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France / discussion / Memoria, récit d’une autre histoire / L’EPAISSEUR D’UNE IMAGE

La mémoire est très comparable à ce que l’on peut imaginer de la géologie. Elle fonctionne par strates successives. Chacune révèle un moment, recouvert par un autre, altéré par des pressions considérables. Et il est de même pour la photographie, prise elle aussi dans des couches, au travers desquelles la lumière passe et donne une relative lisibilité.

Pour ce troisième volet de leur série « Memoria, récit d’une autre histoire », Nadine Hounkpatin et Céline Seror posent donc cette question photographique comme révélatrice de l’histoire. Mais elles serrent au plus près le sujet en s’intéressant à la charge émotionnelle que cette image va transmettre. Une photo n’est pas un élément froid. Elle traduit des instants de vie, des parcours, des évènements extérieurs perturbateurs. Les mimiques ne sont jamais gratuites.

la photographie, prise elle aussi dans des couches, au travers desquelles la lumière passe et donne une relative lisibilité.

Au centre de la table, elles ont donc posé le travail de Gosette Lubondo. Cette dernière est photographe et travaille en RDC. Son travail, « Imaginary Trip (2017-2018)  » parle justement d’un voyage sur une voie ferrée désaffectée. Les wagons sont vides, une femme marche en filigrane au milieu de cette image rescapée. Le quai Branly a acquis certains de ces clichés et trois spécialistes de l’art sont invités à en parler, puis à élargir le débat.

« Imaginary Trip (2017-2018)  » voyage sur une voie ferrée désaffectée

Sonia Recasens (critique d’art et auteure), Christine Barthe (responsable des collections photographiques du Quai) et Chris Cyrille (auteur et associé au projet Memoria) s’interrogeront évidemment sur la période. La photographie a fonction historienne. Elle documente, elle objective le souvenir, dans des dates et des ouvertures du diaphragme. Mais en même temps, elle a cette capacité de la traduction. Elle s’autorise des dérapages, elle invite l’affect. La vision de Gosette Lubondo est sur ce point très intéressante. Elle pose la question de l’histoire vécue et la résurgence de cette matière, au vu des traumatismes possibles que ses acteurs ont pu vivre. La photo est un support et le personnage est ici la surface sur laquelle le temps imprime un instant de ce plissement tectonique.

Roger Calmé (ZO mag’)
Photos: Gosette Lubondo et Musée du Quai Branly-Jacques Chirac.

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Poétique de la mémoire dans l’art de la photographie, Memoria jeudi 18 novembre (18h 30), musée du Quai Branly-Jacques Chirac, 75007 Paris. Tél. :  (+33) 1 56 61 70 00
www.theartmomentum.com
www.quaibranly.fr

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