Un tableau...
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Madagascar / Numérique / Maherisoa Rakotomalala, une image… MAMAN, J’AI FAIM !

Qu’elle soit numérique, peinte à l’huile, sous la forme d’un hologramme, en version visuelle ou olfactive, quelle image vous vient à l’esprit au moment d’évoquer la Terre nourricière, féconde et protectrice ? Cette terre, abondement évoquée sur les calendriers de la Poste et les bulletins paroissiaux a un sein découvert et un marmot qui lui agace le téton. Elle remplit les églises et les régiments, elle s’en va au front de 14 et en Indochine. Les tirailleurs (sénégalais et marocains), les soldats de l’Armée rouge, les pauvres diables entassés dans les fourgons à bestiaux s’en remettent à elle. Notre mère la terre… dans laquelle nous finissons, le ventre crevé par une baïonnette. La Terre, la patrie en somme, le sillon tricolore, le drapeau. STOP !

Il faut un certain courage pour oser encore la figurer ainsi. Ou bien une dose considérable d’humour. A moins que ce ne soit l’émerveillement de l’enfant. En tous cas, Maherisoa Rakotomalala laisse toutes les portes ouvertes. Et sa terre prend le cadre avec l’aplomb d’une madone noire dans un tableau de la Renaissance, enchâssée d’or et de motifs africains. Les codes se télescopent. Les images foncent les unes en direction des autres, et dans un grand vacarme, une déflagration peu ordinaire, un sein, une mamelle sort des ténèbres et rassasie le visiteur.

« C‘est une femme de Tulear (sud de Madagascar), mais rien de plus. Le lien informatique ne dit rien. Il n’y a aucune date d’expédition, aucun destinataire. » Maherisoa Rakotomalala

A l’origine de cette figuration, Maherisoa Rakotomalala a choisi une vieille carte postale, à la Bibliothèque nationale. « C’est une femme de Tulear (une ville dans le sud de Madagascar), mais rien de plus. Le lien informatique ne dit rien. Il n’y a aucune date d’expédition, aucun destinataire. » L’artiste tourne le cliché entre ses doigts et décide d’en faire sa Terre, son lopin sémantique, son petit carré de légumes. Sur ce carré magistral apparait alors cette mère dans un cadre géométrique, coloré d’ocre et de noir, et une ordonnance des signes rassembleurs, le passage d’une cariole paysanne et la présence d’une auréole qui coiffe l’enfant et sa mère.

L’artiste sourit. De cette manipulation, il parlera. De cet exotisme qui n’existe pas, de ces vierges qui n’en sont pas et se font passer pour…  « En même temps, il y a cette Terre qui est notre terre, dit-il et qui n’a rien à voir avec « une représentation que le colonisateur a vendue pendant des siècles. » Comme une réclame publicitaire, qui nous incite à acheter l’emballage plutôt que le contenu. Stop. Nous n’avons besoin de rien, nous refermons la porte.

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« La terre est une mère qui ne meurt jamais », impression numérique, 40 x 40cm (2021).
RC (ZO mag’)
Photo: Maherisoa Rakotomalala
Contact :
FB: Maherisoa Rakotomalala
E-mail: petitmaherisoa00@gmail.com

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