Ghana / Photographie et numérique / Prince Gyasi (Nyantakyi) / FESTIVE ET SOCIALE

Au départ, Prince Gyasi agit sur la rétine comme une amphétamine visuelle. L’ampérage est maximal et le voltage chromatique explose les tympans. On pense rapidement que l’artiste vient s’ajouter à cette liste de producteurs d’images branchouillées. Les galeries en montrent quelques-uns qui vont super bien avec les canapés plein cuir et les luminaires ethniques. La couleur coule, directe sortie du tube. Sans état d’âme, réconfortante, 3000 euros, 20 % sur le deuxième achat, possibilité de paiement en trois fois. Et puis on y regarde de plus près… Et la différence saute aux yeux.

Originaire d’Accra, précisément de Jamestown, quartier de pêcheurs de la capitale.

Il y a trois ans, l’artiste ghanéen (26 ans) déboule sur les écrans avec des images prises avec son iPhone. Il est originaire d’Accra, plus précisément de Jamestown, quartier de pêcheurs de la capitale. Son univers est musical autant que visuel. Dans ses interviews, il parle du hip-hop, de l’influence US, des images d’Harlem tournées par Art Kane en 1958. Et de l’éducation. Leitmotiv permanent qui l’amène à créer l’association BoxedKids en direction des gamins défavorisés. L’éducation pour sortir de cet engrenage. Le hip-hop est aussi un médium social, une conscience qui s’aiguise et nourrit son écran. En 2018, Vanity Fair le classe parmi les neuf artistes visuels les plus prometteurs du continent. Un an plus tard, il est à l’Art Basel de Miami et à Seattle.

La Nouvelle Renaissance africaine doit raconter son histoire telle qu’elle est. C’est ce que je fais (…) C’est ce que tout Africain est censé faire. (…) Gyasi

Parce qu’il y a les images. Prince Gyasi est une centrale en fusion. Il ne travaille pas une recette de cuisine, mais produit des dizaines de beats différents, en phase directe avec le contexte urbain, le quartier et le sentiment de son époque. Ce ne sont pas des mecs en costard qui sirotent des boissons fluos au bord de la piscine. « La Nouvelle Renaissance africaine doit raconter son histoire telle qu’elle est. C’est ce que je fais (…) C’est ce que tout Africain est censé faire. (…) Montrer à des enfants qu’il y a de l’espoir pour l’avenir, et qu’il peut devenir quelqu’un de plus grand. » La couleur devient un rythme visuel. Un beat puissant pour montrer la force, l’endurance, la beauté de l’âme, la richesse des gestes et de la culture, le potentiel de toute une génération, prête à croire en elle. Et ce n’est pas un discours. Des centaines d’images qui bousculent la représentation, des scènes qui touchent tous les compartiments du jeu sociétal.

Dans le texte, on appelle ça la « hiplife ». Ce n’est pas seulement une attitude, c’est un engagement philosophique, un concept « politique » autant que visuel. Evidemment, vous pouvez en faire un poster pour votre salon. Mais sa vérité est dans la rue, dans les associations de quartier, au concert et à l’école. Éducation mec !

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RC (ZO mag’)
Photo : DR et Prince Gyasi (galerie NIL Paris)
Prince Gyasi – Galerie Nil (nilgallery.com)
Tél. galerie : (+33) 1 44 54 04 07

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