa vie autour et pour la photographie. S’il quitte le Ghana, dans cette époque très stimulante de l’Indépendance, le but est photographique. À trente ans, il souhaite tout reprendre à zéro et acquérir les meilleures bases qui soit. Peu importe la difficulté de la vie, les contrats difficiles et contraignants, l’éloignement de son pays, cet exil volontaire est celui de la reconstruction.

Les fins de semaines, les jours de congés, les sorties entre copines, le stand de tir....

« The Roadmaker », titre de l’exposition (et du livre), retrace l’élaboration du travail. Image après image, James Barnor enregistre cette transition culturelle que la jeunesse ghanéenne traverse. Pendant ces dix ans, il explore au-travers de la modernité cette communauté africaine dans ses choix, ses incertitudes, dans cette part de jeunesse qui l’amène au large d’elle-même et de sa propre culture. Dix ans où il multiplie les portraits comme autant de témoignages vécus, dans une observation attentive de la « street society ». Dix années qui le voient aussi s’intéresser à la couleur et à la photo de mode, laquelle découvre la peau noire, avec beaucoup d’étonnement, une grande curiosité, peu habituée à ce qu’elle s’invite dans le cadre. Ou que l’Angleterre l’autorise à s’y mettre.

Jour après jour, ce que la rue donne à voir et à se souvenir. On en aura besoin plus tard!

À la fin des années 60, James Barnor est reparti pour Accra, où il a poursuivi à la fois le photoreportage, la prise de vue en studio, le portrait et la mode. Et de la même manière, il a rassemblé au-travers de ses innombrables travaux les éléments de la mémoire sur lesquels le Ghana d’aujourd’hui trouve son équilibre. Clichés posés sans artifice, d’une grande rigueur, format carrés, angles droits qui disent les choix, l’instant, compositions arrêtées, comme cette femme, en période de Noël, accoudée à son poste de télévision sur lequel est posé un sapin synthétique.

…l’instant social et humain pour mise au point.
Auteure de la préface, très attentive au cheminement, Damarice Amao (historienne de l’art et de la photographie) situe très bien le travail et la volonté d’inscription. Elle le compare aux plus grands, à l’image de Goldblatt, de Keita, Sidiké ou de l’américain Paul Strand. Quelle que soit leur époque respective, des photographes qui mettent l’instant social et humain pour mise au point.

A la fin des années soixante, James Barnor retourne au Ghana et poursuit cette même observation sociétale. Soixante années d’écoute visuelle.

« The Roadmaker » ne contient rien d’autre que cette attention. Et ce livre vient à merveille. Il rassemble d’indispensables données, il rappelle l’exigence et la pensée nécessaires à la conduite d’une carrière. L’époque est venue aujourd’hui de transmettre tout ça. Le Ghana tient dans ces images des repères fondateurs. Et pour les jeunes photographes, du Ghana et d’ailleurs tout autant, des points d’orientation qui permettent à la route de ne pas (trop) s’égarer.

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James Barnor : The Roadmaker 25 novembre 2021 au 19 février 2022, Galerie Clémentine de la Féronnière, (Paris).
Roger Calmé (ZO mag’)
Photos: James Barnor et by courtesy Galerie Clémentine de la Féronnière

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