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Syrie-France/ Plasticienne / Reem Yassouf / SOUS LA MAISON ÉCROULÉE

Parfois, la terre s’est ouverte et les maisons se sont écroulées. La terre ou le ciel, dans le fracas des réacteurs. Parfois, c’est tout simplement la vie, qui se referme et au milieu, l’enfant, l’adulte, la femme ou l’homme, qui attendent la délivrance. Reem Yassouf explore ces deux réalités. Elles sont toutes aussi concrètes l’une que l’autre. Sous les entassements, le corps est incapable. Il passe à peine suffisamment d’air pour respirer. Des voix lui parviennent étouffées par les décombres.

Etat de siège (2017),

En 2017 déjà, la plasticienne syrienne montait à Paris une exposition, « État de siège », sur cette volonté de survivance. Des acryliques sur toile, des collages gris et monochromes qui figuraient cette extrême solitude, dans ce silence de la même couleur. Elle disait alors : « Cet état de siège, que nous vivons quotidiennement dans nos relations avec nous-mêmes et avec l’autre (…) ? Chaque matin, on se lève avec cette mémoire dont les noms ont été dérobés, disparus, régénérés. » et elle parlait déjà de cet intervalle terrifiant qui est à la fois celui de la vie et de la mort : « une toile entre la surface et le vide, et une couleur entre le blanc et le noir. Un corps entre la solitude et la compagnie, et un esprit entre la convoitise et la rédemption. » Exploration de l’intervalle, à la fois nécessaire et mortel.

Quatre ans ont passé, et Reem Yassouf continue à explorer ces « maisons écroulées », à la recherche des victimes. « Revival » a débuté en 2019. Il montre un visage d’enfant (le sien, à 5 ans), dans une boîte en bois, remplie de ciment. C’est en somme, le « site » de la catastrophe, et dans ce décombre du cadre, cette fillette en attente d’un secours. « Cette photo a ensuite été collée sur une toile et différents matériaux ont été utilisés pour créer l’impression de distance, avant d’installer une deuxième couche en maille métallique. », explique-t-elle. Selon l’angle de vue, la vision diffère. Le visage apparaît alors en de multiples figurations, qui sont à la fois le nombre incalculable de victimes et les sentiments d’effroi qui les submergent.

L’exposition de Rouen ne met aucun nom sur ces lieux. Notre humanité les multiplie à l’envi. Nous sommes les maîtres du désastre. Mais nous sommes aussi cette voix lointaine, de l’autre côté de la paroi, du fil barbelé, qui veut entretenir l’espoir. Reem Yassouf ne fait que montrer combien la vérité est dans cet intervalle révélateur. Il est impossible de ne pas y plonger les yeux, les mains, d’essayer de déplacer les blocs, et d’en dire l’humaine réalité.

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Revival, du 13 octobre au 12 novembre 2021, la maison de l’Université (Rouen).
http://mdu.univ-rouen.fr/reem-yassouf-revival-711573.kjsp?RH=1380206987364 Contact: https://reemyassouf.com/

RC (ZO mag’)

Repères:
Reem Yassouf est née en 1979, à Damas (Syrie). Elle a suivi ses études à l’Université des Beaux-arts de Damas. Son travail a été sélectionné par l’UNESCO, la Banque mondiale (Washington), l’Institut du monde arabe (Paris), la Fondation des récits culturels, le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (France) et de nombreuses collections privées.
lle vit aujourd’hui et travaille à Rouen (France).

Dernières expositions:
2021 : « De visu » et Revival, la maison de l’Université, Rouen (France).
2020: Exposition collective Nord-Norge galerie, Harstad (Norvège).
2019: Où habite mon ami ?, Maison des Arts, Malakoff (France).
2018: Dance For, Art On 56th Gallery, Beyrouth (Liban)
2017: État de siège, Galerie Europia, Paris (France).
2016: Exposition Bedtime Story, Orient Gallery, Amman (Jordanie).
2014: Cold Breezes, galerie Europia, Paris (France).
Message d’enfant, art sur la 56e galerie, Beyrouth (Liban).
2013: Dialogue, Galerie Zara, Amman (Jordanie).

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