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Online / Photographie / 6e édition PhotoVogue / LE LION ET LE CHASSEUR

La photographie cultive d’étonnants paradoxes. D’un côté, elle est un témoin de l’histoire. Elle enregistre, elle documente. De l’autre, on fait dire n’importe quoi à un témoin. Il suffit d’orienter la lumière. Selon un proverbe africain (savoureux): « jusqu’à ce que les lions aient leurs propres historiens, l’histoire de la chasse glorifiera toujours le chasseur ». Vous avez deviné de quoi il s’agissait. C’est le chasseur qui tient l’appareil photo et le lion n’est pas en état de discuter.

« Reframing » (en anglais recadrer) pose sur l’image un autre regard que celui qui prévalait jusqu’ici. Nous ne sommes plus dans le « cadre », dans la façon de parler, de voir et de composer l’histoire de la même manière. Politiquement correcte et bien dégagé sur les oreilles. Pour sa 6e édition, Photo Vogue Festival présente des projets qui récupèrent l’histoire (présente ou passée) et la restituent à leur convenance. On suppose donc que cette vision (très) alternative n’entre plus dans les limites imposées. Le chasseur est déséquilibré, il vacille et le fauve que l’on croyait endormi ouvre un œil. Clic-clac, il prend le cliché !

Les 35 artistes présentés ont été sélectionnés parmi plus de 25 000 images et 2500 photographes de 98 pays différents, c’est-à-dire de tous les continents. Depuis dix ans, la plateforme a attiré quelques 250 000 photographes et visionné 700 000 clichés. Et cette masse considérable de documents, ouverte à tous, enrichie à la fois par des professionnels ou des amateurs contribue au pluriel magistral, à la polyphonie oculaire et mémorielle.

Est-ce ainsi qu’il me faut apparaître, dans cette fiction qui n’est pas la mienne?

Cette année, elle propose à la fois une déclinaison « physique », à Milan et sur trois jours, à laquelle succède le prolongement « online ». Trois sections se complètent les unes les autres et voient s’afficher un générique institutionnel impressionnant (Adap, Magnum, de photographes, d’intellectuels aussi qui ont animé les tables rondes (également enregistrées et traduites). On reste plus sceptique sur le rajout des deux blockbusters (Anne Boleyn et David Copperfield) dont la contribution reste plus anecdotique. En tous cas, des entrées multiples et une visibilité sur toutes les réalités fortes du moment, à commencer par les minorités, qu’elles soient sociales, géographiques, liées au genre et à ses alternatives, de toutes les langues… Des minorités qui sont comme les lions, n’est-ce pas, devant lesquelles le « chasseur » faisait son malin.

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Expositions à BASE Milano – 18-21 novembre 2021.
Sur la plateforme digitale à partir du 18 novembre.
www.photovoguefestival.vogue.it
RC (ZO mag’)
Photos: Dimakatso Mathopa, Kenedi Carter, Namsa Leuba, Dustin Thierry…

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