Afrique du sud / Sculpture / Ledelle MoeLA STATUE BASCULEE.

La découverte d’une sculpture de Ledelle Moe donne en premier le sentiment d’un temps très ancien dont il re reste plus que des statues monumentales et abattues. Au milieu des temples, gisent d’immenses figures, les yeux ouverts. C’est de cette façon que Ledelle ouvre ce livre totalement intrigant qui sera le nôtre un jour, quand le temps nous aura engloutis. Et puis ses pas la ramènent à quelque chose de plus intime. Et c’est ce va-et-vient entre l’immense (ou l’illusion que nous en avons) et le quotidien qui nous porte (la terre de nos appartenances) qui nourrit son travail.

, 1995

Installation view, 19Blum & Poe, Santa Monica

© Sam Durant,

Courtesy of the artist and Blum & Poe, Los Angeles/New York/Tokyo

Photo: Joshua White

Il y a quelques mois, elle a eu la chance de voyager entre le Botswana et l’Inde. La mobilité l’intéresse. « Dans chaque endroit, j’ai ramassé du sable et de la saleté et j’ai incorporé cet échantillon de terre dans des sculptures en ciment de petits oiseaux et de figures. Faire l’expérience du terrain particulier de chaque site et créer du travail sur ce site était un moyen pour moi de m’engager intimement et physiquement avec les choses mêmes d’un lieu, » explique-t-elle. Mais elle va beaucoup plus loin.

« Je pense que les qualités industrielles du béton et la façon dont il peut se plier et se comporter comme une peau, amènent des complications permanentes » Ledelle Moe

A ses yeux, la statue est aussi une figuration de la pensée migratoire. Une « volonté collective », comme le mouvement des troupeaux, le vol saisonnier des oiseaux. « Ce sont des questions de permanence et d’impermanence, de localisation et de dislocation, de lieu et de déplacement, » ajoute-t-elle. Le poids est important et la fragilité, l’aspect transitoire tout autant. Parfois la statue s’écroule, mais il reste alentour le vol des oiseaux, ou les pas des hommes qui remontent à ce temps, parce que c’est le leur.

C’est dire si le choix du béton prolonge cette pensée paradoxale. A priori, la matière est au contraire du mouvement. Son poids est important, la production nécessite des moyens industriels lourds, ce que certains vont un peu vite lui reprocher. C’est justement dans cette apparente contradiction que Ledelle Moe pousse la curiosité. Ses étudiants l’interrogent à ce sujet et elle répond pour commencer que son travail ne représente rien au regard de la construction planétaire. Mais surtout, le mythe lié à sa durabilité et voire sa permanence, ne sont-ils pas une totale illusion ? Des tours, des ouvrages aériens ou souterrains, des dieux, des voix qui se sont éteintes et des regards figés qui nous regardent.

La narration, qui est une voix vivante, nourrit donc les gigantesques mausolées, les cités mortuaires qu’elle dresse… et qu’elle déplace. L’exposition de Johannesburg est à cette échelle. Il est impossible de ne pas sentir la mélancolie qui s’en dégage. Ledelle Moe recourt en permanence à ce fragile sentiment. « J’aime utiliser le béton de manière poétique, comme avec ces petites têtes. C’est vraiment spongieux, malléable, plein de matériel de caractère. Je pense que les qualités industrielles du béton et la façon dont il peut se plier et se comporter comme une peau, amènent des complications permanentes » disait-elle au moment de cette présentation. Parfois des tracas surviennent, le béton se fissure, l’épiderme se plisse, s’écaille, un sourire se dessine au coin d’une bouche. Le regard s’éclaire de bienveillance. Une illusion ? Sans doute, et nos rêves temporaires et arrêtés de même.  

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Roger Calmé (ZO mag’)
Photos: Ledelle Moe
https://www.ledellemoe.com/
Contact: ledelle11@gmail.com

Le travail de Ledelle Moe était visible à SculptX 2021, organisé par Melrose gallery, Melrose Arch, Johannesburg.
www.themelrosegallery.com

Repères
Ledelle Moe est née en 1971, à Durban (Afrique du sud). Elle est diplômée de Natal Technikon (1993) et l’un des membres fondateurs de la FLAT Gallery, espace alternatif de Durban.
En 1994, une bourse de voyage lui permet de fréquenter la Virginia Commonwealth University (USA). Elle a obtenu sa maîtrise en 1996 avant de devenir professeure adjointe au département de sculpture du Maryland Institute College of Art (MICA) à Baltimore.
Elle a également enseigné à la Corcoran School of Art de Washington, DC, à la Virginia Commonwealth University et au St. Mary’s College du Maryland.

Principales expositions individuelles
2020: Quand, MASS MoCA, North Adams, Massachusetts (USA).
2012: Transitions/Déplacements, Kirk Hopper Fine Art, Dallas, Texas 5USA)
2010: Relief, Crane Arts Center, Philadelphie, Pennsylvanie (USA)Expositions collectives (sélection)
2019: Self ,Glen Carlou Gallery, Stellenbosch (Afrique du Sud).
2018: Ledelle Moe & Siemon Allen : Transitions, SMAC Art Gallery, Stellenbosch.
2017: Tectonic, HAZARD Gallery, Johannesburg (Afrique du Sud).
          (Ne pas) regarder en arrière, Galerie Momo, Johannesburg (Af sud)
2016: Trouver des formes pour s’orienter : Nancy Murphy Spicer et Swelter, Page Bond Gallery, Richmond, Virginie (USA).
          Signes de vie, Page Bond Gallery , Richmond, Virginie (USA).
2015: Poétique de la relation, Pérez Art Museum, Floride (USA).
2014: K@20, 20e anniversaire, Le Kreeger Museum ,Georgetown, Washington DC (USA).
2009: Uberportrait, Bellevue Arts Museum, Washington, (USA).


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