Burkina Faso / Peinture / Kader Boly / LA TERRE, LA TOILE ET LE CIEL

Qu’emporte-t-on dans son bagage au moment de traverser le monde ? Se limiter à l’essentiel sans doute, l’incontournable substance. Kader Boly parle de ces éléments dans la justesse du tableau. La couleur est identique. Elle est ce ciel immense au-dessus la savane peuhle. Rouge, ocre, tracée de lignes noires, de vapeurs bleues, froide et chaude selon l’harmattan: ses traits sont ceux que le berger dessine au devant du troupeau.

Il y a trente mille ans déjà, images du bonheur au crépuscule rouge. Fertile.

Kader Boly avait à peine 20 ans quand il a pris son billet d’avion pour la France. A cette époque déjà, ses toiles ont fixé la latérite rouge prise au sommet des collines. Il l’a mélangée avec la gomme arabique, puis il a cherché dans les feuilles et les racines ces autres pigments que le tisserand utilise. Cendres et poussières, sèves et pollens que les hommes aux origines utilisaient déjà. Car c’est bien de ça qu’il s’agit, l’origine de ce monde, et qu’il ne cesse de peindre. La terre dont on vient et vers laquelle la toile retourne.

« … j’ai la chance de vivre ma vie artistique, mon esprit dans les nuages et mes pieds profondément enracinés dans la sagesse et les expériences que j’ai eues (…) enfant dans la nature. » Kader Boly

Il dit dans son récit que cette grandiose beauté des plaines du nord ne l’a jamais quitté. Mais que cette vie, cette solitude de l’homme dans l’immensité, n’était pas la sienne. Pourtant, c’est elle que ses dessins et ses peintures répètent. Les mêmes troupeaux les traversent. Des oiseaux prennent leur envol. On pense à ces fresques sur les parois des falaises, que d’autres peintres peuhls ont peintes. L’animal est au centre, comme dans les carnets d’Oumar Ball. Mêmes danses des corps, même tendresse pour le troupeau, dont les personnages d’Alassane Konté témoignent vingt ans plus tard. Un enfant serre dans ses bras un chevreau et l’embrasse.

En 2004, Kader Boly a choisi de vivre à Santa Fé (Nouveau-Mexique). C’est un endroit qui respire une immensité identique. Un lieu au cœur du monde. « La nature est ouverte, elle est réelle. Nous pouvons le voir et le respirer. Le ciel est illimité. Aujourd’hui, j’ai la chance de vivre ma vie artistique, mon esprit dans les nuages et mes pieds profondément enracinés dans la sagesse et les expériences que j’ai eues (…) enfant dans la nature. »

La toile est carrée, le nom de son auteur écrit au charbon, à l’envers, comme dans un reflet à la surface de l’eau. Des bœufs paissent tranquillement. Ils ont la même légèreté que les oiseaux. Leur pelage est semblable à la cendre et à l’étoffe qui habille le berger. Le nom est à l’envers, comme le reflet de ce même berger qui peint son troupeau et l’amène à un point d’eau.

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RC (ZO mag’)
Photos: © Kader Boly
Contact: https://www.kaderboly.com/

2 commentaires sur “Burkina Faso / Peinture / Kader Boly / LA TERRE, LA TOILE ET LE CIEL

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  1. Oui on emporte l’essentiel au moment de plier bagages, j’apprécie particulièrement le point de départ philosophique de cet article, et très belle découverte que celle de Monsieur Boly, merci beaucoup, et très bonne journée

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