Ghana/ Dessin / Patrick Tagoe-TurksonCE MATIN, TOUT PEUT COMMENCER

Et puis il y a ce dessin. Il faut l’écrire de façon abrupte. Quelques jours plus tôt, Patrick Tagoe-Turkson dépeint l’harmonie possible entre l’humain et le rivage. Son travail respire l’immensité de l’océan et sur cette frange fragile, notre part d’incertitude. Rencontres et apaisement possibles. Et soudain ce dessin, cette encre sur papier qui prononce une tout autre réalité, à savoir le matin des décombres.

« … nos vies peuvent être plus belles et plus épanouissantes à ce moment-là, quand tout en nous et autour de nous semble avoir pris fin. » Patrick Tagoe-Turkson.

Au lendemain de la dernière guerre, l’Europe se réveille dans l’anéantissement. Des villes entières ont été rasées. Le Japon a vécu le cauchemar atomique. Il ne reste rien que des carcasses de terre et de béton, et des populations qui cherchent le moyen de survivre. C’est un peu de cette façon que Patrick Tagoe-Turkson introduit son sujet. Il fait penser à ces vestiges que les cinéastes néoréalistes filment, comme de Sica ou Rosselini. « Accra, ville ouverte ». Et dans ce désastre, le renouveau, la vie qui revient, la lumière… ici, ce n’est pas de Rome qu’il s’agit, mais des ruelles qui entourent sa maison et son atelier. Du cadre qui l’a vu grandir et jouer, du trottoir qu’il fallait longer pour rejoindre la mer.

Et dans ces décombres, une autre vie va commencer.

Partick l’explique dans un texte court en annexe à l’image: « Ce projet a été assez incroyable. Voici l’un des dessins à l’encre où j’explore les structures des vestiges tombés des bâtiments à Sekondi, Takoradi où je vis. En effet, nos vies peuvent être plus belles et plus épanouissantes à ce moment-là, quand tout en nous et autour de nous semble avoir pris fin. Quelque chose peut déclencher une nouvelle vie. Nous avons juste besoin de trouver ce quelque chose. »

Dans ce tableau d’encre, d’ombre et de clarté, des fenêtres, des escaliers suspendus. Le regard va d’étage en étage. Sur le toit, sans doute des oiseaux, dont un homme prend soin. La narration peut à tout instant commencer et nous parler d’une vraie vie, faites d’instants intelligibles et remplis de sens. Demain ? Il faut y croire. Cette période de folie touche à son terme. Au plus profond de nous, il y a une obligation de se reconstruire. Nous avons les mains, le sable, le ciment et l’eau. C’est un matin et tout peut commencer.

« Sekondi, Takoradi », encre et technique mixte sur papier, A3 (2021).
RC (ZO mag’)
Photo : P. Tagoe-Turkson
https://www.facebook.com/patrick.tagoeturkson

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