France / Burkina-Faso / Sculpture / Yveline Tropéa DES GÉOGRAPHIES S’ACHÈVENT AU FOND DES CORPS

L’évènement se passe à une grande profondeur. Ou bien très loin dans le ciel, passé la limite de la main. La distance n’existe plus. Elle est interne au corps et à ce qui l’entoure. Tout est « corps », et même l’étoile qui est au dehors, et même le vent qui le soulève et le déplace dans la seconde salle. Yveline Tropéa parle d’une « aventure ambigüe » et toujours incertaine. Il est tellement difficile de franchir les extrémités, d’aller dans les autres régions de soi et du monde chercher une vérité. D’abolir l’appartenance première, de devenir tout simplement, parce qu’on en fait le choix.

D’abolir l’appartenance première, de devenir tout simplement, parce qu’on en fait le choix.

« C’est un personnage qui part, dit-elle. Il vit entre deux mondes, et c’est un peu mon cas, d’être d’ici (Burkina-Faso) et de la France. À un moment, je pense que pour être, il me fallait me détacher du monde occidental. Ces années d’Afrique m’ont nourri pleinement. La lévitation, c’est le choix de quitter. » Yveline Tropéa n’encombre la phrase d’aucun adjectif. C’est un peu comme le yoga qu’elle pratique depuis quinze ans, des mots, des gestes de sculpteure qui passent par des positions qui sont celles du sens. « L’Aventure ambigüe » (le nom de sa sculpture) se fixe en trois positions, trois pensées. Le corps, la géographie qu’il quitte et le voile qui est la membrane mouvante, entre deux états de la métamorphose.

À un moment, je pense que pour être, il me fallait me détacher du monde occidental. Ces années d’Afrique m’ont nourri pleinement. Yveline Tropéa

Il y a quelques jours, sur la BISO de Ouagadougou, la sculpteure a présenté cette œuvre tellement singulière. Les regards ont longtemps hésité. Il ne s’agit pas d’une parabole ou d’une narration. On peut certainement écrire à ce sujet, mais ce qui est au centre, c’est la transformation qui va commencer. Yveline ne met pas de couleur véritable sur la scène. On dira plutôt d’une clarté. C’est bien plus tard que les couleurs arrivent, quand le vent et le soleil balaient ce corps. Pour l’instant, il appartient à un autre temps. C’est une époque sans mot qui n’est pas encore dans la mesure de nos sentiments.

Et en même temps, à aucun moment, l’œuvre ne tient à un lexique intraduisible. Le tissu qu’elle utilise et qui ondule légèrement, la ramène au temps présent, au tissage de nos vies, à ce lien qui unit, sépare, qui nous fait « nous », habitants d’un grand corps magistral. La spiritualité est en ce sens dans le prolongement de notre quotidien, de ceux que nous croisons et qui racontent à leur façon des voyages similaires.

Il y a une vingtaine d’années, Yveline Tropéa tissait déjà des bandelettes de papiers. Elle coulait aussi des bâtons de cire qui disaient les temps plus anciens. Puis un jour, dans une rue africaine, elle croise une femme, assise sur un tabouret, une brodeuse de rue. « Brusquement j’ai compris que nous faisions une chose identique, et que c’était ici que je devais vivre. » Et elle ajoute qu’il a fallu du temps, beaucoup, pour rejoindre ce rivage.

Roger Calmé (ZO mag’)
Photos : © JM Péchart
YVELINE TROPEA – Galerie Anne de Villepoix

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Repères:

Yveline Tropéa est née en 1962 à Enghien (France). Depuis 2005, elle vit et travaille entre Montreuil (France) et Ouagadougou (Burkina Faso). Représentée par la Galerie Anne de Villepoix (Paris), depuis 2019.

Expositions personnelles
2019 : 1831 Art Gallery, Paris (France).
     Participation au Off de la 1ère Biennale Biso, Ouagadougou (Burkina Faso).
     Parcours des Mondes Arsenic Galerie, Paris.
2018 : Broderies perlées, Maison Muller, Paris.
2017 : Arsenic Galerie, Paris.
2015 : Invitation au Pavillon du Lac, Paris.
2012 : Maquis Motel Poissons Braisés, Institut Français de Ouagadougou (Burkina Faso)
2011 : Like A Virgin, School Gallery, Paris.
     Onirisme débridé perlé Galerie Klala Ouagadougou
     L’ indicible, galerie Anne de Villepoix, Paris.
2009 : Vanités, Institut Français de Ouagadougou (Burkina Faso)
     Tête brodées, School Gallery, Paris (France)

Dernières expositions collectives
2021 : Biso IN, biennale Ouagadougou (Burkina-Faso)
     Biso OFF Galerie Kalala, Ouagadougou.
2021 : Vibration textiles, As de cœur, Paris.
2020 : Flower Flower, Galerie Anne De Villepoix, Paris.
       Afrique Fantôme, Galerie Anne De Villepoix, Paris.
       Galerie Art –Z Olivier Sultan, Paris.
       Afrique Fantôme, Manifesta, Lyon (France).
       Outsider Art Fair, Galerie Anne De Villepoix, New York (USA)
2019 : Empreintes textiles, Collectif « Fiber Art Fever ! », Centre André Malraux, Agen (France).
2018 : Biennale Contextile, Collectif « Fiber Art Fever ! », Guimareas (Portugal).
2015 : A l’ombre d’Eros, Monastère royal de Brou, Commissaire : Marie Deparis- Yafil, Bourg-en-Bresse (France) – Exposition labellisée Résonnance de la Biennale de Lyon.
2014 : Art Paris, Galerie Olivier Castaing, Paris.

Un commentaire sur “France / Burkina-Faso / Sculpture / Yveline Tropéa DES GÉOGRAPHIES S’ACHÈVENT AU FOND DES CORPS

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  1. Merci bc, je sors d’une soirée de collectionneur et 3 d’entre eux connaissent votre revue.Et vous trouve formidable. Vous écrivez trés bien je n’ai rien à ajouter.Je suis juste emue
    Yveline

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