L'édito
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EDITO 4 / D’autres références

Si elles font fréquemment la « une », les ventes aux enchères le doivent d’abord aux montants atteints par les toiles. De la peinture, on se moque un peu, ce qui nous intéresse, c’est l’empoigne entre Basquiat et Picasso. Allez, ne soyons pas injustes, une vente permet aussi de mesurer l’intérêt (occidental) porté aux créateurs africains. On parle alors des plafonds atteints par certains artistes, des collaborations étroites que les foires et les maisons de ventes peuvent nouer. Ces arrangements brassent des millions. De rares artistes en profitent, mais toute l’attention est focalisée sur le business.

L’autre manière d’évoquer l’activité est de revenir sur l’éclairage que ces ventes apportent. Il y a quelques jours, Piasa mettait aux enchères des pièces signées Theo Eshetu, Mwangi Hutter, Donna Kukama, Maurice Pefura et Andrew Tshabangu. Ces œuvres offertes par les artistes serviront pour 50% à soutenir la Fondation Moleskine. Simon Njami en était le commissaire d’exposition. Pour rappel, Moleskine accompagne partout en Afrique des créateurs issus de communautés défavorisées. L’art contemporain peut donc bénéficier de ce levier et se voir propulsé sur une scène planétaire.

Dans quelques jours, le 24, la même maison Piasa va également mettre en vente 68 lots, issus de la collection Maine Durieu. Pour mémoire cette grande collectionneuse a sillonné l’Afrique dans les années 70 et rassemblé, sur des coups de cœur d’une réelle pertinence, des artistes (occidentalement) inconnus. Piasa en propose certains, comme Losseni, Zéphirin ou Bili Bidjoka, dont il est difficile de trouver une simple trace biographique. Ne nous intéressons pas aux prix qu’ils vont atteindre, mais plutôt à cette chance de les voir. Losseni est un artiste considérable, un aventurier du trait. Bili Bidjoka dessine déjà dans les années 80 ce qu’Amadou Sanogo ou André Kané (Burkina Faso) réalisent aujourd’hui. Et Zéphirin dépeint une ville aseptique et violente à la fois, glaciale et enjouée, qui n’est pas sans rappeler l’école de Kinshasa.

Bref, ce sont des piliers dont personne ne parle. Il est important que ces ventes permettent aux peintres (et aux critiques) de revoir leur système de référence. Les créateurs africains se voient si souvent comparés à des Occidentaux. C’est très étrange, d’autant que leur propre histoire picturale abonde de liens continentaux permanents. Le système qui prévaut aujourd’hui fausse considérablement la lecture de l’œuvre. Les peintres hélas n’en ont pas toujours conscience. Leur regard reste posé sur le modèle occidental (et la galerie qui va avec, et le langage, et la façon d’être…).

Ce n’est rien enlever de Kooning et de Staël que de se référer à un peintre ghanéen comme Glover (Ghana), maître incontestable de la lumière et du mouvement. Ou parler de Mode Muntu (Congo) sans le comparer systématiquement à Keith Haring (USA)… qu’il précède d’ailleurs de 15 ans !

La rédaction

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