Sculpture et installations
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Haïti / Plasticien / Dubréus Lhérisson / UNE LUMIÈRE NOIRE ET CLAIRE

Des portes s’ouvrent et d’autres se referment. Dans l’intervalle, la lumière passe et sur cette clarté, sont écrites les paroles des esprits. Ces mots sont apaisements et solutions. C’est ainsi que les choses sont en Haïti. Quand il a dix ans, Dubréus Lhérisson a été placé chez le prêtre « Ti Bout ». C’est là qu’il a croisé David Boyer avec lequel il apprend la confection des crânes, des poupées et d’autres objets quotidiens comme les passoires et les cambrages (tiges de chaussures), les passoires et les cercueils, les croix et les drapeaux. Il est un enfant très habile, capable aussi de capter la lumière noire, celle qui dit, qui calme, celle qui établit le bon contact avec les loas (esprits). Dans cette cour de Port-au-Prince, il apprend le langage et la beauté qui deviendra plus tard la bonté.

Il n’y a pas de frontière entre le profane et le sacré. En 1981, Lhérisson et Boyer ont ouvert leur propre atelier. Son ami d’enfance s’intéresse aux déchets électroniques, aux boutons, fourchettes et fabrication des bossous. Dubréus se consacre aux poupées et aux crânes, ornés de paillettes, scintillants et apaisants. La poupée n’a rien de démoniaque entre ses mains, au contraire. « Chaque œuvre symbolise la paix, l’amour, la sécurité, la confiance. L’art que je produis ne veut pas faire le mal, mais le bien. » La poupée ne consacre pas des sacrifices ; elle symbolise la vie. « Si je travaille une poupée, dit-il, je pense d’abord à la joie que j’apporte dans un foyer. »

Lors d’une exposition à Santa Fe (USA), en 2016, une femme en fait l’acquisition. Un peu plus tard, elle retrouve Dubréus et le remercie abondement. Depuis que la poupée est chez elle, le domicile ne subit aucune influence néfaste. Des amis à elle voudraient en acquérir. C’est effectivement une composante importante de son art. Jamais Dubréus ne dissocie cette « poésie » et cette esthétique personnelle, de la fonction première cultuelle. Et en cela, il est proche de plusieurs artistes béninois (Jumeaux Ouattara), contemporains et dépositaires de la croyance ancienne.

« Chaque œuvre symbolise la paix, l’amour, la sécurité, la confiance. L’art que je produis ne veut pas faire le mal, mais le bien.«  Dubréus Lhérisson

Depuis qu’il a ouvert en 1992 sa galerie à Pétionville (Haïti), puis l’espace « BrutEdge » dans le New Jersey (USA), Reynald Lally suit avec attention ce travail remarquable. Dans la culture du vaudou, les chemins se croisent et se recroisent. Ils tissent autour de l’humain un réseau serré de significations. Dubréus Lhérisson participe donc à ce textile symbolique et retrouve ce même humanisme à Béziers (France), où Lally inaugurait en 2020 un nouveau lieu, consacrés aux arts haïtiens. Décorés de coquillages, de perles, de sequins, enjolivés de cauris et de boules d’ambre, les crânes exposés à Paris en 2012 (Grand Palais) sont pour certains visibles ici. Rien d’effrayant à leur fréquentation. La clarté domine, la lumière noire dépose des particules d’or dans les fragments des miroirs. « M » n’est pas maudit, mais émerveillement.

RC (ZO mag’)
Photos: La collection de l’Espace Lally contient plusieurs pièces de l’artiste (poupées, bizangos, têtes vaudoues…). Dubréus Lhérisson faisait partie de la première exposition (2020) « Coup de foudre… ».
Contact: https://www.espacelally.com/
Espace Lally, 31 rue du 4 Septembre, 34500 Béziers.?
Tél.:  +33 (0) 6 16 67 44 15

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Repères:
Lhérisson Dubréus est en 1971, au cap Haïtien de parents très modestes. Très jeune, il commence à travailler dans l’atelier de fabrication de drapeaux et d’objets pailletés du prêtre vaudou « Ti bout ».

En 1989, rencontre avec son ami d’enfance David Boyer, le sculpteur Pierrot Barat. À partir de 2008, et la création de l’atelier ‘Kongo Lawouze’, expose régulièrement sur l’île et à l’étranger (Hollande, USA, Allemagne, Grand Palais (Paris)) En 2012, plusieurs pièces sont intégrées aux collections permanentes du Quai Branly-Jacques Chirac.

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