Chine / peinture / Qionghui Zou / L’HYPOTHESE DU PAPILLON

L’enfant pose la question. Il voudrait savoir à quel moment, et par quelle mystérieuse chimie, le monde apparaît sur l’horizon. Un monde bourdonnant d’insectes et de lumière. Un monde fait d’eau, de gaz et d’étoiles qui tournent à des vitesses lentes et folles, dans notre corps et à l’extérieur de celui-ci. Il demande.

Quand elle expose en 2014, à Pékin, sa série sur la « Cigale de jade » et le rapport émerveillé que ce petit insecte entretient avec la philosophie zen, Qionghui Zou propose une réponse très acceptable. On pourrait dire que ses tableaux sont des hypothèses tout aussi recevables que celles des biologistes. Dans l’épaisseur de la toile, dans l’accumulation des couches et des matières, la mémoire de la métamorphose est contenue.

Elle ouvre les ailes du papillon devenu lui-même en échappant à son corps-tombeau.

Qionghui Zou résoud donc de manière picturale et poétique l’équation humaine. A savoir qu’elle est dans la continuité de ce qui la précède, une répétition permanente et fabuleusement inventive. La magie est là, tout incluse, dans l’insoupçonnable. Elle ouvre les ailes du papillon devenu lui-même en échappant à son corps-tombeau. De la même manière, le crocodile est devenu un oiseau, et l’oiseau un humain. Un jour, tout au sommet d’une montagne, on découvre que celle-ci fut un océan.

Dans l’épaisseur de la toile, dans l’accumulation des couches et des matières, la mémoire de la métamorphose est contenue.

L’éternel commencement. La « Cigale de jade » est une vieille légende chinoise, dont Qionghui Zou traduit les ondes de lumière au travers des enveloppes successives de l’ancienne habitation. La peinture fonctionne donc de la même manière que cet insecte. Il abandonne une enveloppe, une trace de lui-même et gagne successivement les couches supérieures de la toile. Celle-ci est une chrysalide, elle recèle le temps immémorial. Pour se faire, Qionghui Zou choisit d’autres supports, d’autres médiums que ceux que la tradition suggère. L’expérimentation est constante, dans une sorte de « laboratoire », à l’image de la vie par ses options diverses et d’une invention permanente.

« J’aime faire toutes sortes d’expériences de peinture et arriver ainsi à beaucoup de surprises. En dessinant, je n’aspire à rien d’autre que le bonheur, » disait-elle en 2014. Et d’ajouter que son but était d’atteindre à un grand relâchement, une attitude zen, héritée des techniques traditionnelles. Le pinceau et la main qui le guide, en arrivent à faire un corps unique avec la toile à laquelle ils se destinent. De la même manière que l’insecte est à la fois hors et dans le corps qui le précède. Qionghui Zou touche à ce mystère, de savoir que nous sommes libres et liés à la fois. À l’intersection momentanée qui demain sera le corps ancien. Juste une enveloppe de laquelle il faut s’échapper.

Chaque jour, la peintre chinoise publie en Occident des tableaux sur les réseaux. Dimensions et dates voisinent des émojis, avec des petits cœurs et des explosions jaunes et bleues. Cette proximité est déroutante ? Ses tableaux sont dans les plus grandes galeries américaines. Elle enseigne en Chine populaire des choses qui sont d’une autre époque. Elle parle de l’immortalité. Si l’enfant pose la question du commencement, on peut lui murmurer de regarder la dernière série (2021) qui s’appelle « Butterfly ». Le papillon est un animal aussi mystérieux que nous. Il vit un jour ou deux, et ses ailes de lumière s’évaporent dans le vent. La vie est infiniment sage. C’est la plus belle façon qu’elle ait trouvée d’être immortelle.

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Roger Calmé (ZO mag’)
Photos: Qionghui Zou
Contact: (20+) Qionghui Zou | Facebook
E-mail : qionghuiz@163.com

Repères :
Qionghui Zou est née en 1975, dans la province du Sichuan. Elle est gradée de l’Institut des Beaux-arts du Sichuan (2000), a étudié à l’Académie du Film de Beijing (2011), à la China Central Academy of Fine Arts (2014), ainsi qu’à l’Université d’Art et de Design du Michigan (USA, 2018). Professeur de la Chengdu Academy of Fine Arts, elle travaille et vit entre Beijing et Chengdu.

Expositions individuelles :
2016 : “The Eastern of Grace” Art Works Exhibition, MLB Gallery, Kansas (USA).
     “Reverberation”Art Works Exhibition, Washburn University, Topeka (USA).
     “Zen & Wet-land” Art Exhibition, 50 gallery, Toronto (Canada).
2015 : “Born Again” Qionghui Zou Solo Exhibition, 456 gallery, New York (USA).
2014 : “The Cicadas Language&Zen” Zou Qionghui works Exhibition, Today Museum, Beijing (Chine).
2013 : “Words of Cicadas VS Normal Persons” Exhibition, City Art Gallery (Malaisie).

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