Artistes, Une
Laisser un commentaire

Mauritanie / Peinture et dessin / Oumar Ball / LA VÉRITÉ EST ANIMALE

Au bout de la toile, commence une savane immense. Elle était là au début. Et plus loin encore, dans les marécages qui l’ont précédé, sous le ciel d’une dimension similaire. La toile respire la même couleur. Elle est couverte de la poussière de l’harmattan. Elle mange la cendre du feu et son pelage de terre résonne sous les sabots du troupeau. C’est ici, dans ces pâturages qui font la lisière des sables qu’Oumar Ball a grandi. Le nom du lieu est sans importance. Ce sont mille lieux, mille points d’eau et d’herbe, entre la Mauritanie, le Sénégal, le Mali, la Guinée. Et que les seules frontières qui soient, sont celles du vent et du sable.

Oter ce qui empêche de voir et de sentir, retrouver l’émotion première, dans ce langage qui n’existe plus.

Oumar Ball est fils de berger. Le nom du lieu où il a grandi n’existe pas. Ce sont cent lieux et plus encore, qui vont sur le ressac du désert, et dans lequel ses yeux se désaltèrent. « Désaltérer » signifie ici ôter ce qui empêche de voir et de sentir, retrouver l’émotion première, dans ce langage qui n’existe plus. Un animal est là, couché sur la terre battue et le regarde. Cette image est de celles que tous les peuples partagent. Kader Boly, peintre mauritanien et peul, l’évoque en introduction à son travail. Lui aussi a grandi dans la complicité physique de la terre et du souffle d’une chèvre. Le monde tout entier se nourrit à cette mamelle. Dans l’ombre d’une courette, derrière des murs d’épines, la tendresse commune d’un mufle chaud et d’une main qui l’embrasse.

Un animal est là, couché sur la terre battue et le regarde. Cette image est de celles que tous les peuples partagent.

Les croquis s’entassent, des feuilles vastes et claires, tracées de crayons bruns, dans la compréhension de ce geste qui ordonne la vie et par conséquent le tableau. Les peintres de la Renaissance travaillaient en Europe de la même façon. L’écoute du geste, la répétition des doigts et des lèvres qui disent la phrase exacte. Dans un texte qu’elle lui consacre, Jany Bourdais l’écrit :  » cette passion du dessin, cher à Picasso. Je pense à ses taureaux, au Minotaure (mi-homme, mi-taureau), oiseaux, chats, chevaux, crapauds, je pense à tous ses dessins préparatoires au célèbre tableau « Guernica ». (…) La douleur et la violence ressenties et présentes dans ce tableau, la douleur des chevaux qui représentent le peuple… Et cela me ramène aux œuvres d’Oumar. »

Cette tendresse profonde est une langue lointaine. Elle nous vient du fond de l’enfance, ou du fond des temps, ce qui est un peu la même chose. C’est une langue d’humanité, qui marche à côté d’un bœuf ou d’un cabri, qui court dans l’ombre de l’enfant, par-dessus la terre sèche, la terre dure, résonnante comme le tambour. Rien ne pousse à la surface du tambour, que le rêve de la nuit, et les flammes du feu. C’est un campement au fond de toile, c’est une humanité qui serre contre elle l’enfant-animal.

,

,
RC (ZO mag’)
Photos: DR et Oumar Ball
http://oumarball.blogspot.com

L’artiste mauritanien vient de recevoir le premier Prix BISO 2021 pour sa sculpture « Chimère ». Le jury se composait de Jean Servais Somian, Barthélémy Toguo, Abdoulaye Konate et Ky Siriki. ZO mag’ reviendra dans les jours qui viennent sur cette œuvre, qui prolonge le dessin et la toile.

Laisser un commentaire