Afrique du sud / peinture / Anico Mostert / UNE CHAISE, UNE FENÊTRE, UN BOUQUET QUI SE FANE…

Il y a tout juste un an, une galerie sud-africaine annonçait une collective où figurait Anico Mostert. Les termes étaient révélateurs. Le catalogue parlait de la crise épouvantable que la planète traversait et de la nécessité que l’on avait d’apaiser le regard. « Nous nous trouvons dans l’une des périodes les plus compliquées de l’histoire, » disait-on dans ce document. Eclectica Contemporary, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, promettait un accrochage reposant, sans la moindre ride, le plus léger coup de vent. Et dans ce cadre apparaissait Anico Mostert, toute jeune peintre sud-africaine, issue d’un milieu sans histoire, à des années-lumière des ghettos et de la représentation sociétale dramatique.

Rien, juste la peinture. Et ce détail, ces lèvres rouges…

La conversation peut ici prendre plusieurs directions. Pas mal de peintures vont aujourd’hui dans le sens de l’apaisement. Elles agissent comme des tranquillisants et s’accordent très bien à la couleur du canapé. Au premier abord, Anico Mostert pourrait être de cette catégorie. Elle est toute jeunette, venue d’une famille blanche, sensible à l’art. Le drame n’est jamais entré dans son studio. Ses sujets sont quotidiens, les objets qui l’entourent d’une parfaite banalité. Une chaise, une fenêtre, un bouquet de fleurs, le visage étonné d’une jeune fille. Rien à voir avec le township sociétal, la recrudescence abominable des viols et la compromission lamentable de l’ANC. Rien, juste la peinture.

Un personnage, la tête appuyée sur son bras, en proie sans doute à une fatigue passagère et mélancolique.

Il y a quelques jours, à l’occasion de l’AKAA, Véronique Rieffel (galerie Abidjan) montrait un grand tableau rose d’Anico Mostert. Dans l’empressement de l’accrochage, aucun titre, aucune mesure, mais un personnage, la tête appuyée sur son bras, en proie sans doute à une fatigue passagère et mélancolique. Presque rien. Juste de la peinture ! Comme dans ses autres tableaux, la perspective est à peine perturbée. On pense aux toiles de Selome Muleta (Éthiopie). Une femme assise, un chat qui dort, des fleurs qui se fanent.

Parce que la réalité est ainsi, faite de ces riens, de déplacements légers de la lumière, de sentiments qui hésitent. Alors que d’autres s’acharnent à démontrer que tout va bien et peignent des personnages sans histoire, sur le rebord des piscines, en train de boire des drinks (c’est un tableau formidable qui ira très bien avec votre canapé !), Mostert s’attarde à ce rien qui est la matière et la lumière qui coule à l’intérieur, à l’humeur qui passe, comme un courant d’air. Impressionniste. Oui, dans ce sens que la meule de foins n’est plus la même une demi-heure plus tard et qu’il faut un œil sacrément exercé et une sensibilité non moins immense, pour saisir l’intime bourdonnement.

Anico Mostert est donc dans ce rapport à la matière qui sera le prétexte à s’attarder dans la lumière et ainsi servir au mieux le sentiment. Vous pensiez qu’il s’agissait d’un monde sans histoire ? Et c’est tout le contraire. Disons que son histoire n’articule les mots qu’avec précaution, parce qu’elle fait attention au bruit superflu qui masque l’essentiel. À savoir la matière et la façon de la faire vibrer. La matière nue, sans mensonge, qui est en train de sécher et que l’on peut encore travailler, quelques instants, avant que le soleil ne tourne. Impressionniste ?

Roger Calmé (ZO mag’)
Photos: by courtesy Véronique Rieffel gallery, Grand-Bassam (Côte d’Ivoire). La galerie présente son travail durant l’AKAA 2021 (Paris).
https://www.veroniquerieffel.com/anico-mostert

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Repères:
Anico Mostert est née en 1995. Elle est diplômée de la Michaelis School of Fine Art de l’Université du Cap (2017), spécialisée en gravure. Elle vit et travaille actuellement depuis à Cape Town (Afrique du sud).

Expositions individuelles
2021 : ‘A Gentle Reminder’, EBONY/CURATED, Le Cap (Afrique du Sud).
Expositions collectives
2021 : FNB Art Joburg, Foire en ligne, représentation avec EBONY/CURATED, Le Cap (Afrique du sud).
    ‘8X8’, EBONY/CURATED, Le Cap.
     Investec Cape Town Art Fair Digital Event, stand EBONY/CURATED, Le Cap.
    ‘Apartment x THE FOURTH’, The Fourth, Le Cap.
    Collaboration avec Sister X Studio Ashby, Londres (GB).
    ‘Curators pick’, Art She Says.
    ‘House Party’, THE Fourth, Le Cap (Afrique du sud).
2020 : African Galleries Now Online Exhibition, EBONY/CURATED, Le Cap.
     ‘FEMINIST UTOPIA’ organisé par Anelisa Mangcu, EBONY/CURATED, Le Cap.
     ‘Tones’, Eclectica Contemporary, Le Cap.
     ‘Untitled 7.99’, 99 Loop, Le Cap.
2018 : ‘The Greatest Hits Exhibition’, Association for Visual Arts Gallery, Le Cap.
     ‘Not Really’, Galerie temporaire sur 136 Bree, Le Cap.
     ‘AFRAID SO’, Galerie temporaire sur 136 Bree, Le Cap. 

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