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Iran / Peinture / Mohammad Ariyaei / IL N’Y A PAS D’OBSTACLE A L’AMOUR (*) ?

C’est une histoire qui chevauche la réalité et l’imaginaire. Elle pourrait être écrite au fond d’une maison de terre, dans cette tempête permanente qui court sur les montagnes de l’Asie centrale. Ici, aucune géographie n’est exacte. Les paysages et les humains sont sans cesse victimes de l’illusion. D’ailleurs, il arrive que l’humain lui-même soit un esprit. Et que la maison dont il est originaire, se situe à l’envers de ce village proche d’Ispahan, où Mohammad Ariyaei a grandi. C’est écrit, à n’en pas douter dans cette extraordinaire peinture qui sort de ses mains. Aucun tableau ne peut avoir cette vigueur, cette exubérance sans l’assistance d’une puissante magie.

Quand elle décide il y a deux ans de montrer le travail du peintre iranien, Claire Corcia a eu connaissance de l’histoire qui était la sienne. On se contentera de retenir quelques éléments qui éclairent la toile et montre la vitalité de la main.

Durant toute son enfance, Mohammad Ariyaei a grandi dans cette spiritualité. Sa grand-mère passait elle-même pour une magicienne. C’est elle qui nourrit l’enfant de soupe et de contes, de prières et de légendes soufistes. Et quand il quitte à 13 ans sa famille pour rejoindre Téhéran, le jeune Mohamad s’est construit un monde protecteur. Pour se défendre le seul recours de l’imaginaire ne peut suffire, mais il aide à supporter le vent.

La peinture est là, dans ce premier repli d’enfance, comme un germe. Elle viendra plus tard. En attendant, il est veilleur de nuit, il travaille dans une laiterie, il fabrique des autos, devient soldat et retourne au village après ces quatre années d’apprentissage. Un ami, dessinateur, de Téhéran lui conseille alors de montrer ses dessins.

Au premier regard, ceux qui le découvrent comprennent la puissance narrative et le décalage qui habite son travail. Ses personnages sont porteurs d’histoire. Elle peut être personnelle, elle peut revêtir un aspect symbolique ou traduire les chaos que l’humain génère dans les cités maladives. A quoi bon démêler le vrai du faux ? Ces deux compères sont comme larrons en foire. Et c’est justement cette complicité que Claire Corcia montre ici.

La vie est une putain qui met du parfum parisien sur ses plaies purulentes. Et la plaie est une bouche qui chante.

Cet accrochage de quarante tableaux est le premier de cette ampleur en France et en Occident. Des acryliques de tous les formats, de toutes les couleurs et tous les gestes. L’écriture incantatoire voisine la figuration de femmes fautives et d’hommes avec des seins. Peu importe l’apparence qu’ils prennent. Peu importe le genre qu’ils se donnent : la vie est une putain qui met du parfum parisien sur ses plaies purulentes. Et la plaie est une bouche qui chante.

Dans ce paysage du tourment, où l’humain est à l’image d’un esprit malfaisant, il faut un rire constant pour survivre. Mohammad Ariyaei développe cette formidable capacité de mettre la réalité ou le cauchemar en images parodiques, truculentes et cocasses. Un dessin d’enfant ? Ses toiles sont d’une symbolique permanente. Elles tournent sur elles-mêmes comme un derviche et ouvrent à chaque regard des perspectives différentes, des clins d’œil à la poésie persane et aux acteurs des mangas, comédiens kabuki, dragons de Chine et d’Amérique. Une guerre arrive, qui fait suite à une guerre, qui prolonge l’immense silence. Alors Mohammat met du cuivre et tape sur les cymbales de la couleur. C’est notre enfer intérieur qu’il montre, la faille qui nous partage et nous abîme. C’est le naufrage d’un monde et la venue d’un autre. Bienvenue sur la margelle d’un souriant précipice.

(*) titre d’un tableau de M. Ariyaei.

 » Iranian Awakening Lodge », Mohammad Ariyaei. Du 18 novembre au 18 décembre 2021, Galerie Claire Corcia (Paris).
https://galerieclairecorcia.com/
Roger Calmé (ZO mag’)
Photos: by courtesy Claire Corcia Galerie (Paris)

Repères :
Mohammad Ariyaei est né en 1987 à Golpayegan, petite ville de la province d’Ispahan (Iran), d’une famille de neuf personnes dont il est le dernier.
Il est autodidacte.

Expositions personnelles
2021 : « Iranian Awakening Lodge » Galerie Claire Corcia, Paris (France).
2020 : « Deer and Flame », Galerie Delgosha, Téhéran (Iran).
2018 : « I put a spell on you », Galerie Delgosha, Téhéran.

Expositions collectives
2021 : « Sinnflut/Senseflood », Galerie Goldwerk, Rostock (Allemagne).
2019 : « Untamed », Galerie Delgosha, Téhéran (Iran).
2018 : « Out Sider artist », Galerie Art Lab, Beyrouth (Liban).
2016 : Sixth Annual Outsider art exhibition, Galerie Dastan, Téhéran.
       «  Watching and Caring », Galerie XVA, Dubai (Emirats arabes unis).
       « Outsider art », Galerie Haan, Chiraz (Iran).
2015 : « Wild garden », Galerie Hemmer (Pays-Bas).
       Fourth annual Outsider art exibition, Galerie Laleh, Téhéran.
2014 : Third annual Outsider art exibition, Galerie Laleh, Téhéran.
2013 : «Cherry tree diversity in the outskirt », Galerie Laleh, Téhéran.
2012 : « Outsider artists », Galerie Laleh, Téhéran.

1 commentaire

  1. tropea dit

    je suis passée à la galerie avant l’accrochage derrière la vitrine j’étais trés surprise de voir cette énergie trés puissant . Et encore une fois Roger tu me nourries d’avantage .Merci Yveline

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